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18 oct. 2017 - ZeManiaK Divers

Cuphead : une exigence salutaire !

Cuphead : une exigence salutaire !

Depuis 7 ans, StudioMHDR Entertainment s'est consacré au développement de Cuphead, son boss rush rétro qui a enchanté les yeux de l'audience des conférences Microsoft aux E3 précédents. Cette pépite sort enfin sur PC et XBOX One et le moins qu'on puisse dire, c'est que la coupe est pleine...de bonheur !

One mug, one cup !

Cuphead et son meilleur ami Mugman sont deux joyeux habitants de l'île d'Inkwell. Un jour, leur addiction aux jeux de hasard les rend débitaires du diable, qui les charge d'une mission : collecter les âmes de plusieurs résidents d'Inkwell et les lui rapporter pour régler leur dette. Les deux compagnons vont alors devoir affronter les pires dangers pour rembourser le diable, mais ce sont bien les différents boss qu'ils rencontreront qui leur feront vivre un enfer... et vous avec. En solo ou en duo, avec un joueur incarnant Cuphead et l'autre Mugman, il faudra donc enchaîner les confrontations.

Concrètement, Cuphead se déroule en quatre phases de jeux distinctes :

- la première et la plus fréquente est celle du combat de boss à pied, découpée en plusieurs phases successives, certains affrontements ajoutant du scrolling.

- la deuxième consiste en du run n'gun assez traditionnel pour les fans de Contra et/ou Metal Slug, indispensables afin de ramasser les pièces nécessaires pour acheter du matériel chez le marchand porcin

- troisièmement, du shoot'em up, assez classique là encore si on omet la mécanique de parry déjà évoquée, ici utilisable n'importe quand (il n'y a pas de saut)

- et enfin, la phase de Mausolée, la plus rare (trois dans tout le jeu), où vous devrez protéger un esprit de fantômes hostiles pour gagner une super attaque.

Cette diversité de phases mais aussi de boss, tous différents et très bien pensés comme des clins d'œil aux dessins animés des studios Fleischer, Warner et Disney, empêche Cuphead de tourner en rond, puisque chaque nouvelle rencontre apporte ses surprises et de nouveaux éléments de gameplay. Une fraîcheur bien aidée par la mécanique de parry, qui permet à Cuphead d'interagir avec tous les ennemis et les objets roses en appuyant une nouvelle fois sur le bouton de saut une fois en l'air. Concrètement, cela vous permet d'activer des interrupteurs ou de toucher des points faibles. Et ce n'est pas anodin, étant donné la difficulté de la plupart des combats, mais on aurait aimé que cette fonctionnalité ne soit pas forcément couplée au saut : de plus, le lag après un parry dans le vide, très long et handicapant, rend la capacité très risquée pour un débutant qui l'utiliserait à l'aveuglette. Une très bonne idée de gameplay qui aurait donc méritée une exécution un peu plus souple.

Signalons que la carte du monde, permettant de se déplacer entre les zones, est-elle aussi très soignée et que les plus curieux feraient bien de l'explorer entièrement, car quelques piécettes s'y trouvent cachées. Ces pièces permettent d'acheter de nouvelles armes (il est possible d'en équiper deux et de switcher d'une pression de gâchette, à volonté) mais aussi des charmes, qui apportent des bonus passifs comme un parry automatique au premier saut et surtout, une invincibilité pendant le dash qui vous aidera énormément pendant les premiers niveaux. Enfin, si vous arrivez à vous concentrer suffisamment pour passer outre la D.A monumentale de ce jeu.

Au passage, le mode deux joueurs a beau se révéler légèrement plus facile, n'y jouez qu'avec quelqu'un d'un niveau équivalent au votre. Sans quoi vous allez rager...

Un régal pour les yeux comme pour les oreilles.

Alors oui, tout le monde et son chien loue la direction artistique de Cuphead, ce court paragraphe ne fera donc pas preuve d'originalité. Mais qu'importe ! L'animation à la main de tous les personnages, Cuphead comme ses adversaires, est magnifique. Rien que les mimiques du héros, les petits déplacements de son avion en train de virer de bord le rendent absolument adorable et terriblement attachant. Mais le pire, c'est que plusieurs de ses opposants dégoulinent de charisme et de charme : des légumes mutants aux dragons chimériques, des zeppelins ressemblants à Olive dans Popeye aux baronnes tout sucre tout miel, on se surprend à retenir les caractéristiques de ces ennemis, à défaut de leur nom, et les retrouver après coup pour un autre round d'hostilités est toujours agréable. Les transitions entre les différentes phases des boss sont d'ailleurs particulièrement soignées, tout comme les effets audio et visuels créés pour supporter l'effet rétro de Cuphead, qui distingue ce jeu de sa concurrence : bruit de vinyle et de vieille pellicule de cinéma, filtres noirs et blancs à certains moments, tout est là pour dégager une ambiance cartoon très marquée, ancienne mais certainement pas désuète.

