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22 mai 2017 - Perco Divers

Endless Space 2 : Classe et X

Endless Space 2 : Classe et X

Alors que je contemple mon empire galactique, la poésie de l’instant m’étreint. Une nébuleuse pourpre, la tranquillité figée d’une planète sans soleil. Bon, c’est pas tout ça mais faut que je pète la gueule des Sophons moi.

Racheté par Sega, le studio tricolore Amplitude revient - après un détour par la terre ferme avec Endless Legend - à ce qui a permis son éclosion : le 4X spatial façonné avec amour façon confiture de grand-maman.

Les colons dans l’espââââââce !

Le « 4X » est un genre codifié qu’il est complexe de révolutionner, ce qui n’est d’ailleurs sans doute pas toujours souhaitable, les bonnes recettes restant les bonnes recettes. La mesure de la réussite est donc ailleurs, dans la capacité à clarifier la lisibilité et d’innover dans certaines mécaniques secondaires, tout en conservant le cœur historique : Explorer l’univers (« explore »), s’étendre (« expand  »), se développer (« exploit ») et dérouiller les autres factions (« exterminate »). Il s’agit donc - simplement – de faire mieux, de raffiner… Et c’est incroyablement complexe à faire.

Dire que la série des Endless Space est un Civilization dans l’espace est peut être réducteur mais voilà pourtant qui est assez proche de la réalité. À la tête d’une des huit factions proposées, il s’agit bien de commencer avec deux outils (quelques chose pour explorer et quelque chose pour coloniser un premier système) et de se débrouiller pour en faire un empire galactique incontesté par ses voisins.
 


Chaque système se compose de planètes qui sont autant de combinaisons de taille, de type, de ressources, de climats et de petits secrets à découvrir. Il s’agit donc de bien peupler ces mondes pour profiter de leurs richesses, et d’utiliser ces richesses pour construire de quoi aller reproduire le même cycle un peu plus loin.

Et quand cet « un peu plus loin » passe par le gazon du voisin, c’est là que les choses deviennent amusantes.

We are the knights who say « NIBS » !

Si chaque planète est importante, c’est pourtant la découverte des meilleures pépites qui provoque le petit frisson de plaisir du joueur de 4X. Sous les anneaux planétaires, les nuages de gaz ou les océans féconds, c’est bien les chiffres que l’on recherche, les quantités de nourriture, d’industrie, de brume (la monnaie du jeu), de science et d’influence (Le système « NIBS » du premier épisode, élargi donc en « NIBSI » désormais). Si en plus un sol nous offre une ressource stratégique végétale ou minérale, c’est le jackpot.

Mais tout n’est pas accessible immédiatement, et la plupart des systèmes proposent des astres qui ne se montrent colonisables qu’à la condition de développer certaines technologies scientifiques propres. Dès lors, le déroulé classique des jeux de gestion se met en place : Pour accéder à ces riches mondes, il faut de la science, pour avoir de la science, il faut rentabiliser ses premières planètes par l’industrie, pour avoir une industrie efficace il faut de la population et pour développer cette dernière il faut de la nourriture. Bref, il faut de tout et c’est au prix d’un savant dosage lors des premiers tours de jeu que l’on mettra en place un cercle vertueux ou, au contraire, une spirale vers les enfers de la banqueroute ou de la surproduction inutilisée.
 


Et pourtant, tout en faisant cela, Endless Space 2 incite intelligemment – par le bais d’un système de quêtes rapatrié d’Endless Legend - à sortir de son pré carré pour explorer le reste de la galaxie, rencontrer ses voisins, établir les balbutiements d’une future diplomatie, croiser des petites populations autochtones qu’il s’agira de rallier à son empire avant les autres races, grappiller des bonus, envoyer des sondes à droite à gauche pour cartographier ce qui nous entoure, découvrir l’Université pour recruter plus de héros (que l’on peut affecter à un système ou une flotte, tout en choisissant l’évolution des bonus qu’ils confèrent).

Bref,  prêter attention à son prochain c’est important. Parce que lui aussi il se développe, ce con.

Matière noire et matière grise

Que les autres progressent, c’est bien mais qu’ils progressent moins vite, moins loin que vous, c’est mieux. Du moins dans la direction dans laquelle vous décidez d’orienter votre partie. Plusieurs types de victoires sont possibles : suprématie territoriale écrasante, éradication totale des autres cultures, domination économique, découvertes des dernières technologies dans chaque branche de recherche…etc, mais toute ont en commun la nécessité d’avancer dans l’arbre des technologies plutôt malin du jeu.

