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17 déc. 2014 - O'Gaming Divers

Donjons & Jambons S01 : Le lore de Caspar Friedrich (Zouts)

Donjons & Jambons S01 : Le lore de Caspar Friedrich (Zouts)

Un nouveau lore des aventuriers de Donjons & Jambons ? C'est parti. Aujourd'hui, vous pourrez lire l'histoire, ou peut-être le roman, de Caspar Friedrich, le personnage de Zouts. Et si vous avez raté les précédents lores, vous pouvez toujours relire celui de Roberto (Chips) ou de Hubert de la Moule (Noc), en attendant l'arrivée du prochain lore, qui sera donc celui de Majax (Noi) !

Un enfant plutôt costaud

Pour Caspar Friedrich, tout commence il y a trente-trois ans. Non, non, non… C’est déjà trop tard ! Tout commence donc il y a cinquante ans dans une famille composée d’un père paysan et d'une mère probablement tout aussi paysanne mais surtout pécheresse. C’est une famille classique qui travaille aux champs, paye la dîme et va à la confesse.

Et elle en a à confesser, la mère ! Cependant, elle confie ses travers avec élégance et ses termes sont choisis avec justesse. Elle demande l’absolution pour avoir négocié du fromage avec le fromager, du lait avec le laitier et quatre écus des écuyers. Les confessions se déroulent bien et notre histoire aurait pu s’arrêter là, si la méthode de négociation n’avait pas été viciée en son plus profond. En effet, plus maman négocie, plus elle a d’enfants et plus elle a d’enfants, plus elle doit négocier.

Les années passent et le foyer s’élargit aussi vite que le ventre du père qui passe son temps à manger le fromage, siffler le lait et jouer les écus. Fort heureusement, quand les mômes grandissent, ils aident la famille pour l’ensemble des tâches quotidiennes. Cela fait le bonheur de tous car des corvées il y en a à n’en plus finir : des trous à creuser, des latrines à vider, des champs à fertiliser, du blé à ramasser, des repas à préparer... C’est une routine qui dure jusqu’à l’arrivée de Caspar Friedrich. Après cette dernière mise au monde et grâce à un don du ciel (ou du Temps), maman put continuer de négocier sans accumuler les pleurnicheurs.

Comme ses frères et sœurs, le benjamin jouit d'une enfance banale à porter des ballots de paille plus grand que lui. Il mange beaucoup de soupe et développe une capacité inouïe à porter ses bottes de paille (force probablement due plus aux quintaux qu’il soulève quotidiennement qu’au contenu de son assiette, mais ça, il ne faut pas le dire aux enfants). Les hivers s’enchaînent, les gosses triment et pendant les après-midi d'été, quand le blé pousse et qu’il n’y a rien à faire de plus pour l'accélérer, ses frères organisent des brouillous.

Les règles du brouillou sont faciles : les sept garçons se placent en rond dans la clairière puis se ruent les uns sur les autres et distribuent des baffes jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus qu'un qui n'a pas les deux joues rouges. Le grand gagnant se fait appeler la gueule blanche pour la couleur de ses joues et distribue ses corvées de la semaine aux gueules rouges.

Bien que les tâches puissent être réparties équitablement entre toutes les gueules rouges, c'est généralement le benjamin de la famille qui en hérite. La tactique est habile : comme il est le plus petit, il ne gagne jamais et ne peut donc pas se venger la semaine suivante. Au fil des années, Caspar Friedrich perfectionne ainsi ses compétences d’entretien des latrines. Néanmoins, à la puberté, il grandit démesurément et devient bientôt aussi fort pour esquiver les baffes que pour en distribuer. Pendant un temps, il enchaîne les victoires et distribue ses propres corvées, le cœur léger et les narines apaisées. Malheureusement au fil des ans, ses frères partent créer leurs propres foyers et Caspar Friedrich reste seul avec ses parents et le balai.

L'Ultimate Brouillou et le pacte de l'Oasis...

Ainsi, il mène une vie paisible – faite de paille, d’excréments et des glapissements de sa génitrice – jusqu'à son 21e anniversaire. Au cours de celui-ci, ses frères profitent de passer à la chaumière familiale pour organiser un Ultimate Brouillou. Le principe est simple : tout est permis, la dernière gueule blanche l’emporte. En procession, ils se dirigent vers la clairière, se placent en cercle. Calmement, ils se préparent et reprennent la position d’esquive de leur jeunesse, les yeux à trente degrés. Puis, en souvenir des années où le benjamin pleurnichait en fertilisant les champs à la main, ils se jettent tous sur lui et lui collent le KO de sa vie (dans la bonne humeur, bien évidemment).

