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19 août 2016 - ZeManiaK Divers

Deus Ex Mankind Divided : un très bon ajout à la saga.

Deus Ex Mankind Divided : un très bon ajout à la saga.

La licence Deus Ex n'a finalement pas connu beaucoup de jeux depuis que le tout premier opus, sorti en 2000, a mis une claque à ceux qui y ont joué. Mankind Divided, le cinquième épisode de cette saga (en comptant The Fall sur mobile), est aussi le deuxième avec Adam Jensen comme protagoniste, et le moins qu'on puisse dire c'est que ce dernier évolue désormais dans un monde plus hostile, mais diablement bien pensé.

Note : ce test a été réalisé à partir d'une version éditeur sur PC.

 

Un monde d'apartheid mécanique

Nous sommes en 2029, deux ans après les événements de Human Revolution (et 23 ans avant le premier Deus Ex). L'Incident, une catastrophe provoquée par le scientifique Hugh Darrow en 2027, avait provoqué des crises de folie meurtrières chez tous les « Augmentés », tous ceux qui avaient des prothèses mécaniques. Désormais, ces humains modifiés sont victimes de préjugés voire de racisme ouvert, spécialement en République Tchèque, pays en pointe dans la répression des Augmentés. Adam Jensen n'est pas épargné malgré son nouveau statut d'agent d'Interpol, et il va devoir faire face à une conspiration tournant autour d'organisations terroristes et d'un projet de « loi sur l'humain » interdisant toute augmentation et autres menaces futuristes. Notre héros devra se rendre à Prague mais aussi, Deus Ex oblige, dans d'autres pays afin de combattre cette menace, mais aussi  pour en apprendre davantage sur ce qui lui est arrivé dans la première des deux années écoulées depuis l'Incident, dont il ne garde aucune mémoire...

Le scénario de ce Deus Ex est plus dense, mais aussi plus court que dans les opus précédents : comptez entre 25 et 30 heures pour finir le scénario selon votre rythme, et le nombre de missions secondaires que vous effectuerez. L'intrigue est plus condensée, et on ne compte qu'un seul hub social, mais quel hub ! Prague est un open-level de grande classe, extrêmement détaillé et vivant, avec des habitants discutant entre eux, ayant leur vie propre, et on peut visiter ses rues, ses égouts, ses toits pendant plusieurs heures et toujours découvrir quelque chose de nouveau. Le jeu arrive aussi, comme Fallout 4, à raconter de nombreuses petites histoires à travers les livres numériques, les agendas électroniques, les e-mails des ordinateurs à pirater, et on veut toujours en explorer plus. État policier oblige, les forces de l'ordre sont très présentes et l'ambiance est beaucoup plus morose ce qui change radicalement de Human Revolution, comme une gueule de bois technologique. Les augmentés sont contrôlés à tous les coins de rue, ont des files séparées dans le métro, ne peuvent pas s'asseoir dans les parcs, beaucoup de boutiques leur sont fermées et la neuropozyne, le médicament permettant de supporter les augmentations, devient très rare et même objet de trafic. Mission accomplie donc, on ressent fortement le malaise ambiant. Le jeu transcrit bien la ségrégation teintée de racisme social à l'œuvre dans Prague à travers ses histoires, surtout les quêtes annexes.

On sera plus réservé sur le scénario lui-même, palpitant mais qui ne répond pas à toutes les questions qu'il pose. Mankind Divided ne finit pas en choisissant parmi trois ou quatre boutons pour terraformer la planète comme dans les précédents opus, mais par une seule scène, influencée par vos actions en jeu. On est cependant loin de la profondeur narrative d'un The Witcher 3, et certaines sous-intrigues n'ont pas la résolution qu'elles méritent. Mais que ce constat ne vous décourage pas : les dialogues sont bien construits et cohérents, les doubleurs sont de qualité ce qui aide grandement à s'immerger dans l'histoire, et certains dilemmes moraux imposés par le jeu sont intéressants, pouvant même aboutir à des missions différentes (même si les différents chemins aboutissent toujours au même point). Ce n'est donc pas un sans-faute, mais le scénario de Deus Ex Mankind Divided est très intriguant : c'est juste dommage qu'on sorte avec cette impression que le jeu en garde sous le pied pour la suite.

