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22 sept. 2016 - Nepou StarCraft 2

ByuN : 6 ans de voyage

ByuN : 6 ans de voyage

Après 5 ans, 11 mois et 27 jours ByuN a remporté la finale de la GSL. Revivez avec nous l'itinéraire tortueux du One Man Army. Entre scandales et disparitions, ByuN, 6 ans de voyage.

Tout sacrifier pour sa passion est un choix difficile à faire. Dans quelques success stories, il ne faut que quelques mois au protagoniste principal pour connaître le succès. Dans la grande majorité des cas cependant, des saisons, des années, sont nécessaires à l'aboutissement du rêve. Bien peu ont le courage d'investir tant de leur personne et de leur temps avant, enfin, de réussir. Beaucoup d'entre nous auraient abandonné devant l'ampleur de la tâche et d'autres encore n'y réussiront jamais tant la compétition est ardue. Voici l'histoire de celui qui a persévéré et qui a vaincu. L'histoire de ByuN, celui qui a tenu contre vents et marées. 

 


ByuN débute sa carrière en GSL sous la bannière NEX qui devient ensuite ZeNEX (crédits : PlayXP)

 

Un compétiteur depuis la première GSL

Il y a de cela 6 ans, la passion étreignait la Corée, qui entrait officiellement dans l'ère Starcraft 2 avec la première GSL. À l'époque, point de groupes dans le célèbre format, mais un arbre à élimination directe en bo3. Dans un jeu dominé par les Terran et les Protoss, un Zerg montrera la voie à sa race, FruitDealer. Son sacre est une autre histoire, pour un autre jour. 

Dans l'ombre, un événement anodin. Timide, un jeune joueur de l'équipe NEX, ByuN, remporte, le 14 septembre 2010, son premier match live. Bien qu'il soit défait au tour suivant, cette première victoire marque le début d'une carrière, une vraie, de celles qui tiennent plus des montagnes russes que de la route 66. En GSL, qui se tient à cette époque tous les mois, le Terran est d'un niveau moyen, oscillant entre le bas du Code S et le Code A. C'est l'élève dont on ne se souvient pas, celui qui n'échoue pas mais ne laisse jamais une trace indélébile de son passage, celui qui passe sans heurts mais sans éclat.

À cette époque, et comme la plupart des joueurs professionnels coréens aujourd'hui encore, ByuN vit en gaming house. Ces bureaux déguisés en maison permettent de réunir les joueurs. Ils y vivent, y dorment, y mangent et – surtout – s'y entraînent, beaucoup. L'objectif est de créer une saine émulation, une compétition interne. Une gaming house, par contre, est peu propice à l'intimité et un groupe n'efface jamais complètement la solitude de certains. ByuN, lui, a un rêve simple, presque modeste, il veut un chien. Pour le motiver, les membres de son équipe d'alors, ZeNEX, lui proposent un marché. S'il atteint une demi-finale de GSL, il aura le droit à son chiot, qui pourra vivre dans la maison commune. Loin des cash prize, des foules de fans, des médias spécialisés, c'est pour ce chiot que Byun décide de se sortir les tripes, de réaliser son potentiel. La simple volonté peut-elle suffire ? La concurrence est rude.

Il faut croire que ce chien, ByuN n'envisage pas d'y renoncer. À peine quelques mois plus tard, en juillet 2011, il est dans le top 4 de la GSL. Chose promise, chose due, un de ses amis lui offre donc Ren, le chien qui l'accompagnera tout au long de sa carrière. 

Un épisode amusant mais pas si anecdotique que cela. La bataille pour Ren, est un éclairage sur le fonctionnement de la boite noire de ByuN. Face à une situation inconfortable, il est capable de puiser en lui-même les ressources nécessaires à une performance de haut niveau... à condition de se trouver une raison gagner, un objectif bien à lui.

Ren n'est pas une mascotte, c'est un pense-bête pour se souvenir de gagner.

 


Ren avec ByuN et l'équipe ZeNEX en GSTL (source : GomTV)

 

Le scandale et la première traversée du désert

Malgré la bonne ambiance chez ZeNEX, ByuN décide de quitter l'équipe un an plus tard pour rejoindre celle de son ami MarineKing, Prime. Dans toute aventure digne de ce nom il y a des amis qui accompagneront le héros tout au long de son voyage. En plus du célèbre MKP, c'est un autre grand Terran que ByuN découvre chez Prime, Maru. Il n'a alors que 13 ans et, rapidement, une relation quasi-fraternelle s'installe entre les deux joueurs. Avec de nouveaux amis et une équipe de haut niveau, la route semble droite et dégagée pour ByuN. Elle ne l'est pas. La fin d'année sera terrible pour le Terran, pris dans un scandale de match-fixing. Les compétitions en ligne ont souvent un enjeu limité, ce n'est pas le cas de l'ESV Korean Weekly qui offre à chacun de ses vainqueurs une place en Code A, en sus de la récompense financière. Alors non qualifié, ByuN affronte CoCa, un de ses anciens équipiers chez ZeNEX, qui a déjà sa place en Code S. Après avoir perdu la première partie, ByuN se trouve en mauvaise posture dans la seconde manche et demande à son adversaire et ami de quitter la partie. Il accepte et ByuN gagne la troisième manche. Personne ne pense vraiment à mal et pourtant le mal est fait. 

