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23 déc. 2016 - Mandark Divers

Dishonored 2 : stealth appeal

Dishonored 2 : stealth appeal

Bon, il est un tantinet bien à la bourre ce test de Dishonored 2, ami lectrice, ami lecteur, mais bon, comme il reste quelques heures pour décorer le pied du sapin, ça peut pas faire de mal de repasser un petit coup de ripolin sur la merveille – tant annoncée qu'effective à l'arrivée – du studio Arkane. Une deuxième couche qui semble d'autant plus nécessaire car malgré l'excellence de la chose le soft peine à trouver nombre de preneurs à la hauteur de sa juste valeur (c'est à dire plein). Et pourtant...

À grands pouvoirs, grand gameplay !

C'est le lot de toutes les suites de succès que l'on n'attendait pas la première fois : elles sont espérées comme le Messie ! Carton surprise en 2012, Dishonored the 1st est devenu un classique instantané, mixant les influences du meilleur du jeu d'aventure et d'infiltration à la première personne avec une classe folle et se permettant même au passage de mettre quelques claques à ses illustres modèles.

Il y avait donc gros temps sur la release de Dishonored 2, qui se devait impérativement de faire plus beau, plus grand, plus long. Et surtout plus permissif, car la colonne vertébrale du gameplay de Dishonored (je précise quand même pour les rares qui ne seraient pas au jus) c'est la liberté totale laissée au joueur dans ses choix de progression pour atteindre ses objectifs, une liberté que peu de titres peuvent se targuer d'offrir, et qui représente quelque-part la quintessence de ce qui réunit les joueurs zen et les haterz, les casuals et la mastarace, et que tous demandent à (a)voir plus souvent : un jeu où – dans le cadre de ses limites imposées par la technique et le gameplay – tout est permis.

Et là donc impossible de rester de marbre devant la tranquille maitrise des p'tits gars d'Arkane, qui plus que réussir leur coup là où ils étaient définitivement sous surveillance démontrent qu'ils dominent leur sujet au-delà de ce que l'on pouvait attendre. La preuve ? Non seulement je n'ai encore déballé ni Final Fantasy XV ni The Last Guardian mais surtout Dishonored 2 réussit à supplanter son grand frère (qui, je le rappelle, reste un jeu qui aujourd'hui met encore la misère à tellement de titres récents) tout en ne changeant absolument rien à la formule originale (d'où le côté « tranquille ») ce qui, je réalise soudain, fait que parler de Dishonored 2 c'est parler de Dishonored, et vice-versa.

Yep, vous êtes bien dans la riante bourgade de Dunwall ! 

Bien sûr dans Dishonored 2 on en a plus ! Plus de terrain de jeu disponible, plus de verticalité, plus de héros – puisqu'on peut incarner soit Corvo Attano, le big-bad-good-boy du jeu originel, soit sa fille, l'impératrice Emily –, de pouvoirs déments – puisque que le père et la fille ne maîtrisent pas le même roster de magic-tricks, et que ceux d'Emily se voient même être à la limite de l'abusé (jouissif) tant ils sont destructeurs –, plus de méchants sournois et poseurs, plus de gardes aux aguets et au taquet, plus d'architecture kafkaïenne et ludique... Mais ça reste fondamentalement le même jeu qu'il y a quatre ans, et c'est ça qui en fait qu'il est aussi bon !

Paint the town red!

Pour peu que l'on ne se contente pas de vivre Dishonored et sa suite comme une coucherie d'un soir et donc que l'on arpente encore et encore les dédales organiques des cités de Dunwall et Karnaca – théâtre principal des événements narrés dans le deuxième opus – en variant les stratégies d'approche au gré des combinaisons de sortilèges et de passes d'armes de fines lames, on est (encore une fois) constamment impressionnés par la richesse des différents niveaux, véritables écrins de satin pour les possibilités apportées par le gameplay, avec une mention spéciale à quelques idées de level-design de dingue, comme ce manoir entièrement constitué de salles amovibles, ou plus loin la possibilité de se déplacer entre deux plans temporels pour passer des obstacles.     

Le grand kiff bien sûr c'est toujours de la jouer furtive et on est d'ailleurs encore récompensés, à l'instar de Metal Gear, par des stats tout ce qu'il y a de plus up quand personne ne nous a vu et qu'il n'y a aucune victime – pas même la ou les cibles qu'il faut abattre. Mais parfois, la meilleure défense c'est l'attaque.

Plus tranquille quand on sait que personne ne risque de débouler dans son dos ? Alors mieux vaut se débarrasser d'éventuels futurs gêneurs. On peut le faire en silence et assommer ou occire un importun, ou y aller en mode « ton cerveau plein les murs », à grands coups d'épée et en ne brettant pas à rire !

Heureusement la cité de Karnaca est le parfait lieu de villégiature pour reprendre des couleurs (particulièrement du rouge)

Rayon rapières et canons par contre il n'y a pas de jaloux. Comme dans Dishonored et peu importe le personnage avec lequel on cherchera vengeance, on pourra compter sur une arbalète, une lame et des pistolets, plus toutes les munitions funky qui vont bien (pour faire faire dodo, pour électrocuter, etc.), sans oublier les petites douceurs que sont les mines incapacitantes, les grenades et les « springrazors », des joyeusetés qui vous découpent un garde vite-fait bien-fait à coup de fils d'acier ultra-tranchants (du bonheur, il n'y a généralement plus grand chose à devoir cacher du cadavre après) !

