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07 nov. 2016 - Perco StarCraft 2

Finale BlizzCon : et si c'était ça, l'esport ?

Finale BlizzCon : et si c'était ça, l'esport ?

ByuN l’a fait. Comme une évidence, une rencontre inévitable, il a gravé son nom sur la courte liste des vainqueurs de BlizzCon. Samedi soir, au terme d’une finale incroyable de StarCraft II contre Park « Dark » Ryung Woo, Byun « ByuN » Hyun Woo a atteint l’Olympe qui lui était promis.

Cinquième partie de la finale entre les deux Coréens, sur la carte « Base du roi Sejong », ByuN agresse son adversaire sans relâche depuis plus de dix minutes. N’importe quel autre Zerg serait déjà mort, n’importe quel Protoss aussi d’ailleurs, à dire vrai n’importe quel joueur dans le monde. Et pourtant, Dark tient.

This is esport

Le public sur place hurle, se contracte à chaque mouvement risqué, chaque attaque. Autant dire qu’il n’a pas une seconde de répit. La salle est pleine mais surtout elle est absorbée par le match, d’une intensité rare. Il y a quelque chose dans l’air.

 


Photo par Shamtoo

 

D’autant plus que le joueur Terran mène déjà 3 à 1 contre le joueur Zerg et que cette  partie pourrait bien être la balle de match. Mais Dark tient toujours. Sur Twitch, le nombre de spectateur augmente encore et encore jusqu’à atteindre les 120 000, devant League of Legends, ce qui n’est pas arrivé depuis bien longtemps. Sur les réseaux sociaux, le même message revient comme une litanie : « StarCraft 2, un jeu mort ? Je ne crois pas ».

 

Stephano, dans son style habituel mais avec la même idée.
 

Au détour d’un message Twitter ou Facebook, on voit même fleurir des commentaires de fans d’autres jeux qui glissent, presque timidement, l’idée qu’ils n’y comprennent pas forcement grand-chose mais que, tout de même, on a l’air de bien s’amuser ce soir. Dans un milieu où chacun ne prêche souvent que pour sa propre paroisse et se retranche pour défendre son pré carré, on n’en demande pas plus.

Il faut dire que le spectacle offert par les deux finalistes montre plutôt un jeu mûr qu’un jeu mort tant ils en maîtrisent tous les aspects. Rarement, peut-être même jamais, a-t-on vu un tel degré de contrôle. Ces deux là ne jouent plus au même jeu que les autres. Ils nous offrent tout ce que l’esport peut être : un affrontement titanesque qui donne sans doute envie à tous ceux présents devant leur écran de relancer StarCraft sitôt la finale terminée pour les imiter, sans y parvenir évidemment mais qu’importe ? Que l’esport soit ou pas du sport, c’est bien ce sentiment qui compte, celui qui a conduit des générations entières à descendre imiter Platini ou Zidane en tirant des penalties entre deux poubelles, dans une arrière-cour devenue l’espace d’un instant le stade du Maracaña. À ce moment, beaucoup espèrent une victoire de Dark sur cette carte, pas forcément qu’il soit leur favori mais juste pour avoir le plaisir de voir l’opposition continuer encore un peu plus. C’est une finale qu’on voudrait ne pas voir finir. Et Dark tient encore…. jusqu’à gagner et revenir à 3-2. Pour voir un tango de ce calibre, il faut deux danseurs, et ce duo virevolte.

This is only esport

La carte suivante sera pourtant la dernière. ByuN ouvre une partie très agressive, lançant trois baraques discrètes pour envoyer une horde de reapers lui donner un avantage qu’il ne perdra plus. Dark défend chèrement sa peau mais en vain. Score final : 4 à 2 pour ByuN. La tension retombe, pas les émotions. Il faut dire que pour une finale cent pour cent coréenne, le casting – s’il était attendu – présente une particularité inhabituelle. ByuN et Dark sont loin d’être les monstres froids que certains de leurs compatriotes donnaient parfois l’impression d’être par le passé. Nos protagonistes sont même tout l’inverse, ils sont tirés vers le haut par ces mêmes émotions, se laissent envahir par elles pour en faire un moteur.
 


Deux box, deux ambiances.

 

À l’instant décisif du « gg » final, deux respirations : Dark soupire et repasse le film dans sa tête ; tandis que son adversaire souffle de soulagement avant d’exploser de joie. Le Yin et le Yang. Dark n’est pas dévasté, sa carrière ne se termine pas ici, mais il n’est pas impassible. Touché mais pas coulé, il reviendra plus fort encore, il le sait.

Comme un clin d’œil, Dark et ByuN semblent se placer aux deux extrémités d’un même spectre : ByuN le chevalier blanc, humble et souriant, tout heureux d’être là et joyeusement ébaubi de se découvrir tant de fans loin de chez lui ; Dark, le chevalier noir, qui a fait de la victoire le but de sa vie, progresse en refusant la frustration de la défaite, ne sait pas toujours expliquer que son ambition n’est pas de la vanité.

ByuN est un livre ouvert, il sautille en arrivant sur scène, tape dans des mains au hasard dans le public, étire son sourire jusqu’aux oreilles. Lorsqu’il enlace le trophée comme on retrouve un vieux copain, on est bien loin de penser aux 200 000 $ de prix, aux sponsors éventuels, à l’industrialisation de l’esport. Pendant un instant, le public est juste là avec un gamin de 23 ans qui a cru en ses chances envers et contre tout et partage sa joie d’être le meilleur à un jeu qui est devenu plus qu’un simple passe-temps pour lui. C’est un bon moment.

Alors qu’il tapote dans ses mains comme un enfant tandis que Sue « Smix » Lee, la talentueuse maîtresse de cérémonie, traduit ses premiers mots de remerciement ; ou qu’il s’accroupit sur un podium trop haut afin de pouvoir signer des autographes, on se dit que vraiment, l’esport peut être un sacré bon spectacle lorsqu’il est joué comme cela, et par ceux-là.
 


Quelques instants à peine après sa victoire, ByuN pense aux spectateurs présents. Plutôt appréciable.

 

Ce n’est qu’un jeu, ce n’est que du divertissement et tout comme ses aînés –  les sports traditionnels – tout ça n’est pas bien sérieux, au fond. Après tous ces efforts, toutes ces heures d’entraînement et lorsque les caméras sont éteintes, les bannières rangées et les sponsors remerciés il reste l’essentiel : un champion en titre qui retourne prendre l’avion avec son adversaire et s’amuse de le voir jouer encore à StarCraft dans un hall d’aéroport.

 

 

Et pourtant, tous ceux qui ont invités quelques amis autour d’un apéro ou d’une bonne bouteille et ont regardés la victoire de ByuN en direct au bout d’une finale passionnante ; tous ceux qui se sont disputés gentiment parce qu’ils n‘avaient pas le même favori ; tous ceux qui se sont sentis un peu émus devant la candeur franche et sincère du vainqueur…

Tous ceux-là ont passé une sacrée bonne soirée.

 

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2 commentaires

Scribble
Scribble - 07/11/2016 15h34

Tu as raison Perco. Aussitôt après la finale, j'ai eu envie de relancer Starcraft 2 comme jamais. Et de te marcher dessus :D

percol
percol - 07/11/2016 15h35

@Scribble :

Triple viré !

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