This is not even his final form!

 

 

Un gameplay au plaisir augmenté (no pun intended)

Deus Ex : Human Revolution était agréable mais le gameplay pouvait être très rigide et peu permissif. Mankind Divided essaie dès le départ de mettre tout le monde à l'aise en nous permettant de choisir nos contrôles parmi quatre choix selon nos envies. La configuration de base du jeu est meilleure que celle de son prédécesseur, et Adam est enfin capable de se mouvoir de cachette en abri beaucoup plus facilement, les gunfights sont fluides, l'utilisation des pouvoirs ne se fait plus à partir d'un menu ce qui est infiniment plus confortable. Même le radar est optimisé par rapport à l'opus précédent, et le plaisir de jeu est bien supérieur. Mankind Divided est donc parvenu à combler la lacune principale de Human Revolution et ce n'est pas mince, même si l'IA reste naïve dans le mode scénario et que l'invisibilité est décidément broken pour s'infiltrer comme en combat. Pari réussi pour les développeurs une nouvelle fois, notamment sur la nécessité de raisonner de manière beaucoup plus verticale : il ne sera pas rare de rencontrer des niveaux de sept-huit étages au moins, et vous pourrez vous faire repérer si vous êtes trop visible/bruyant y compris par des ennemis situés un étage en dessous ou au-dessus de vous. Il y a davantage de possibilités d'infiltration, les conduits d'aération sont toujours utiles mais ne sont plus indispensables, et on peut progresser assez rapidement en exploitant les escaliers, ascenseurs ou simplement les échelles disséminées sur les maps, en attendant d'avoir assez de points de Praxis (compétence) pour sauter plus haut que Renaud Lavillenie. C'est à la fois plus immersif et satisfaisant à explorer.

En parlant de compétence, dans ce nouvel opus Adam se rend compte assez tôt dans le jeu qu'il possède de nouvelles capacités indisponibles avant, des augmentations expérimentales toutes nouvelles. Entre le tazer à distance (appelé TESLA), le producteur d'ondes de choc PRIME, la super vitesse, la concentration, le bouclier TITAN rendant quasi invincible, les nouvelles augmentations sont intéressantes quelque soit votre style de jeu. Certes, elles font surchauffer le système jusqu'à ce qu'une autre compétence soit désactivée (à moins de remplir une quête annexe dans le jeu), mais rien de grave puisque c'est surtout l'énergie du joueur qui en pâtit. De toute manière si vous la jouez infiltration, désactiver le système Typhoon n'est pas une grosse perte, et ça marche aussi pour les plus bourrins d'entre vous qui ne regretteront pas le TESLA. Une bonne idée donc, d'autant qu'il faudra comme dans bon nombre de suites de RPG repartir de presque zéro et racheter une grosse partie de vos augmentations et que chaque partie peut aboutir à un build radicalement différent.

Le craft fait aussi son apparition dans Mankind Divided, mais il faut être honnête : dans le mode scénario, ce n'est rien de plus qu'un gadget, puisque il n'y a que peu de statistiques augmentables pour les armes, et que des ajouts comme le silencieux ou la visée holographique ne les concernent pas toutes. Les pièces détachées trouvables un peu partout sont bien plus rentables si on les utilise pour créer des munitions Tesla ou Typhoon et des biocellules rechargeant la barre d'énergie. Dommage, mais de toute manière les augmentations sont largement suffisantes pour éviter d'avoir recours abusivement aux armes.

Bref, tout cela aurait suffit à Deus Ex pour être un bon jeu digne de son héritage, mais les développeurs ont ajouté un mode de jeu assez inattendu et franchement enthousiasmant : le mode Breach.