Le marteau de la justice tombe. Les deux joueurs sont bannis temporairement de toute participation compétitive. Réalisant la portée de ce qui n'est sans doute, à l'origine, qu'un acte particulièrement maladroit, ils reconnaîtront tout deux leur faute dans un message d'excuse. C'est un peu tard.

Il faudra attendre 173 jours, environ 6 mois, pour revoir ByuN en tournoi lors de la GSTL. Ce jour là, il est envoyé face à Startale alors que son équipe est menée 2 à 4, à un point de l'élimination. Réussissant à vaincre trois adversaires à la suite, le Terran renverse la vapeur et offre la victoire à son équipe. L'enjeu était de taille pour ByuN, encore largement critiqué pour son attitude passée et il aurait suffit d'une défaite pour faire retomber l'état de grâce et revenir à la litanie des commentaires acides. Il le sait d'ailleurs parfaitement : « Pour être tout à fait honnête je ne voulais pas jouer. J'avais peur d'être encore une fois critiqué. Si j'avais perdu, les gens auraient encore dit beaucoup de chose très négatives contre moi » (interview à retrouver chez TeamLiquid).

Cette bonne performance marque le retour en forme de ByuN comme l'un des joueurs clé du dispositif Prime. Une bonne passe qui se confirme tout au long de l'année 2012 puisqu'il atteint une fois encore une demi-finale de GSL. ByuN n'a alors jamais mieux joué. Les critiques s'effacent peu à peu, au fil des victoires. Il est alors au meilleur de sa forme et enchaîne les belles parties. L'année 2013 sera bien moins bonne. ByuN ne réussit qu'à se maintenir en Code A, puis en Challenger League des WCS Corée. Le chaud, le froid, toujours.

 


Sous la bannière Prime, ByuN réussira de belles performances individuelles et par équipe (crédits : thisisgame.com)

 

Après une seconde disparition, le retour de l' « online monster »

La carrière de ByuN connaît un deuxième trou noir pour des raisons mystérieuses. Le 18 décembre 2013, ByuN affronte Sacsri dans le qualifier des IEM Sao Paulo et perd. Les mois suivant il disparaît complètement de toutes les compétitions. Pas de scandale cette fois, pas de bannissement. Simplement, ByuN s'évapore sans explications. Même s'il est inscrit aux qualifications de la GSL il ne s'y présente pas, il ne joue aucune partie pour Prime en Proleague. Le mutisme de ByuN ou de son équipe renforce le mystère, la communauté considère alors ironiquement qu'il a du être enfermé dans la KeSPA jail. Par delà les railleries, l'énigme ByuN attise tout de même la curiosité.

Il faudra attendre 2015 pour éclaircir le mystère. Dans une interview, ByuN révélera enfin la raison de son absence, le très redouté syndrome du canal carpien. Celui-ci cause des douleurs importantes aux poignets des joueurs et est une des maladies les plus présentes chez les joueurs professionnels.

Gerrard, coach de Prime, redonne brièvement espoir aux fans du joueur lorsqu'il annonce, le 13 février 2014 : « Nous sommes très heureux que MarineKing revienne sur Starcraft 2 en ce moment particulièrement critique pour nous. Il est possible que nos résultats médiocres lors du premier round l'aient motivé. Il est particulièrement remonté et, avec ByuN, nous montrerons une fois encore la force des Terran de Prime. ». Malheureusement, ByuN ne jouera plus aucune partie en match hors ligne pour Prime, qu'il finira par quitter en octobre 2015, lorsque l'équipe explose suite au scandale de match-fixing impliquant notamment deux joueurs et Gerrard. Fautif ou victime collatérale, ByuN à décidément le chic pour se trouver dans tous les mauvais coups.

Après que les douleurs se soient calmées, ByuN reprend son bâton de pèlerin et revient, encore une fois. Là où tous auraient renoncé, il repart, recommence... et il est plus fort que jamais. Le 4 avril 2015 marque son retour à la scène professionnelle, lorsqu'il remporte l'Olimoleague #28. S'il ne réapparaît pas dans les compétitions hors-ligne, le Terran domine clairement toutes les autres. En un an et demi, il a ainsi remporté 81 compétitions en ligne, balayant au passage les meilleurs joueurs chinois et certains coréens. À l'hiver 2015-2016, ByuN est considéré comme un des meilleurs Terran de la planète et les fans attendent son grand retour en compétition hors ligne.