Donnant toujours, et toujours de façon très subtile, le sentiment de se mouvoir dans le tableau d'un peintre Anglais de la fin du XIXème siècle, Dishonored 2 délocalise une grande partie de son intrigue à Karnaca, la capitale de l'île de Serkonos située au sud de Dunwall. L'occasion pour les développeurs d'apporter cette fois une touche d'inspiration méditerranéenne sans pour autant rompre avec la charte stylistique particulière du premier épisode, qui dépeint un monde au design néo-victorien (si tu as mieux à proposer, amie lectrice, ami lecteur, je suis tout oreilles) pas si éloigné du nôtre au tournant de l'avant-dernier siècle, sauf que dans ce monde là la révolution industrielle s'est faite sur la base de l'exploitation de l'huile de baleine et non de la vapeur. Et aussi, dans ce monde là la magie existe.

Encore heureux d'ailleurs, car l'éventail des pouvoirs surnaturels conférés à Corvo et Emily n'est pas de trop pour s'infiltrer et se sortir d'une mauvaise passe si les choses tournent au vinaigre. On appréciera d'ailleurs là encore la sérieuse implication de l'équipe de développement qui, loin de proposer de diriger deux skins dotées des mêmes capacités, a donné à chacun ses propres sorts, de sorte que bien logiquement Dishonored 2 ne se joue pas de la même façon selon que l'on incarne l'un ou l'autre. Et pour celles et ceux qui se sentiraient de faire fi de l'aspect surnaturel du jeu, il n'y a qu'à valider le mode zéro magie pour tout se farder à la dure, avec du fer et du plomb !

No country for long loads

Si Dishonored tutoyait la perfection dans son genre, sa suite la frôle d'encore plus près et, paradoxalement, c'est là que se trouve un des rares bémols des deux jeux : on passe tellement de temps à s'imprégner des lieux et à tester diverses combinaisons pour satisfaire notre goût du « ouah ! » que l'intrigue devient presque secondaire, d'autant plus que même bien écrite, l'histoire n'est pas d'une folle originalité non plus, sans parler des coups de théâtre qu'on voit venir comme un paquebot sur un iceberg (par contre les nombreux documents trouvés ça et là au cours de ses déambulations révèlent un background profond et touffu qui rendent totalement consistant le monde de Dishonored).

Oups...

Tant qu'à parler de ce qui fâche, on évoquera aussi le seul élément vraiment en deçà du reste et qui comme pour Dishonored est le temps de chargement un peu longuet pour loader/reloader une partie. Ça coupe un peu l'élan de ne pas pouvoir immédiatement revenir en jeu quand on a tenté une manœuvre foireuse et qu'on l'a payé de la vie de son avatar.

Mais bon, vu la richesse graphique et sonore de l'ensemble, on comprend et on pardonne aisément. Précisons d'ailleurs que le test a été effectué sur une PS4 Pro et que, comme promis par Arkane, Dishonored 2 jouit sur ce support d'un frame-rate des plus stables malgré des écrans parfois chargés en détails z'et effets.

Le rouge lui va si bien

Et on terminera par un détail qui a une importance capitale dans Dishonored : sa violence brute et sèche.

Pleine de bruit et de fureur – ironique pour un jeu qui favorise et encourage la discrétion – la houleuse destinée de la famille Kaldwin/Attano est littéralement magnifiée dans le sang, non pas gratuitement, pour le thrill du gore facile, mais bien car il en va ainsi des tragédies, et l'univers de Dishonored est tragique, au sens shakespearien du terme.

Death from above!

Alors voir de près tous les détails d'un visage surpris par la fulgurance d'un trait de métal lui perçant la carotide ou la jouer comme Hamlet avec la tête d'un malheureux qui aurait mieux fait de ne pas nous chercher des noises confère une indéniable grandiloquence au décorum de Dishonored, à grands renforts d'effets graphiques et parfois à la limite du grotesque, ce qui est évidemment totalement assumé (de même que mourir planté par un sec coup de lame et voir son hémoglobine teinter l'écran procure une sensation plutôt déplaisante, en dehors du fait qu'on sait qu'on va devoir s'enquiller quelques glorieuses secondes de loading pour revenir en jeu et réécrire l'histoire).

Histoire de nous rappeler que dans le jeu vidéo, le lien premier et viscéral entre le joueur et le jeu c'est la conséquence directe de ses actions de l'autre côté de l'écran, et que tant qu'à savoir se rendre vraiment crédible pour ce qui est de nous conter une bonne histoire où l'on s'y verrait grave, le jeu vidéo – encore une fois – vous salue bien !

Et de deux ! 910Points positifs
  • le gameplay, toujours et encore plus permissif
  • le level-design de gueudin
  • La direction artistique de ouf
  • Deux persos, deux rosters de pouvoirs cintrés
  • Plus long
  • Plus grand
  • Plus bô
Points négatifs
  • L'histoire finit presque par sembler insipide, tant elle est classique et en contraste avec le gameplay débridé
  • Les loadings longuets à chaque retour en jeu

On ne change pas une formule qui gagne dit-on, et je veux mon neveu ! En ne cherchant pas à modifier la formule de son prédécesseur, tant sur le fond que sur la forme, Arkane Studios a ainsi pu se concentrer sur ce qui faisait le sel du premier Dishonored, à savoir son côté bac à sable permettant mille et un merveilleux moments de jeu vidéo, pour donner au joueur exactement ce qu'il était en droit d'attendre : à la fois aussi bien et encore mieux ! Plus qu'une réussite, Dishonored 2 supplante son grand frère sans lui faire d'ombre pour autant, et on appelle ça du grand art !

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