Sous le poids des coups, Caspar Friedrich tombe et se retrouve allongé sur le sol chaud. Il plisse les yeux et peu à peu distingue autour de lui une mer de sable à perte de vue. Des noix de coco tombent du ciel pour s’écraser mollement sur le sable chaud. Trois canaris jaunes virevoltent au loin. Les dunes, comme des vagues, progressent continuellement et il sent doucement le sol se lever sous lui. Il profite de sa position légèrement inclinée pour se mettre debout et regarder autour de lui. À perte de vue, il voit la mer de sable qui ondule sous les rayons du soleil. Il tourne le dos à l’astre éblouissant et distingue au loin un sarrasin en armure blanche poursuivi par une sorte de petit robot-ballon. Étrange scène qui semble issue d’un Univers qui n’est pas le sien.

Caspar Friedrich se concentre et distingue au loin une tâche sombre, comme une île au milieu de l’océan. Il commence à marcher dans le sens opposé aux vagues, profitant de chacune pour vérifier que la marque qu’il avait repérée est toujours présente. Le mouvement incessant des vagues de sable l’épuise rapidement mais pendant de longues heures, il tient bon la barre malgré ses sens qui s’embrument au fil des dunes à escalader. À force de volonté et d’espoir aveugle, il parvient à ce qui semble être trois palmiers-dattiers entourant une mare asséchée au bord de laquelle est assis un homme en armure de sable. À ce moment, le soleil touche l’horizon et son éclat est peu à peu remplacé par une ombre rougeoyante qui recouvre et s’accapare tout ce qu’elle touche. Caspar Friedrich s’approche de l’inconnu pour lui demander à boire d’une voix défaillante et quand l’étranger tourne son regard vers le paysan perdu, il présente une tête de faucon fièrement dressée sur deux épaules humaines.

Lui tendant une poignée de dattes :
« Tu t’es égaré Friedrich. Joins-toi à moi et élève-toi.
- Comment tu sais qui je suis ?
- Nous arpentons le chemin de la lumière. Nous pavons la route du destin et écrivons l’histoire. »
Caspar Friedrich, de plus en plus agacé par le charabia de l’étranger à tête de piaf :
« T’es qui d’abord et qu’est-ce que c’est que cette histoire de lumière ?
- Le monde est un désert, je suis l’Oasis. Mon empire vit en chaque grain de sable et j’ai le pouvoir de t’offrir la grâce de la fortune. Une antique puissance palpite en moi, une puissance qui t’ouvrira les yeux sur ton destin. Mais tu dois sortir de ta torpeur.
- Si je deviens riche ça change tout ! Elles étaient bonnes ces dattes. Il t’en reste ?
- Qu’importe la richesse, ce sont nos choix qui nous forgent. Accepte ton destin et aie foi en ton avenir.
- Oui, bon, c’est bien beau les choix et le destin mais si j’ai du sable aussi dans les poches ça ne m’avance pas beaucoup.
- Tu n’es qu’un grain de sable, Friedrich, et tu dois apprendre le respect. Nous allons donc faire un pacte. Tu obtiendras la richesse que tu désires tant et tu auras tout loisir d’en jouir librement mais un présent ne vient jamais seul et nul sacrifice n’est trop grand. En échange de ce luxe, tu ne pourras demeurer immobile car ton destin te poursuivra. Il prendra la forme d’une bête commune et seul toi pourras la voir mais si elle te rattrape, tu cesseras d’exister. Maintenant tu vas retourner dans ton monde mais souviens-toi, Friedrich, l’Histoire oublie ceux qui n’en sont pas dignes. Embrasse donc ton destin car désormais, tous les regards sont tournés vers toi. Que les vents t’emportent ! »
À ces mots, Caspar Friedrich sent sa tête tournoyer, ses sens se brouiller.
« Mais attend ! Je n’ai même pas dit oui !
- Ma décision est prise. Puisse le sable accompagner tes pas. »
Ses yeux se voilent et il est progressivement aspiré par une force surnaturelle. Quand il les rouvre, il est seul dans la clairière et la nuit est tombée. Il se redresse et reprend la route vers la chaleur et le calme de sa chaumière.

La renaissance et la malédiction de Caspar

Le ciel est dégagé et la pleine lune éclaire le sentier d’une lumière argentée. Les pierres qui parsèment le chemin, les arbres qui le longent, les animaux nocturnes, tous sont enveloppés d’un halo divin qui rayonne de détermination. Caspar Friedrich marche la tête haute, l’esprit embrouillé par sa récente expérience et le regard fixé vers l’orée des bois quand un éclat opalin le sort de sa léthargie. La lueur disparaît aussi vite qu’elle est arrivée mais déjà Caspar Friedrich quitte le sentier pour s’approcher du vieux chêne clair. A son pied repose un corps inanimé, un filet de sang séché s’étendant depuis la commissure de ses lèvres. Aucune marque distinctive sur lui. Pas d’armure ni d’arme. Seul un sac épais, posé entre ses jambes, s’affaisse sous son propre poids. La besace, d’un poids minéral, émet un tintement métallique lorsque Caspar Friedrich l’attrape. Le cœur du paysan accélère, il n’ose pas y croire et ouvre la sacoche pour s’assurer de son contenu. À l’intérieur, plus d’or qu’il n’en a jamais vu (ce n’est pas très difficile sachant que ce sont les premières pièces dorées qui passent entre ses mains). Dans la masse blonde se mêle quelques rubis et saphirs ainsi qu’un diamant plus gros qu’un œil de bœuf.

