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12 mars 2016 - Perco Divers

Darkest Dungeon : la souffrance d'en bas.

Darkest Dungeon : la souffrance d'en bas.

Vous vous souvenez lorsque vous étiez petit ? Vous aviez un hamster, tout petit, tout mignon, que vous appeliez Polochon. Oh, vous l’avez aimée cette petite boule de poils, éperdument, sans retenue. Et puis elle est morte, étouffée par une feuille de salade préparée de vos propres mains. Darkest Dungeon va vous faire revivre ce sentiment, des centaines de fois à la suite, dans le noir, avec des monstres. C’est chouette les jeux vidéo.

Un univers post-hameau

Leg’marron.

Papy a toujours été rigolo. Sa dernière trouvaille est hilarante : après avoir fait creuser sous le manoir familial et déterré un portail direct vers les forces du mal, il s’est tiré une balle dans la tête, non sans m’avoir écrit une bafouille pour me dire que, tout de même, ce serait bien que je me démerde avec mon héritage.
J’adore papy.

Du coup, me voilà à la tête d’un hameau délabré, du genre à tenir la dragée haute à Jouy-en-Josas. Ça tombe bien, l’ambiance ne va pas trop être aux vacances.
 


 

Tour rapide du propriétaire : une auberge, une forge, un sanatorium, un centre d'entraînement, une chapelle et, surtout, une diligence qui va permettre d’accueillir les joyeux crét… aventuriers que vous allez recruter gratuitement toutes les semaines.
Tous les bâtiments sont améliorables et vont servir à armer et soigner les héros de retour. Enfin... ceux qui reviendrons.

En ordre de marche ou crève.

Après avoir librement formé une équipe de quatre suicidaires parmi quatorze classes différentes, avoir choisi pour chacun quatre compétences sur les huit disponibles, il vous faudra déterminer le paramètre le plus important : leur ordre de marche.

Car le bébé de Red Hook propose un système de combats au tour par tour frais et original : vos héros, ainsi que les ennemis, sont présentés sous un élégant scrolling horizontal et ne peuvent utiliser leurs compétences qu’en fonction de leur ordre dans la queue et sur des adversaires spécifiquement placés dans la leur.
 


 

Cet aspect stratégique permet de former des équipes extrêmement différentes, optimisées pour telle ou telle région à libérer des forces du mal. La meilleure stratégie consiste donc à améliorer la diligence pour embaucher un maximum de personnages et à multiplier les tentatives.
Une fois l’ordre trouvé, il faudra jouer avec la synergie des compétences pour combattre. Marquer une cible et profiter de dégâts bonus, l’étourdir avant de la frapper ou encore la faire saigner avant de l’infecter, les possibilités sont nombreuses.

« Jouer avec la synergie des compétences », on dirait une marotte de manager ou de consultant, celui qui vous brief pour vous demander de relancer un dossier from scratch sans oublier de think out of the box.
Si cela vous rappelle quelque chose, tant mieux, car c’est dans sa peau qu’il va falloir vous mettre si vous voulez terminer vos premiers donjons autrement que prostré au sol, pleurant vos petits héros tout mignons récemment empalés.

Pensez à vos héros comme à des stagiaires à tester, voilà c’est le mieux.
Surtout ne les humanisez pas, ne discutez pas avec eux à la machine à café.

À la limite, ne leur donnez pas de nom.


Le lièvre et la torture

La bande à asile.

Car ne vous y trompez pas, sous ses faux airs de rogue-like ambiance médiévale, Darkest Dungeon est un simulateur de DRH en entreprise. Votre boulot est de former des équipes relativement efficaces avec une bande de tarés. 

Imaginez que l’on vous assigne le gros Robert, qui pionce sur son bureau, Jean-Jacques et ses douze plaintes pour harcèlement sexuel, Micheline qui choisit ses dossiers en écoutant le fantôme de sa mère morte et qu’on vous dise « Voilà, tu leur fais faire le buisness plan et vous partez démarcher les clients, t’es confiant ? ». C’est pareil.
 


Darkest Dungeon n’aime pas vos héros. Il va vous faire comprendre qu’ils ne sont que de la chair à canon en les martyrisant sans relâche.
Pour ce faire, le jeu dispose de trois mécaniques d’un sadisme absolu qui vont interagir entre elles pour faire de votre vie un enfer : les manies, le stress et le noir.

Taré au combat !