Que la bande-originale de Cuphead tabasse sévèrement les oreilles joue aussi beaucoup en sa faveur. StudioMHDR Entertainment a mis le paquet pour s'adjoindre les services de plus d'une vingtaine de musiciens et de Kristofer Maddigan, qui a servi de compositeur pour une bande-son très jazzy, basée sur les trompettes, le piano, le banjo, quelques chants et énormément de rythme. Le résultat ? Plus de deux heures quarante de bonheur, des morceaux qui s'intègrent très bien au gameplay, mais qui sont étonnamment encore plus agréables à écouter hors du jeu. Ici, pas de zone de flow à chercher comme pour un Hotline Miami, où le joueur s'oublierait dans une osmose entre la musique et le jeu : on travaille une ambiance (le combat du clown me restera longtemps en tête, et plus encore celui du chat et de la souris) et on développe à caractériser des personnages (comme la chanson de King Dice, iconique). De quoi apprécier le voyage et continuer malgré les nombreuses morts que vous allez éprouver.

Et sinon, les Animaniacs en DLC, on a le droit d'y croire ?

 

Cuphead est-il si difficile que cela ?

Entendons nous-bien : il est évident que Cuphead n'est pas facile. Pour chaque boss, vous devrez comprendre et apprendre les patterns d'attaque utilisés pour pouvoir survivre, ce qui va en soit demander plusieurs tentatives : il faudra ensuite trouver le meilleur moyen afin de remporter l'affrontement, ce qui s'avérera difficile même après que les habitudes de votre ennemi n'aient plus de secrets pour vous. Un certain degré de rage risque donc d'être au programme : heureusement, votre tête vous sera beaucoup plus utile que vos réflexes ou n'importe quel autre skill. En effet, une bonne compréhension des combinaisons possibles entre les armes, les charmes et les super de Cuphead vous aidera plus sûrement que n'importe quoi d'autre pour gagner.

Les développeurs ne mentaient pas dans leur FAQ en promettant un jeu "tough but fair", dur mais juste. Il faut réfléchir avant d'agir, penser sa stratégie à l'aune du challenge qui nous est présenté. Dois-je utiliser un charme dopant ma barre de super pour utiliser l'attaque finale plus rapidement ? Une arme plus lente mais plus puissante ne serait-elle pas plus efficace contre ce boss en particulier ? Rassurez-vous, il n'y a pas non plus une infinité de combinaisons ou de possibilités, le joueur a tout de même le choix des armes et sa victoire viendra autant d'un placement judicieux sur le terrain que d'un équipement bien réfléchi. Et la victoire n'est belle que si elle est acquise de haute volée : sur ce point, Cuphead ne vous décevra. Un bémol toutefois, qui en surprendra probablement plus d'un, car il va à l'encontre des avis dominants. Beaucoup semblent penser qu'il est dommageable que les boss ne livrent leurs âmes qu'une fois battus en mode normal, le mode facile ne représentant alors qu'un entrainement permettant de débloquer les affrontements d'un même monde, sans pouvoir accéder au suivant. Cependant, la difficulté maîtrisée du jeu ne pose pas de problème en la matière : mon souci lui vient de l'impossibilité de jouer en mode difficile avant d'avoir battu le boss de fin. Quoi, serais-je masochiste ? Point du tout, mais j'aurais aimé creuser certains challenges à ma guise avant de continuer et d'explorer d'autres contrées, au lieu de tout faire d'une traite jusqu'à la fin pour ensuite recommencer afin d'atteindre le rang S, le plus élevé. Ceci dit, ça reste du pinaillage, car je compte bien recommencer Cuphead. Encore et encore. Jusqu'à y perdre mon âme, et mon temps du jeu. À défaut de jouer avec le diable, j'aurai au moins passé du temps sur un jeu excellent.

 

Cuphead : du 9 avec du vieux. 910Points positifs
  • Des boss et des défis variés, passionnants à découvrir, juste assez d'aléatoire quand il le faut
  • Une mécanique de parry très utile et novatrice...
  • Plusieurs builds à tester, de quoi réfléchir avant d'agir !
  • Sévère mais juste
  • L'animation et la musique, excellentes mises à part, extraordinaires une fois combinées
Points négatifs
  • Dommage d'avoir à attendre la fin du jeu pour débloquer le mode difficile
  • ..bien que son exécution laisse parfois à désirer.

Cuphead est un jeu à la sensibilité arcade assumée et au design léché, mais surtout, c'est un excellent moyen de passer le temps, entre crise de rage, rugissements de victoire et admiration envers une direction artistique aussi maîtrisée. Plusieurs décennies après l'âge d'or des studios d'animation tels que Fleischer, Cuphead ranime la flamme... et tente de vous brûler avec. Et coquin, vous pourriez vous surprendre à aimer ça.

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