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18 févr. 2017 - Perco Divers

For Honor (PC) : Estoc options

For Honor (PC) : Estoc options

En ce moment chez Ubisoft, c’est la folie du brainstorm. Nouveau projets, nouvelles licences, on innove et on se remet en question chez l’éditeur. Après la foire aux tricks de Steep, c’est la foire aux tripes pour For Honor.

Le souci avec les réunions dans lesquelles on veut favoriser la création, c’est que si quelqu’un n’est pas là à la fin pour trancher net et remettre un peu d’ordre, ça peut partir à vau-l’eau. Michel du game design voulait un beat them all avec des vikings et Francine de la compta voulait un MOBA avec des chevaliers. De son côté Roger – on a jamais su chez Ubisoft ce qu’il faisait là exactement mais il est sympa – était catégorique « Il faut des samouraïs, c’est cool les samouraïs ». L’éditeur les a écoutés… tous.

L’Histoire avec un grand hache

On pose donc son cerveau, on range son sens critique au placard et surtout on refoule tout ce que l’on peut avoir comme connaissances historiques, même de base, et on accepte : For Honor est un jeu dans lequel des chevaliers, des vikings et des samouraïs se mettent joyeusement des tartes depuis des lustres à cause du, de… d’un truc moche ! Voilà voilà.

Le genre ? Pareil, on a tout gardé pour ne faire de peine à personne. Le mode solo, un gros didacticiel, est un pur jeu d’action, le mode multijoueur principal est une sorte de capture de points teinté de MOBA et on trouve même un mode duel qui s’approche du jeu de baston. Ne vous plaignez pas, Jérôme du marketing était absent le jour de la réunion créative et sa passion à lui ce sont les licornes.
 


My Nordique in a box.


C’est donc par le mode histoire qu’il faudra commencer, pour apprendre les bases du maniement des armes de chaque faction et acquérir suffisamment de points pour débloquer les douze personnages jouables dans ce qui est le cœur du jeu : la baston à plusieurs. Il faut être honnête, le scénario est à la hauteur du pitch, brouillon et nébuleux. En gros, les chevaliers font la guerre parce que leur cheftaine aime la guerre, les samouraïs font la guerre parce qu’ils veulent la paix et les viking font la guerre parce que… sans doute parce que ça ne se fait pas de ne pas participer j’imagine. En moins d’une dizaine d’heures, on peut ainsi tâter de l’épée, de la hache à deux mains, du katana et autres outils à aérer les organes. On y découvre progressivement plusieurs classes assez différentes, du gros bourrin agressif au lancier adepte de la contre-attaque mais, surtout, on apprend assez vite que le secret du succès n’est pas de taper mais de se protéger.

Mickey parade

Voilà bien la bonne idée du jeu : c’est l’art de la parade qui détermine qui tranche et qui est tranché. Il est possible de frapper ou de contrer à droite, à gauche et en haut. Un indicateur visuel indique en permanence la direction active et celle des adversaires dès qu’ils sont « verrouillés ». Dès lors, c’est une lente danse des lames qui se déroule, afin de trouver la faille ou de se préparer à arrêter les assauts adverses pour riposter. Si nos amis consoleux (ou les faibles sur PC) peuvent gérer déplacements et sens des parades grâce aux sticks analogiques, sur PC il faudra jouer du poignet et bouger la souris pour bien placer son arme. C’est un peu déroutant, parfois peu précis mais l’on s’y fait.
 


Une parade dans le mauvais sens et la punition est immédiate.