Ren est toujours là, fidèle, pour lui rappeler que lorsqu'il le décide, personne ne peut l'empêcher de gagner.

 


Un message à la communauté est caché dans cette photo, saurez-vous le trouver ? (crédits: Kenzi)

GSL 2016 saison 2 : « The One Man Army »

Les gaming houses, ByuN connaît bien mais ce modèle ne lui convient plus. Malgré un sponsoring de quelques mois par X-Team, une structure chinoise, il ne rejoint plus d'équipe. Ce choix est audacieux alors que la scène coréenne n'a jamais connu aussi peu de compétitions individuelles. Il réussit pourtant un bon parcours lors de la première saison de la Starleague où il termine dans le top 6. C'est la seconde saison qui marque un dernier tournant dans la carrière de ByuN.

Après tant d'années dans le circuit, ByuN se connaît et sait qu'il doit composer avec ses faiblesses, qu'il n'arrivera plus à les gommer totalement. Techniquement, il a peu de failles, mentalement... c'est une autre histoire. Le garçon est émotif et très sensible à la pression. Il a fallu beaucoup de travail sur lui-même à ByuN pour trouver la solution, faire de sa sensibilité une force créative, de ses angoisses un moteur. Face à Dear il réussit un bo7 presque parfait pour parvenir, pour la première fois de sa carrière, à atteindre la finale d'un tournoi majeur. Lorsqu'il se retrouve sur scène face à sOs le contraste est flagrant. Le Protoss est certes tendu, mais il dégage le self-control d'un habitué des grands événements. La première partie semble confirmer cette impression et se conclut sur une victoire rapide de sOs. Mais ByuN n'abandonne pas et revient à la charge. Petit à petit, il accule son adversaire et retourne le public à sa cause. Il finit par s'imposer avec la manière et peut laisser exploser sa joie. 5 ans, 11 mois et 27 jours après sa première apparition en GSL il remporte enfin son premier titre majeur. ByuN réalise ainsi un exploit historique. Il est le premier joueur à remporter une ligue coréenne majeure, alors qu'il n'appartient à aucune équipe, de l'histoire combinée de Starcraft 2 et Broodwar. Cet exploit lui vaut un nouveau nom, The One Man Army, et un titre, celui de meilleur joueur du monde.

Il a réussi l'impossible, atteint le Nirvana sans jamais suivre la route tracée. ByuN a pris les chemins de traverse. Seul, à contre-courant, il a démontré que sortir du moule était possible. Au moment de sa victoire, il tombe à genoux, rit, prend son visage dans ses mains. Comme un ultime pied-de-nez il défie l'habitude coréenne jusque dans son attitude face au succès. Il n'est pas une machine à gagner, insensible et froide. L'émotion n'est pas feinte, elle n'est pas cachée non plus. Il est un des rares à se souvenir que tout ceci n'est qu'un jeu au fond, même si cela est devenu un jeu plus sérieux. 

La KeSPA Cup et la BlizzCon sont les deux nouvelles marches que ByuN devra franchir. Cela ne lui fait pas peur, il est celui qui continue de marcher, de grimper, de se relever en toute circonstance. Ses adversaires sont prévenus, c'est dans l'adversité que le Terran révèle sa force.

ByuN n'a pas plus d'équipe de communication qu'il n'a de structure d'entrainement. Il est un membre d'une tribu en voix d'extinction : ceux qui peuvent encore parler avec le cœur, librement, sans calcul. Lorsqu'on évoque la possibilité d'un sponsor pour l'accompagner à la Blizzcon, il tique un peu :

« Il y aura des problèmes quelle que soit l'équipe que je pourrai rejoindre. Avant toute chose, j'ai un chien qui m'attend à la maison et mes rencontres avec les fans durent souvent deux heures ou plus. Si je rejoins une équipe, il ne serait pas possible de faire les deux. » (Teamliquid)

Quoi qu'il se passe, Ren l'attend à la maison. Toujours.

 


Retour en vidéo sur le parcours de ByuN dans cette GSL 2016 saison 2 par SC2HL

 

crédits header : Moufff sur une photographie originale de Kenzi

2 commentaires

Gargamexeu
Gargamexeu - 22/09/2016 19h07

Putain il est trop mignon.

shanaar
shanaar - 23/09/2016 11h55

Un super article comme on en trouve trop peut.

Merci Nepou, j'ai pris plaisir à le lire du début à la fin.

ps : Go Terran GO

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