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13 juil. 2015 - ZeManiaK Divers

Décès de Satoru Iwata : la mort d'un PDG gamer

Décès de Satoru Iwata : la mort d'un PDG gamer

Nous avons appris au réveil ce matin le décès de Satoru Iwata, le PDG de Nintendo. Alors que les hommages sont nombreux, appuyés et unanimes, il est temps de revenir non seulement sur la biographie du monsieur, mais aussi sur les raisons d'une telle émotion, inhabituelle pour un PDG. La réponse est en fait peut-être toute simple : nous avons perdu un camarade gamer.

Qui était Satoru Iwata ?

Satoru Iwata s'est éteint le 12 juillet 2015 à l'âge de 55 ans. Très tôt possédé par le démon de la programmation, il a fait des études supérieures dans ce sens. Bien que n'étant pas employé chez Nintendo au départ, il participa de près ou de loin à plusieurs jeux de chez Big N, comme Earthbound, Kirby et surtout Pokemon Stadium et Pokemon : Gold/Silver. Bref, ce fut quelqu'un qui a apporté sa contribution à plusieurs softs sympathiques.

Il gravit ensuite les échelons chez Nintendo jusqu'à devenir en 2002 le PDG de l'entreprise, le quatrième depuis la création de Nintendo en... 1889 (son prédécesseur, Hiroshi Yamauchi, était devenu président en 1949, pour vous donner une idée). À son arrivée, M. Iwata avait donc tout à prouver, d'autant plus que la compagnie essayait tant bien que mal de vendre sa Gamecube, à grand-peine. Et c'est l'un des points qui va rendre Iwata populaire, en tout cas dans le milieu : il va changer radicalement la donne, en interne comme dans la politique de Nintendo.


Le dress code chez Nintendo par exemple a énormément changé...

Une grande influence sur le monde du jeu vidéo

En effet, s'il ne faut pas exagérer son poids dans une entreprise très grande et assez ancienne, Iwata a influencé très fortement la stratégie « tous publics » de Nintendo, dans la deuxième moitié des années 2000. Les plus hardcore gamers d'entre nous ont regretté ce tournant, mais il était indispensable pour Nintendo de rebondir sous peine de subir le même sort funeste de Sega. Et le pari fut plus que réussi avec la Wii tout d'abord, mais aussi la Nintendo DS qui fut un carton phénoménal en s'adressant à un public plus large et qui a ensuite incité les autres consoles à s'y mettre (avec plus ou moins de succès, certes), cela tout en continuant de produire des jeux de qualité estampillés Nintendo (même si les nouveaux Smash, Mario et Zelda n'ont pas eu autant de succès critique, par exemple).

Bref, ce monsieur a aidé Nintendo, mais aussi le monde du jeu vidéo en général, à s'ouvrir à de nouveaux publics. Mais on lui sera aussi gré d'être intelligent et de comprendre ses erreurs. Prenons la 3DS et la Wii U : la 3DS étant trop chère (et la 3D inutile), la console se vendait correctement sans atteindre les sommets de son ancêtre. La Wii U a, elle, pâti d'une mauvaise communication et d'une lineup de départ pauvre alors qu'elle accuse un déficit de puissance face à la concurrence, comme ce qu'il s'est passé pour la Wii. Qu'à cela ne tienne : pour la 3DS, on baisse drastiquement le prix de la console en même temps qu'on amène enfin des jeux intéressants (Mario Kart, Ocarina of Time, etc.). Quant à la Wii U, ce n'est pas tant le prix de la machine, plutôt constant, qui a été modifié, mais surtout la communication et un catalogue de jeux désormais impressionnant qui ont été amenés : Smash Bros, Mario Kart, Bayonetta, Donkey Kong... Certes, il y a des remix, et des gros jeux se font encore attendre chez nous (Xenoblade X), mais la Wii U est maintenant une console de salon décente même si pas très vendue.

Bien qu'avec l'arrivée prochaine de la NX ses jours soient menacés, le gadin est limité notamment avec l'arrivée des Amiibo (là aussi, très cohérente avec la vision d'Iwata et les racines de Nintendo, vendeur de jouets) grâce auxquels le constructeur touche un vrai pactole. Un constructeur qui renoue avec les profits après trois ans de vache maigre, la preuve que le rebond est possible. Iwata a permis à Nintendo de survivre à la fin de sa domination écrasante sur le marché des consoles, et voulait préparer la suite avec la NX. Mais si les réactions sont aussi nombreuses et unanimes, c'est qu'il savait aussi très bien se mettre en scène.


Même si parfois, il allait un peu loin...

Un PDG qui savait se mettre en scène

Tout le monde le matraque de nos jours : quelque soit votre produit, l'important, c'est la communication ! Sur ce point, M. Iwata se défend : dès 2005, il charrie Reggie Fils-Aimé sur scène et il est à l'origine des Nintendo Direct que vous pouvez suivre sur O'Gaming. Ces vidéos sont un moyen très pratique pour Big N de maîtriser directement ses annonces, même si le dernier E3 a montré que la firme de Kyôto n'est pas infaillible. Mais entre les fausses bastons contre Reggie pour montrer les Amiibo, les peluches muppet-style et les unboxing de Wii U, force est de reconnaître que Satoru Iwata se donnait en spectacle de manière parfois assez débridée.

Mais à mes yeux, le plus important n'est pas dans ces vidéos-là, mais dans les Iwata Asks, une série de vidéos où Iwata lui-même pose des questions à de nombreux développeurs de Nintendo sur leurs jeux, débordant parfois largement (comme sur le sujet de Pokemon par exemple). Et voilà ce qui le distinguait d'un PDG « classique » : cet homme-là n'était pas qu'un col blanc enfermé dans un bureau à faire des réunions. C'était un gamer, il connaissait son métier et son industrie, il pouvait en parler efficacement.

Je sais ce que certains d'entre vous peuvent se dire : c'est du marketing, il se mettait en scène pour instaurer une relation de proximité avec les joueurs, qui sont avant tout ses clients, afin de promouvoir les jeux et les produits de son entreprise. Et c'est totalement vrai, la communication est ici indéniable. Mais justement, ça marche : Iwata est légitime dans ce rôle car ancien développeur, et il a assez de connaissance dans les jeux vidéo pour interviewer lui-même de nombreuses personnalités du milieu, du créateur de Mario aux producteurs de Fire Emblem Fates (c'est l'Asks Iwata le plus récent). Donc je me dis que oui, cet homme-là, tout PDG qu'il ait été, n'a pas triché et qu'il a fait sa promotion en même temps qu'il parlait de sa passion de manière sincère.

Et la voilà, la raison des messages Twitter, des dessins, des hommages (y compris de Sony et Microsoft) qui se multiplient, et expliquent cette émotion : Satoru Iwata était l'un d'entre nous. Un gamer. Et mine de rien, ça compte.

Pour conclure, je ne vois rien de mieux que de rappeler sa désormais célèbre phrase de 2005 :

« Sur ma carte de visite, il y a écrit PDG. Dans ma tête, je suis développeur de jeux vidéo. Mais dans mon cœur, je suis un joueur. »

Pas mal comme épitaphe, non ?

 

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