d

19 juin 2015 - Mandark Divers

Conférences constructeurs : le bilan

Conférences constructeurs : le bilan

En définitive, amie lectrice, ami lecteur, cette édition 2015 du Electronic Entertainment Expo, ou Eutroua chez nous, se révèle être des plus intéressantes. Pas surprenante, pas démente, mais foutrement intéressante, et ça c'est déjà bien !

En effet et comme je le répète souvent, il ne sert à rien de se voiler la face : ce qui fut il y a quelques années encore un véritable marqueur incontournable de la prise de pouls mondiale du jeu vidéo n'est plus – malgré un indéniable prestige qui est avant tout l'héritage de son glorieux passé – qu'un passage obligé parmi tant d'autres, et de surcroît pas le plus intéressant tellement il ne sert plus qu'à préparer la liste d'achat des dépenses de fin d'année.

Cynique, moi ? Oui, et je l'assume, mais vous conviendrez avec moi, amigas y amigos, que sortis du « need » et autres « untel a violé l'E3 » instantanés et sans le moindre recul, il convient de raison garder et se souvenir qu'entre l'annonce (pour ne pas dire « la promesse ») de merveilles à venir et ce qui (et quand) nous attend en vrai, on peut s'attendre à quelques surprises, et pas forcément des bonnes.

Bref c'est bien simple, on pourrait résumer ça à la Jean Yanne : l'E3 c'est « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », mais toi et moi savons qu'il est encore possible de tomber de haut entre maintenant et le jour où.

Néanmoins cette édition s'est révélée particulièrement intéressante – et c'est pour ça qu'elle était passionnante - pour ce qui est de situer dans notre temps les trois principaux constructeurs de consoles sur l'échiquier du pouvoir, et comment ils comptent bouger leurs pions dans les mois qui viennent. Récapitulons donc :

Rise of the challenger !

La boite à Bill aura payé cher le malpaso de l'E3 2013, mais la stratégie du mea culpa et l'abandon successif des features les plus toxiques de la Xbone (Kinect intégré d'office à la console, obligation de garder sa machine connectée h24 pour pouvoir s'en servir et surtout, une politique de DRM digne de Big Brother annulant toute possibilité d'échange ou revente d'un jeu) ainsi qu'un réajustement de son prix de vente pour rester concurrentielle face à une PS4 qui est déjà loin à l'horizon ont permis à la console de Microsoft de garder la tête hors de l'eau et même de regagner d'importantes parts de marché, notamment sur son territoire de prédilection, les U.S of A.

Pas morte la Xbox One donc, preuve qu'en revenant à l'humilité qui fit les belles années de la 360 Microsoft a compris qu'il fallait parler avant tout au seul public qui compte vraiment quand on cause de consoles : les joueurs.

Car bien qu'en Amérique le rôle de terminal multimédia proposant divers services à part le jeu soit une bonne idée, du fait que là-bas et à la différence de chez nous les offres triple-play n'existent pas, c'est bien pour jouer et surtout pour jouer que l'on investit dans une console. Aussi il y avait fort à parier que la conférence du géant de Richmond serait axée sur le jeu et rien que sur le jeu s'il voulait passer pour crédible en ce moment décisif, et c'est exactement ce qu'il s'est passé.

MS prend enfin de risques et fait le choix de mettre en avant d'autres I.Ps (DR)

On passera sur le faux événement que constitue la rétro-compatibilité subite de la Xbox One avec la ludothèque de son aînée (c'est bien, mais qu'est-ce qui vous empêchait d'implémenter cette feature dès le début amigos ?) pour retenir surtout quelques projets qui s'annoncent pour le moins excitants, d'autant plus que si les inévitables tartes à la crème du constructeur répondaient forcément à l'appel (Halo, Forza et Gears) et que l'on nous promet « renouvelées », le gros de la com portait surtout sur des projets neufs et frais, dont beaucoup d'indépendants et un aperçu de l'Hololens qui en aura scotché plus d'un, même si on sait depuis que son utilisation se révèlera plutôt contraignante et ardue.

Bref, Microsoft n'avait pas d'autre choix que d'éblouir l'assistance et à ce titre sa conférence fut un modèle du genre, donnant franchement envie de mettre les mains sur sa petite dernière, maintenant qu'elle a montré qu'elle pouvait mûrir.

Up, up, and away !