 

 

Death and the Raspberry

Breach (ne pas confondre avec le manga), c'est un mode de jeu online et gratuit de compétition asynchrone où le joueur, dans la peau d'un pirate informatique, un Ripper, pirate les données des grandes corporations du monde de Deus Ex pour trouver les informations compromettantes qu'elles détiennent. Sauf qu'on ne parle pas ici de piratage avec des lignes de code, mais de plongée dans un monde virtuel où votre avatar, ayant des capacités et des armes similaires à celles d'Adam Jensen, doit naviguer dans de nombreuses maps (plus de 70 à la sortie, un chiffre qui devrait augmenter au fur et à mesure) pour progresser. Oubliez toute référence à Tron, le level-design de ce mode Breach est épuré, tout y est fait pour simplifier l'expérience ludique et ça marche. Véritable jeu à part complémentaire du scénario car il permet d'obtenir une bonne dose d'action rapidement et sans chichis, Breach ne vous permettra pas de faire du PVP, mais de comparer vos scores et vos performances à celles des autres joueurs. Pour cela, les développeurs ont mis du challenge à foison : il y a plusieurs types d'objectifs, comme trouver toutes les tours de données, détruire un certain nombre d'ennemis et récolter plusieurs débris de dossier (voir plus loin). Mais en plus, chaque carte propose de dépasser un certain score, de speedrun en dessous d'un chronomètre prédéfini et de télécharger les données de toutes les tours de la map.

Et ce serait un tort de ne pas essayer de se dépasser puisque dans ce mode, tout est achetable, les armes, les munitions comme les accessoires et peut s'obtenir grâce à des packs spécifiques qui droppent cinq ou six objets de manière aléatoire. Ces packs peuvent être également gagnés sur la carte du serveur qui héberge toutes les maps, ce qui donne pas mal de choses aux petits nouveaux qui débutent, mais il faudra farmer le jeu pour obtenir des récompenses sur le long terme, ou bien passer à la caisse avec des euros véritables. Cela dit, rien d'obligatoire, surtout que plusieurs cartes demandent davantage de la réflexion que du skill pour être accomplies rapidement. Le choix de vos augmentations sera déterminant d'autant qu'elles ne pourront être toutes utilisables en même temps : si vous possédez 800 Go de libre, vous ne pourrez pas prendre plus de huit compétences requérant 100 Go, et ainsi de suite.. Concernant ces dernières, on notera qu'elles ne sont pas exactement les mêmes que dans le scénario : par exemple, pas de possibilité de porter de lourdes charges car il n'y en a pas. Par contre, le double et triple saut ne sont disponibles que là, et sont non seulement utiles mais aussi franchement jouissifs pour parcourir des niveaux inventifs, et ne nécessitant parfois qu'un petit twist pour se réinventer totalement d'une carte à l'autre.

Là comme ça, il y a l'air d'avoir beaucoup de choses à paramétrer, mais c'est de la poudre aux yeux

Dernier point qui contribue à faire de Breach une vraie réussite, les « dossiers du Darknet ». Ce sont des petites quêtes annexes scénarisées, une par entreprise (les mêmes qu'on retrouve dans l'univers de Deus Ex, les habitués de la série retrouveront d'ailleurs quelques noms familiers). Bien écrites, ces missions ajoutent encore de l'intérêt à ce qui se révèle plus qu'un simple mode arcade, même si rien n'est obligatoire ou incontournable. C'est juste intéressant de se sentir partie prenante d'un univers aussi massif alors même qu'on ne s'attend pas à du contenu scénarisé, et ça montre l'envie des développeurs d'ancrer leur création dans la licence. On notera aussi que Jensen, dans le scénario, peut trouver des puces Breach donnant accès à des packs spéciaux dans ce même mode. Un exemple de complémentarité plus que sympathique.