Les manies sont des caractéristiques que les personnages vont acquérir au fil de leurs aventures. Parfois bénéfiques, elles seront également de petites tares bien pénibles. Untel n’acceptera que d’aller au bordel pour se détendre au hameau, untel piquera sans vergogne votre loot pour satisfaire sa cleptomanie, que du bonheur. Et encore, ça, c’est la mécanique la moins handicapante. Attendez que le stress s’en mêle et cela va devenir la foire aux fous.
 


 


Paniqué mais presque.

Le stress est sans doute l’élément le plus punitif du jeu. Une petite barre se remplit sous chacun de vos héros au gré des événements.
Plutôt classique, cet élément est ici sublimé par une idée bête comme chou :
TOUT, ABSOLUMENT TOUT FAIT STRESSER VOS HÉROS COMME UN EXAMEN DE FIN D'ANNÉE !
L’obscurité ? Stress. Des monstres ? Stress. Un sort ? Stress. Un coffre ou un livre à looter ? Si si… parfois stress.
 


On ne parle pas du petit stress du lundi matin, celui qui se combat à coup de footing ou de cours de yoga-poney. Ici, ici on cause bonne grosse panique, crise d’angoisse fatale, stress post-traumatique. Lorsque la barre est remplie, on passe aux joyeusetés : les afflictions.
Vos héros vont montrer le meilleur d’eux-mêmes : masochisme, désespoir, paranoïa... c’est la fête du slip. À partir de ce moment-là, vos stratégies bien rodées vont voler en éclat.

C’est le sel de Darkest Dungeon, son trait de génie. Lorsque votre Croisé refusera de jouer son rôle de tank et se jettera derrière votre Vespale tentant désespérément de soigner un arbalétrier masochiste qui refuse catégoriquement toute intervention, vous ragerez mais vous rirez. Jaune, mais vous rirez. C’est ça ou la corde.

Soyons justes, il existe une probabilité d’obtenir une vertu au lieu d’une affliction ; c’est un évènement rare comme un jour sans alcool à la gendarmerie mais cela arrive.
Évidement, les afflictions provoquent du stress chez vos comparses… et la barre de stress peut atteindre 200%, provoquant ainsi une crise cardiaque.

Qu’est-ce qu’on rigole dites donc !

Camera obscura

Lorsque vous équiperez vos premiers héros, vous oublierez de prendre des torches et vous mourrez. Après cette expérience, vous penserez toujours à en prendre ; vous allez mourir quand même mais avec une veilleuse, ce qui est tout de même bien mieux.
On ne va pas jouer les étonnés, le jeu ne s'appelle pas « Les plaines les plus lumineuses » mais « Le plus sombre des donjons », c’est comme le Port-salut, c’est écrit dessus.

 


Le niveau de luminosité baisse en permanence et il vous faut allumer des torches très régulièrement pour le rétablir… ou pas, car c’est un habile mécanisme de difficulté.
Dans le noir, vos héros paniquent plus rapidement (mais quelle surprise !), les monstres tapent plus vite et plus fort mais les récompenses sont plus grandes.

Je t’haine, moi non plus.

Une main devant, une main derrière.

À ce stade du développement, les petits gars de Red Hook se sont dit que, tout de même, c’était un peu casual, un peu facile... rire nerveux.
Du coup, il ont intégré un système de mort permanente et de perte totale de vos objets en cas de non retour d’une équipe. Vous perdez tout et tout le monde si vous n’arrivez pas à vous traîner jusqu’au hameau après avoir rempli l’objectif d’un donjon.
Oh, vous pouvez bien fuir à tout moment et regagner vos pénates, mais ce sera au prix d’un énorme malus sur vos personnages. Au début, cela semble une bonne tactique : on sauve ce qu’on peut et tout ce beau monde ira se faire soigner la caboche.

Je pense que vous n’avez toujours pas compris que les développeurs arrachent les ailes des oiseaux pour se détendre...

L’ aiguille dans une botte de soins.

Les soins anti-stress à l’auberge ou à la chapelle coûtent chers, rendent vos héros indisponibles pour la prochaine expédition, sont parfois occupés par le narrateur de l’histoire – comme ça, juste pour vous emmerder – et sont d’une efficacité limitée à moins d’avoir dépensé une blinde pour améliorer les lieux.
 


Le traitement des maladies et afflictions mentale au Sanatorium, quant à lui, est un avant-goût du système de soin américain. Préparez-vous à vendre un rein pour soigner un personnage qui a perdu la boule.
Soyons francs, à moins d’avoir un héros dont le niveau a incroyablement monté, il vaut mieux renvoyer ceux qui n’ont pas de mutuelle se faire glorifier ailleurs et recruter de la chair fraîche.