Circulaire et divisé en quatre secteurs angulaires : le duo commerce & industrie, la science pure, la diplomatie et la chose militaire, qu’il faudra attentivement décortiquer pour choisir un enchaînement de recherches, cet arbre (qui est plus une fleur du coup) exige que soient débloqués un certain nombre de technologies de base avant d’ouvrir ses paliers supérieurs. Il est donc possible de développer des technologies primaires dans les quatre directions et de ne mettre l’accent sur l’une d’elle qu’ensuite, en fonction de la tournure que prend la partie. L’ensemble marche plutôt bien, même si quelques descriptions manquent de limpidité et que cet écran technologique n’offre que deux niveaux de zoom : trop loin et trop près.

Débutants acceptés si motivés

C’est d’ailleurs d’autant plus étonnant que tout le reste du jeu fourni d’admirables efforts pour ne pas être indigeste et fournir toutes les informations nécessaire sans noyer le joueur sous une montagne de chiffres et de tableaux. Certes, il existe encore quelques données importantes un peu planquées mais l’essentiel est accessible rapidement, d’un survol de la souris ou en passant dans une des vues alternatives (la carte n’affiche alors plus qu’un seul aspect –économique, commercial ou diplomatique – mais qui se veut plus lisible et illustré). Vu la quantité astronomique (ho ho) de paramètres à prendre en compte, c’est un petit tour de force.
 


Soyons honnête, le joueur qui ne va pas lire scrupuleusement les descriptions et effets de chaque élément ne va pas intuitivement tout comprendre, mais le gros travail de clarté permet à un néophyte du genre de s’y essayer. Quelques tours plus tard, il se sera déjà fait une bonne idée des mécaniques du genre. D’autant qu’il est possible de lancer une partie en mode tutoriel, qui introduira les fonctionnalités petit à petit et offrira des aides contextuelles.

Au chapitre des efforts fournis par Amplitude, on peut d’ailleurs noter celui fait sur l’aspect visuel des choses. De la carte de la galaxie aux petites séquences animés présentant les planètes, c’est mignon comme tout, coloré, et l’ensemble fait montre d’une franche personnalité. Rien à redire.

Sévèrement urné

Et puis il y a LA nouveauté, le petit plus qui donne sert de liant, donne à l’ensemble : le système des élections. Pour ne pas trop donner le sentiment au joueur que son empire est un jouet avec lequel, tel une divinité, il peut jouer tout à fait comme bon lui semble, Amplitude à doté cet épisode d’un volet politique. À intervalle régulier, et pour l’essentiel des types de gouvernement, deux des six partis politiques existants prendrons le pouvoir au Sénat. Les plus gros bonus du jeu étant offerts par les lois, il devient fondamental de disposer d’une majorité à même de voter celles qui vous intéressent le plus. Ne comptez pas faire voter une loi réduisant le coût de la fabrication des flottes militaires par un gouvernement pacifiste, ça n’arrivera pas.
 


La petite subtilité qui rend parfois cette orientation politique difficile à maîtriser est que tout dans le jeu exerce une petite influence pour un camp ou un autre. Une construction, le développement d’une population autochtone, une décision diplomatique, une recherche scientifique… tout incrémente le compteur d’un des partis en vue des prochaines élections. Résultat ? En suivant sans méfiance un développement technologique et colonial qui vous plait, sans penser aux conséquences politiques, vous pouvez très bien vous retrouver avec un sénat religieux ou militariste et voir votre belle république virer automatiquement au régime dictatorial. Il faut donc toujours avoir un œil sur les évolutions de l’opinion publique et, parfois, remettre à plus tard un projet trop proche d’une échéance législative. Heureusement, si votre régime n’est pas purement démocratique, il reste possible de dépenser de la brume et de l’influence pour influencer, menacer, donner un coup de pouce, bref pour forcer un peu le destin… c’est beau la politique.

En soit le système n’est pas très interactif, pas très amusant même, mais le fait qu’il agisse comme une épée de Damoclès vacillant à chaque décision renforce l’implication dans tous le reste du processus de décision du joueur. Ce volet rend le reste du jeu meilleur et on en demande finalement pas plus lorsqu’un développeur ajoute une nouveauté.