 

 

From dusk till dawn

Un mot sur le Dawn Engine, le moteur du jeu développé spécialement pour l'univers des Deus Ex. Les amoureux de la D.A d'Human Revolution auront un choc, car tout dans Mankind Divided veut montrer un univers réaliste, plus sombre, désespéré, et le moteur répond bien sous la pression. Malgré les quelques bugs pré-release rencontrés, notamment au lancement du jeu, tout cela est assez stable et très fluide, les temps de chargement entre les zones sont gourmands mais pas besoin d'attendre plus de cinq secondes après une mort ou une recharge de sauvegarde. La configuration PC demandée est elle aussi gourmande, mais on recommandera de toute manière une version console puisque Mankind Divided a été développée pour celles-ci. Une mention également de la musique, ambiante mais pas au niveau légendaire de ses prédécesseurs : rien de mauvais, mais rien de mémorable non plus.

De manière générale, Deus Ex Mankind Divided est un grand cri d'amour aux fans de la saga à qui les développeurs multiplient les gages : on peut effectivement traverser tout le jeu sans tuer ni alerter personne (une grande lacune de Human Revolution dont les boss devaient être tués). Les clins d'œil sont légion, un développeur du jeu en réalisateur de film ici, une musique du premier Deus Ex qui passe à la radio par là, et le sens du détail des programmateurs frise l'obsession pour planter les graines menant au jeu de Warren Spector, tout en construisant leur propre tambouille. Une situation d'équilibriste finalement assez réussie, le manque de boss fight n'empêchant pas l'apparition de réelles situations casse-tête, et tout comme dans le Deus Ex original, explorer et réfléchir avant d'agir seront récompensés de manière bien plus gratifiante que le pan-pan boum-boum habituel, et c'est vraiment rafraîchissant. Il n'est pas nécessaire d'avoir joué à Deus Ex premier du nom ou bien à Human Revolution pour comprendre l'action, une vidéo de 12 minutes facultative au début du jeu expliquant d'ailleurs tout ce qu'il y a retenir de l'opus précédent. Par contre, les habitués de la licence repéreront très vite des noms connus, sans pour autant que cela n'entrave la compréhension des néophytes.

On notera aussi le DLC de précommande, Desperate Measures, une mission annexe parallèle au scénario, courte mais efficace et dont l'intérêt principal réside surtout dans les ressources limitées alloués au joueur pour se faufiler dans le building d'une société de protection connue. Il faut aussi avoir en tête que Square-Enix est en pleine promotion du Deus Ex Universe, un concept transmédia qui décline cet univers sur plusieurs supports indépendants mais connectés. C'est potentiellement intéressant, mais il est dommage de devoir télécharger une appli Deus Ex sur mobile pour lire les codes triangle qu'on trouve dans le jeu. Pour un peu, on croirait à un complot de Square pour développer un intérêt plus mainstream autour de la licence tout en contentant les fans de la première heure.  Wait...

Un complot ? Illuminati confirmed !

Un opus de transition plus qu'appréciable 810Points positifs
  • Les nombreuses histoires racontées, toutes passionnantes
  • Le mode Breach, une des meilleures idées de 2016
  • Prague, un open-level très réussi
  • De nouvelles augmentations pertinentes
  • Un gameplay bien plus fluide qu'avant
Points négatifs
  • Le scénario intense et accessible mais court, et qui se retient pour la suite
  • La musique agréable mais en retrait
  • L'IA un peu trop facilement prise en défaut une fois le système de jeu maîtrisé, surtout dans le scénario principal
  • Le craft, un gadget dans la version solo

Deus Ex Mankind Divided sonne le début de la reprise en main de la licence par Square-Enix : un jeu maîtrisé qui donne les moyens à ses développeurs de s'approprier un univers riche et appelé à être exploité maintes fois par la suite. Heureusement, cet opus se suffit à lui-même, comme un pot-pourri des bonnes idées contenues dans les jeux modernes, et le mode Breach est une excellente idée pour booster la durée de vie du soft sans trahir l'esprit de la saga. Les amateurs de la licence comme des RPG peuvent donc l'acheter sans aucun souci, et même les néophytes devraient apprécier ce point d'entrée dans une licence appelée à faire de nouveau parler d'elle.

 

 

 

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