Caspar Friedrich reste de longs moments à contempler les pièces. En croque une sans trop savoir quel goût elle est censée avoir. Quand soudain ! (Là je dis soudain mais c'est une clause de style destinée à éveiller votre intérêt de façon à peine honnête, dans la mesure où c'est en vain qu'on pourra tenter de déceler la moindre trace de soudaineté dans l'action qui va suivre.) Quand soudain, il voit apparaître derrière l’arbre centenaire un escargot à la fois luminescent et translucide. Bête démoniaque, comme le prouvent ses deux cornes, qui semble habitée par la seule volonté d’atteindre le jeune paysan au regard incrédule.

Caspar Friedrich se lève et fait quatre pas vers la droite, le regard fixe sur le mollusque possédé. Il le voit bifurquer et prolonger sa course effrénée à la vitesse ébouriffante d’un millimètre par seconde. Après de longues minutes de jeu avec le gastéropode spectral pour tester ses capacités d’adaptation et sa dextérité, il comprend que la bête ne dispose d'aucune capacité de surprise. Il doit craindre sa détermination implacable, son insensibilité aux cailloux (même ceux qui pèsent très lourd) et surtout, sa capacité à s’orienter vers sa cible en dépit des obstacles et des efforts les plus habiles pour camoufler ses traces.

Repoussé par la proximité du domaine familial avec le limaçon infatigable, Caspar Friedrich se dirige vers la ville portuaire la plus proche. En réalité il est surtout attiré par les nombreuses possibilités qu'offrent la combinaison d'un sac rempli d'or, de docks bordés de bordels et de débits de boisson où le jeune âge n'empêche quiconque de jouer aux dés comme tout le monde.
Faiblement inquiété par la perspective, somme toute très lente, d'être rejoint par la bête du diable, il jouit d'instants divins avec les catins des quais et d'une vie de paris sans lendemain.

Cependant, hanté dès les premières heures du jour suivant par la crainte d'être rejoint inopinément par le mollusque en transe, il décide de louer une cabine sur un navire marchand. Cette combine lui permet de profiter des bienfaits des ports sans risquer de s'attarder dans sa région natale. Loin de la terre, loin des rampants !

Il profite, durant les premières escales, d'un quotidien ostentatoire de plaisirs faciles, imitant les travers de sa mère avant de trouver sa sacoche aussi vide que ses méninges !

Sa nouvelle vie de pacha s'effondre aussi rapidement que le coup de pied aux fesses que lui offre le capitaine en le débarquant de son trois-mâts sous des tropiques très éloignés du froid originel de sa contrée de cœur.

Obligé à nouveau de travailler pour subsister parce que la vie est injuste avec les jeunes paysans qui laissent traîner leurs richesses, il s'engage dans un équipage de pirates faisant valoir sa grande expérience en entretien de parties communes.

Au fil des abordages, il grimpe les échelons grâce à ses talents pour conserver ses membres en une partie ainsi que le pouvoir quasi-divin des torgnoles qu'il distribue pour faire parler les prisonniers qui ont des secrets à cacher. Les rares échecs que l'équipage se voit infliger sont couronnés d'un "Abyssus abyssum invocat" que personne ne comprend mais qui fait relativiser les moments de doute. Au fil des années, il gagne en popularité et bientôt les hommes qui le suivent deviennent majoritaires et poussent l'actuel capitaine à céder son poste à Caspar Friedrich. Bien évidemment l'ancien capitaine n'était pas très consentant mais sur un bateau, il suffit de pousser le capitaine dans le bon sens et avec suffisamment de force pour que sa réponse soit couverte par le bruit des flots.

La compagnie du capitaine Caspar Friedrich prospère sous son charisme tranchant et son épée directive (et vice-versa). Ils vont de Port-Machin à Port-Bidule et de Castel-Truc à Castel-Chose (à l'époque les bourgmestres n'étaient pas très créatifs), emplissant leurs cales de richesses et leur panses de mets délicats.

Jusqu'au jour où un nouveau vizir pousse Caspar Friedrich à lui laisser sa place et se dernier se retrouve sans le sou, de nouveau sur la terre ferme, à la merci du gastéropode acharné. Il ne fait ni une ni deux, ni trois, ni quatre, ni que dalle et propose ses talents de facto au service du Duc pour éviter d'être jeté dans une prison par les hommes du Roi qui le poursuivent... pour actes de piraterie.

 

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1 commentaire

Areip
Areip - 19/12/2014 17h21

Un pavé bien plus conséquent que les deux premiers! Si ça monte crescendo pour la taille des textes, on va pas être loin d'une nouvelle pour Majax (Magax?).

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