Je vous avais bien dit de ne pas vous attacher.

Fouette-moi encore et encore et encore !

Darkest Dungeon n’est pas un jeu parfait mais presque.
Bien sûr, il reste un jeu indé et malgré toute son inventivité, il ne peut pas s’affranchir d’une certaine répétitivité. Les donjons vont devenir de plus en plus longs, nécessitant de faire des pauses autour d’un feu de camp (ce qui est l’occasion de faire jouer des compétences spécifiques de vos personnages pour faire baisser le stress, se buffer ou se soigner) mais vous ferez peu ou prou toujours la même chose.
 


L’horrible difficulté le réservera également à ceux qui aiment le challenge et sont capables de respirer un grand coup plutôt que d’exploser un clavier sur la table.
Cela n'enlève rien à ses innombrables qualités et aux heures de grand n’importe quoi qu’il peut vous offrir.

Darkest Dungeon 810Points positifs
  • Une très jolie DA.
  • L’inventivité du gameplay.
  • L’aspect stratégique… avant implosion.
  • Horriblement punitif, version plaisir.
Points négatifs
  • peu de variété.
  • horriblement punitif, version douleur.

Si vous voulez vivre l’expérience Darkest Dungeon au plus près de ce que ses auteurs ont voulu en faire, demandez à quelqu’un de vous flageller les testicules ou de vous pincer les tétons pendant votre partie. Vous découvrirez que passé l’irritation, plaisir et souffrance sont deux sentiments liés et vous en redemanderez. Une pépite masochiste.

 

 

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9 commentaires

Afrouner
Afrouner - 12/03/2016 18h27

Ca a l'air d'être un bon jeu pour masochiste :3, je vais tester ça, l'univers a l'air vachement immersif, merci pour cette découverte

Korlis
Korlis - 12/03/2016 18h30

You remember our venerable house
Opulent and imperial...

JiGGly
JiGGly - 13/03/2016 10h56

J'ai fini le jeu il y a quelques jours, j'ai passé des moments incroyables, je le recommande vivement.
Le gros bonus de ce jeu c'est que l'on ne peut pas tricher : tte action est définitive. Mm si avec un petit trick de fichier on peut faire des sauvegarde.
Quelques petits conseils pour les donjons niveau 3 :
- capacité du maître d'arme au cours des camps
- compo saignement avec pillarde - bouffon (partout sauf dans les ruines)
- utiliser la furie avec les plantes médicinales pour enlever les malus
- Docteur lapeste OP (mon champion préféré de loin)
- utiliser des compo "marquer" pour les gros boss (arbal - occultiste - pillarde - mercenaire)
- pour les breloques privilégier la stat esquive
- enlever SYSTÉMATIQUEMENT toute les maladies de vos champions au hameau (mm la rage)

A votre dispo si besoin de conseil

"Ruin has come to my family"

JiGGly
JiGGly - 13/03/2016 11h00

ps :" C’est chouette les jeux vidéos." enlever le S de video

percol
percol - 13/03/2016 14h14

@JiGGly :

Oh mais vous avez entièrement raison !
Comme pénitence pour cette faute impardonnable, je m'infligerai 2heures du jeu de Kim Kardashian sur mobile.
Nous essaierons de corriger cela au plus vite.

Nos lecteurs sont formidables décidément.

Coolback
Coolback - 14/03/2016 21h30

On peut toujours tricher, cherche pas !!

Thud
Thud - 17/03/2016 00h22

Ce jeu est ultime, très bel article !

Kustomiz
Kustomiz - 18/03/2016 21h10

Je me suis inscris sur le site d'O'gaming seulement aujourd'hui (malgré mes années de fidélité en tant que "viewer" et fan du staff) afin de te complimenter Perco pour cet article très bien rédigé et criant de vérité sur cette petite perle. C'est du beau travail de rédaction , en effet les verres à moitié vide ne pourront pas jouer à ce jeu, il faut porter en soi un certain positivisme couplé à un goût prononcé pour le masochisme. J'ai pour ma part projeté d'effectuer un travail sur mon moi intérieur et explorer les plaines de la sérénité et de la sagesse avant de reprendre ma partie.

percol
percol - 20/03/2016 12h09

@Kustomiz :

Merci pour ce gentil commentaire. Bienvenu sur le site !

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