Ma diversité va craquer

Mais la plus grande qualité d’Endless Space 2 est ailleurs, dans le design de ses races, dans le soin apporté à faire de chacune d’entre elle une expérience unique. Très habilement, les huit factions font toutes la même chose mais elles le font différemment. Là où les humain s colonisent et s’installent de manière assez classique et libre, les Unfallen (des êtres-arbres de l’espace, oui oui) doivent préalablement tisser un réseau de racines entre les systèmes. Là où la population des planètes de toutes les factions augmente en fonction des ressources, celle des Riftborn doit être construite comme un bâtiment. Les Vodyani colonisent à distance calfeutrés dans les vaisseaux-arche, et peuvent déménager du jour au lendemain, les Luméris achètent les planètes contre brume sonnante et trébuchante (oui, cette expression n’a aucun sens ici du coup). Les exemples sont innombrables mais vont tous dans la même direction : relancer une partie avec une nouvelle race, c’est l’assurance de redécouvrir le jeu à chaque fois.

Comme chacune de ces factions dispose de ses propres quêtes, bien écrites et joliment illustrées, de vaisseaux bien peu ressemblants à ceux des voisins et d’un thème musical propre, ce sentiment de variété donne une formidable rejouabilité au titre, même pour ceux qui ne compte pas y engloutir huit cents heures. Mieux, cette somme de travail donne au titre tout entier ce qui manque souvent aux jeux du genre, un peu de classe et de personnalité. Ce n’est pas rien. Et puis il y a la fabuleuse race des Horatios. Mieux vaut laisser la surprise tant l’idée est excellente.

Il est même possible de personnaliser une race et de lui attribuer les traits caractéristiques de son choix pour forger encore plus de cas de figure. La contrepartie, inévitablement, est un équilibrage impossible. Certaines factions sont clairement plus complexes à prendre en main et le risque est grand qu’une ou deux ne dominent outrageusement le mode multijoueur. On connait la capacité d’Amplitude à bichonner ses bébés bien après leur sortie et à tout améliorer sur la durée mais tout de même.

Fignolage of Empire

Endless Space 2 est-il le jeu qui fera définitivement taire les critiques des joueurs de 4X ? Non. D’abord parce que vous avez déjà essayé, vous, de faire taire un joueur de 4X ? Ensuite parce que le jeu est loin d’être parfait.

S’il est techniquement propre, des ralentissements commencent à se faire sérieusement sentir passé le centième tour et surtout – surtout – la peinture est encore bien fraîche un peu partout, pour ne pas dire qu’il manque des petit morceaux de mur à droite et à gauche. On croise encore régulièrement des bouts de textes non traduits ou des bugs, rares mais parfois définitifs (Une bataille n’ayant jamais voulu se lancer, l’une de mes partie s’est abruptement figée au 125ème tour). C’est en cours de correction, le studio à démontré la confiance qu’on pouvait lui accorder sur ce genre de choses, mais c’est un peu fâcheux. La diplomatie ensuite, dont on peine parfois à comprendre exactement comment elle fonctionne en arrière-plan et qui ne dispose pas de la meilleure interface du jeu.
 


Les batailles spatiales enfin, toujours assez peu passionnantes. Il faut y choisir une tactique, représenté par une carte, comparer les forces et les types d’armes en présence pour adapter sa réponse, et choisir de l’observer passivement ou – comme tout joueur fera rapidement – passer directement au résultat. Les batailles au sol, nécessaires avant de prendre possession d’une planète déjà colonisée, sont encore moins intéressantes. Ce n’est pas que ce système de combat soit mauvais en soi, c’est même un progrès pour la série, mais ce n’est encore pas ça.

Reste un 4X solide, très solide même, et plein de charme. Endless Space 2 ne fera pas taire les critiques mais les fera crier moins fort.

Endless Space 2, ça va mieux ou ça Empire ? 810Points positifs
  • Prenant, comme tout bon 4X.
  • Les efforts d’ergonomie.
  • Autant de manière de jouer que de factions.
  • La faction des Horatios… vous verrez.
  • L’implication politique de chaque décision.
Points négatifs
  • Chronophage, comme tout bon 4X
  • Quelques informations importantes difficiles d’accès.
  • Les ralentissements de fin de partie.
  • Les combats, lassants.
  • Des bugs enquiquinants parfois.
  • Le volet diplomatique.

On prend les mêmes et on recommence… en mieux ! Comment, dès lors, ne pas aimer « Endless Space 2 » ? Les amoureux de 4X peuvent y aller les yeux fermés, c’est du costaud, bien pensé et bien réalisé. Les petits soucis seront sans doute réglé dans quelques mois, le studio Amplitude étant toujours irréprochable sur ce point. À ce moment, il sera encore meilleur. Une valeur sûre.

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