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03 sept. 2017 - Perco League of Legends

AccorHotels Arena : l'écrin fantastique

AccorHotels Arena : l'écrin fantastique

Les finales européennes de League of Legends se jouent dans la plus grande salle parisienne. Nous y étions lors de la première journée. Un bon moyen de se rendre compte de ce qu’est devenu l’e-sport. Alors, la salle, l’ambiance, les fans français ?

Depuis hier et jusqu’à ce soir, les meilleures équipes européennes de League of Legends s’affrontent à Paris pour décrocher l’un des deux  titres décernés chaque année dans la ligue du vieux continent.

On connait le résultat de la petite finale entre Fnatic et H2K (nos rédacteurs de choc présents sur place vous en reparleront ici même dans l’après-midi), reste à décider du grand vainqueur ce soir, entre les indétrônables joueurs de G2 et la surprenante équipe de Mistfits. L’affiche est belle pour les amoureux du MOBA de Riot Games, le public est présent et le cadre impressionnant. 

Bercy, ministère de l’esport pour un week-end ?

Pour ces finales à paris, Riot a vu, comme toujours, les choses en grand et c’est donc l’AccorHotels Arena de Bercy qui accueille la compétition. Partout dans le monde, les grands événements e-sportifs remplissent les grandes salles de spectacle. C’est un des rares points qui intéresse d’ailleurs les médias généralistes, lorsque l’e-sport sort de sa tanière et se montre en pleine lumière, à grand renfort de show et de foule surexcitée. Voilà qui est plutôt naturel d’ailleurs, car c’est dans ces moments – pas si fréquents finalement, encore moins en France – que l’e-sport bombe un peu le torse et se montre pour ce qu’il est devenu : plus tout à fait un loisir entre amis, pas encore le grand raz-de-marée qu’on lui promet depuis un moment.

 À tout le moins, à voir la foule qui se pressait hier autour et dans l’immense arène parisienne, même le profane comprend qu’il s’est passé quelque chose ces dernières années. La première saison compétitive de League of Legends s’est jouée en 2011, pendant la Dreamhack d’été, avec une vingtaine de chaises pliantes. En 2018 on est aux antipodes de tout cela. 

Hier, près de 8000 spectateurs étaient physiquement présents lors du match pour la troisième place. Ce soir ils seront plus de 11 000.

En route vers l’arène

Avant de passer les grandes portes de l’AccorHotels Arena, les curieux se pressent autour des « activités communautaires » mises en place par l’éditeur américain dans une première salle de l’enceinte. Fabrication de pancartes, atelier photo, cosplay… on retrouve toute la panoplie classique des événements liés aux jeux vidéo. C’est souvent pour ces activités annexes que les événements e-sportifs – comme beaucoup de conventions ou de salons – sont parfois moqués par ceux qui n’y adhèrent pas.

Mais ici on est entre fans purs et durs et personne ne s’en soucie. Au contraire, l’ambiance est détendue, presque calme. On garde l’énergie pour la salle et le match.L’équipe Fnatic à installé un stand ou elle distribue de sacs de petits cadeaux à tous ceux qui se présentent en portant l’un de leur maillot et, il faut le reconnaitre, ils sont plus nombreux que ceux des supporters d’H2K. En passant, chacun laisse un petit mot sur le mur qui sert de livre d’or. Un petit tatouage de son équipe de cœur au stand dédié les gens passent vite ces apéritifs, c’est le plat de résistance qui intéresse les fans présents.
 


Mais c’est lorsque tout le monde est invité à enfin entrer dans l’Aréna à proprement parler que chacun réalise le gigantisme de l’événement. La scène centrale est sans fin, l’écran géant à quatre faces qui le surplombe semble tel un immense lustre. Décidément, l’e-sport ne boxe plus dans la même catégorie qu’il y a ne serait-ce qu’une poignée d’années. Dans le fond de la salle, les commentateurs règlent les derniers détails. Comme installé derrière un pupitre, Noi se penche au dessus d’une balustrade pour rire un peu avec les spectateurs installés devant l’estrade, qui le taquinent gentiment au sujet de la défaite de l’équipe KT, fraiche du matin même.