Paradoxalement et malgré le nombre insolent de PS4 implantées dans le monde, plus de 22 millions tout de même, c'est à dire plus que la PS2 au même âge en son temps, Sony avait encore plus l'obligation de faire exploser les compteurs, car si son succès est indéniablement dû aux qualités de la bécane (bien plus qu'à la faute de com de son concurrent) et à son prix pas trop coup de massue pour un premier cycle de vie, nombre de joueurs attendent encore les titres qui tireront vraiment parti des capacités de la machine.

Une attente d'autant plus légitime que la PS4 a bientôt deux ans et doit surtout se contenter de versions « definive edition » des succès...de la PS3. Or maintenant et malgré la présence d'un service Playstation Plus de mieux en mieux géré et de plus en plus attractif, surtout si l'on possède une PS3 et/ou une PS Vita (un autre bon point pour Sony, qui a pensé à développer une vraie synergie entre les trois consoles), celles et ceux qui ont fait confiance à un constructeur qui n'a jamais oublié de leur parler jeux vidéo attendent maintenant de voir les vrais jeux PS4 !

Et pour faire fort, Sony a fait plus fort que du roquefort avec un triplé des plus improbables, puisqu'il s'agit de rien moins que trois jeux qui n'étaient pas censés exister, ni maintenant ni probablement jamais, et pas seulement : il s'agit aussi juste de trois des quatre jeux les plus espérés par la quasi totalité des gamers around ze world depuis dix ans (logiquement tu auras deviné quel était le dernier), avant la conférence du fantasme à l'état brut !

Une séquence qui a pris tout le monde de court et qui semble annoncer un jeu de ouf ! (DR)

Cerise sur le gâteau, Sony se permet en prime de livrer une séquence in-game d'une nouvelle I.P qui s'annonce spectaculaire, avec son monde post-apo dominé par d'immenses créatures robotiques, versions torturées et effrayantes de dinosaures rêvées par Skynet.

Et pour enfoncer le clou, quoi de mieux qu'une longue et burnée séquence in-game des dernières péripéties d'un chasseur de trésors gouailleur et intrépide, et dont les prochaines aventures sont la raison pour laquelle une large partie des possesseurs de PS4 a choisi cette dernière, sans parler de ceux qui attendent que le jeu sorte pour sauter le pas à leur tour ?

Un sans-faute obligé et impressionnant pour le constructeur donc qui, s'il tient ses promesses, risque bien de mettre encore un peu plus d'encablures entre lui et le reste de la compétition.

Nintendon't !

Reste le cas Nintendo. Je dis « le cas » car je ne m'explique toujours pas bien la raison qui a poussé la firme à moustache, non seulement à proposer un « Nintendo direct » déguisé en conférence, mais en plus à rendre celui-ci totalement inintéressant alors qu'ayant sous le coude de quoi contenter au minimum un large public – faut-il le rappeler ? - spécialement là pour être au minimum contenté, si ce n'est rassuré, par l'avenir que leur réserve Big N (qui a indéniablement pour l'heure les deux consoles les plus intéressantes en termes de jeu vidéo pur et d'exclus maison de haut-vol). Là encore il est question de rapport de confiance, et même si je suis persuadé que Nintendo n'a pas cherché 30 secondes à négliger son public, s'appesantir de longues minutes sur des figurines compatibles avec une des licences phares d'un gros éditeur et faire l'impasse sur quelques-uns des titres les plus attendus par les joueurs, ou dans le meilleur des cas les aborder de façon pour le moins sibylline sous prétexte qu'on en apprendra plus « quand ça comptera », ce n'est pas jouer le jeu de l'E3 et c'est prendre le risque de se tirer une sacré p***** de balle dans le pied ! Pas envers les convaincus (bien que, étant de ceux-là, je ne cache pas que cette conférence m'a donné grave envie de pioncer, et pas seulement parce qu'on était sur la brèche depuis plus de 24 heures), mais envers tous les autres, toutes celles et ceux qui passent à côté de l'extraordinaire potentiel de la Wii U, faute d'une communication toujours pas adéquate alors que cette bécane roxxe du ponay pour toutes celles et ceux pour qui le terme « gameplay » a non seulement un sens, mais est une priorité !

Bon, devant le tollé provoqué par l'indigence du rendez-vous manqué, Iwata-san n'a pas traîné à s'excuser, arguant que, comme Nintendo communique régulièrement avec son public à l'occasion des « Nintendo directs », ils avaient forcément moins de surprises à dévoiler par rapport aux autres qui eux attendent les grands events pour dévoiler leurs cartes.

Quitte à se taper le vol jusqu'à L.A, autant être un peu plus disert à propos de ça que de figurines en laine, s'pas ? (DR)

Ok amigos, mais la prochaine fois réfléchissez-y à deux fois avant d'envoyer la moitié du staff de la boite de Kyoto à L.A, parce que là avec autant de moyens mis en œuvre pour au final assister au départ d'un pétard mouillé (voire souillé, car – et là je parle pour ma face – savoir que de nouveaux Amiibos hors de prix vont débarquer, non seulement je commence à y être habitué, mais je m'en tamponne un peu l'oreille droite avec une babouche ; par contre avoir des niouzes d'un p'tit taiseux blond qui écume un univers pour la première fois présenté en open-world ou en savoir un peu plus sur un fieffé renard as du dogfight, je pense que ça en aurait au moins contenté, au minimum, beaucoup d'entre nous).

Et surtout, souvenez-vous qu'à défaut d'être toujours la grand-messe du JV qu'elle fut il y a encore quelques années, l'E3 demeure un moment de révélation (oserais-je « de communion » ?) pour les joueuses et joueurs du monde entier (et c'est bien pour cela que malgré son aura définitivement marquée du sceau de la com marketing avant tout, l'E3 arrive toujours, quelque-part, à nous faire rêver comme aucun autre salon de JV au monde – oui PGW, c'est aussi à toi que je parle !)

Ce qu'il faut retenir...

Un Microsoft qui après « une erreur de jeunesse » a repris le mors aux dents et compte bien ne pas se laisser enterrer facilement et réussi l'improbable cabriole de à la fois rassurer ses fans et interpeller les autres, un Sony plus que jamais « king of the hill » qui démontre brillamment que près de vingt ans à s'intéresser « humblement » (rappelons ici qu'au moment de lancer la Playstation première du nom, Sony s'est reposé entièrement sur des développeurs de qualitay qui avaient fait leurs preuves, plutôt que de s'octroyer le rôle de boss suprême) au jeu vidéo lui a conféré un savoir-faire inimitable en tant que producteur (une expérience dont Microsoft tire d'ailleurs chaque jour les enseignements, preuve s'il en est qu'il ne suffit pas d'avoir plein de brouzoufs pour garantir un succès ; il faut aussi une vision à long terme, et on se demande au final comment MS a bien pu oublier cela, surtout après le sans-faute de la 360).

Quant à Nintendo cela ne remet bien évidemment aucunement en jeu les qualités du constructeur/éditeur, mais il semblerait hélas que cela indique que son problème le plus sérieux réside dans sa communication. Non pas que celle-ci soit mauvaise – après tout, vous en connaissez beaucoup vous, des qui tiennent leur public au jus de leurs avancées tous les deux mois (exception faite de Yoshida Naoki ?) - mais elle reste, malgré les évidentes qualitay de leurs produits, hasardeuse, et pour cause : après avoir eu le plus grand public des consoles avec la Wii, Nintendo a voulu avec la Wii U recentrer ses efforts vers la communauté des gamers « exigeants » tout en étant persuadé qu'un public plus « casual » lui resterait acquis.

La faute de Nintendo n'est pas – et n'a jamais été – de s'adresser au plus grand nombre ou pas avec la Wii U. Son erreur, encore une fois, c'est de ne pas l'avoir fait mieux, et de façon plus agressive, alors qu'entre l'époque de la suprématie de la Wii et l'arrivée de sa petite sœur et le renouveau de la concurrence, le paysage s'est radicalement transformé.

Il semblerait pourtant qu'ils soient parfaitement conscients des enjeux en vigueur, comme en témoigne la brillante mise sur le marché de Splatoon, un des titres les plus intelligents à surfer à l'heure actuelle sur le fil ténu qui sépare hardcore et casual gamers....

Mais inutile de se perdre plus ici en conjonctivite, amie lectrice, ami lecteur (et la première ou le premier qui me parle de conjecture, j'lui fais quelque chose à sa figure !), l'important, je crois, c'est qu'on en a eu pour notre argent, ou suffisamment, en tout cas, pour avoir de quoi continuer à se passionner pour ce que l'avenir nous apporte.

Et c'est bien le moins que l'on attendait de cet E3. Santé !

 

Acheter vos jeux avec notre partenaire G2A.com

 

Poster un commentaire

Vous devez être connecté pour pouvoir poster un commentaire.