Lorsque Lutti, accompagné d’une ribambelle de tambours, chauffe une salle qui ne demande que ça, on se dit que ce public français pourrait bien mériter sa couronne officieuse de meilleur public du monde, que lui disputent brésiliens et polonais. Et puis Chips lance le show, accompagné d’un Romain Bigeard « vêtu » – si l’on ose dire – d’un improbable costume tricolore ceinturé de baguettes.
 


C’est la première explosion de joie dans la foule, il y’en aura bien d’autres. « We are EU ! » (Nous sommes l’Europe !) scande la salle. C’est l’heure du décompte. 

Les joueurs, en chair et en os.

Lorsque Rekkles, le joueur de Fnatic, apparait sur scène, les décibels montent si haut qu’il ne peut continuer de répondre aux questions posées… personne ne l’entendrait. Lorsque, les yeux un peu humides, il confesse son regret de ne pas jouer la grande finale du lendemain, le public déjà acquis redouble de vivats. La salle penche clairement du côté de l’équipe Fnatic au détriment de celle de H2K mais reste fair-play et chacun a droit à son lot d’applaudissements nourris, qui virent au tonnerre pour certains comme Febiven ou le français sOAZ, drapé d’une cape bleue-blanc-rouge et qui joue à domicile.

On sourit sur scène et dans les gradins mais, pour les joueurs, l’état d’esprit est peut être un peu moins détendu. Hier soir les joueurs de Fnatic et de H2K ne visaient que la troisième place mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils ne sont pas si habitués que cela aux grandes salles et aux cris de joie ou de colère de la foule. À Berlin, où se trouve le studio qui accueille chaque semaine les matchs de la saison régulière, les gradins n’ont rien de comparables avec l’AccorHotels Arena. Pour eux, c’est aussi la cours des grands, un gigantesque navire dans lequel leur cabines de jeu, face-à-face sur l’interminable scène, semblent plus petites que d’habitude.
 


Certains en serons transcendés, d’autres se pétrifieront  et bafouilleront un peu leur jeu face aux milliers d’yeux braqués vers eux. Tout professionnels qu’ils soient, les joueurs sont jeunes et – pour être honnête – rien ne peut jamais vraiment préparer à faire face à un si grand public. Même ceux qui sont déjà passé par ce genre d’épreuve semblent par moments surpris par la ferveur des supporters français. Et lorsqu’une tonitruante Marseillaise commence à faire trembler les murs, le doute n’est plus permis pour personne. Cette réunion parisienne est quelque chose de spécial.

Tous ensemble tous ensemble ! Hey ! Hey !

Tout le monde est mélangé, aucune division par équipe supportée ne se forme vraiment dans la salle. Pas besoin visiblement, tout le monde semblant décidé à passer un bon moment, pas à se disputer. Quoique…  À laisser trainer les oreilles dans les gradins, on surprend de vives discussions. 8000 spectateurs, c’est autant d’analystes avec un point de vue très tranché sur ce qui ce passe sous leurs yeux.

Beaucoup décortiquent chaque action et refont le match lors des pauses. Peu, sans doute, savent réellement de quoi ils parlent mais c’est – à raison – sans importance. Chacun partage ses opinions avec ses amis, parfois avec des inconnus et c’est bien cela qui compte pour eux. Loin de la froideur des chats de discussions, ici on joint le geste à la parole, on agrémente son propos de mimiques diverses, on met le ton quoi ! Il y a une jubilation visible au fait de se parler, de débattre, de se chamailler sur tel ou tel choix des équipes. Il faut bien une hola pour que certains s’interrompent.
 


Il faut bien une équipe gagnante à la fin, dont on ne déflorera pas le nom ici, laissant le soin à nos collègues de vous proposer un article dédié au match même dans la journée, mais c’est presque anecdotique au fond.

Lorsque la soirée se termine, les acclamations reprennent plus fort que jamais, la Marseillaise reprend comme pour envoyer un dernier message : l’e-sport à Paris, c’est encore mieux qu’ailleurs.

Et dire que la finale n'est qu'aujourd'hui.

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