Pour faire bonne mesure, on ajoute un casse-garde, une esquive et une « super parade » qui nécessite de frapper fort, dans la même direction que l’attaquant, pile au bon moment. Attention toutefois à gérer une barre d’endurance, au risque de se retrouver essoufflé et lent comme un paresseux sous Prozac. Pour frapper, deux attaques classiques : rapide mais faible et lente mais puissante. Un système qui rappelle bien évidement Chivalry ou Mount & Blade. Tout au long de la campagne, on apprend progressivement quelques enchaînements de base, bien suffisants pour venir à bout des hordes d’ennemis et de mini-boss qui vous assaillent. Au fil du temps, on débloque quelques pouvoir bonus, à choisir avant chaque mission, qui permettent de se soigner, de doper ses caractéristiques pour un court laps de temps ou de faire un petit dégât de zone. Assez rapidement, une fois les fondamentaux de la défense et de la contre-attaque assimilés, on commence à prendre un certain plaisir à découper du malandrin avec style, d’autant que les animations sont – à l’image de la réalisation globale – de toute beauté. Une fois l’histoire des trois factions bouclée, on se sent fort, prêt à en découdre avec de véritables adversaires humains. Ils vont voir ce qu’ils vont voir, par Odin ! Pardon, par le Christ ! À moins que cela ne soit pour l’honneur du Shogun ? Je ne sais pas, je ne sais plus.

Le bazar fait bien les choses

Dans son volet multijoueur, For Honor vous demande de prêter allégeance à une faction précise. Cela n’a aucune importance car quel que soit le choix effectué, il reste possible de jouer n’importe quel personnage. Le choix n’a pour but que de mettre à jour une carte stratégique globale en fonction du résultat des batailles du moment. Soyons francs, on a pas tout compris au système qui semble permettre d’allouer des ressources aux différents fronts et se découper en « saisons ». Un peu plus de clarté ou de simplicité n’aurait pas été du luxe. Quoi qu’il en soit, la stratégie c’est pour les généraux pas pour les guerriers ; où est-ce qu’on se bat ?

La carte propose quatre modes : Duel, Rixe, Match à mort et Dominion. Les matchs à mort sont des combats en quatre contre quatre, les rixes en deux contre deux et les duels… en un contre un, bravo vous être très perspicaces ! On y reviendra un peu mais c’est surtout le mode Dominion qui est mis en avant. Dans un décor fermé et superbe (une citadelle, une cathédrale, un village et autres), deux équipes de quatre joueurs s’affrontent. Deux zones sont à capturer et sur un front central, des soldats type « chair à canon » se repoussent ; quelques pouvoirs bonus sont déblocables en montant de niveau, voilà pour l’aspect MOBA. Le contrôle d’un ou plusieurs de ces trois lieux fait monter un compteur de points. Dès qu’une équipe atteint les mille points, les adversaires humains sont « en déroute », ce qui signifie simplement qu’ils ne réapparaissent plus en cas de décès. Avant de lancer une partie, il faudra sélectionner et personnaliser son héros parmi les douze disponibles, quatre par faction (gardien, tank, assassin et hybride).
 


Parfois c'est UN PEU le bordel.


La première fois, l’ambiance de ces champs de bataille est phénoménale. Courant vers le front, au milieu des explosions et des escarmouches entre soldats contrôlés par l’IA, taillant à tout va tout ce qui dépasse, l’on se sent pris dans le chaos crasseux d’un massacre moyenâgeux. Et puis soudain, au milieu de la foule, un joueur humain. Chacun verrouille l’autre, se désintéresse de la fureur des armes alentour et commence la danse des postures. C’est exactement à ce moment que vous réaliserez que vous ne maîtrisez pas DU TOUT votre personnage. Votre adversaire va vous contrer, vous malmener, enchaîner des coups imblocables (quoi, il y a des coups imblocables ?!), utiliser une palette de coup dont vous n’aviez même pas idée. Bref, vous allez vous faire humilier sèchement et à répétition. C’est justement là que For Honor révèle une profondeur qu’on n’espérait pas.

C’est en général à ce moment que, pour éviter de prendre des fessées en boucle, l’on ouvre la liste des coups et que l’on visionne, dans le menu du jeu, les vidéos explicatives pour chaque personnage. Le maniement et les subtilités de jeu révèlent alors une richesse étonnante. Certes les enchaînements sont peu nombreux mais les combinaisons entre frappes, contres, coups uniques, renversement, saignements, contre-attaques, combos et esquives sont largement suffisants pour vous nouer les neurones un moment. Combinés à la mécanique centrale des postures de parade, c’est un monde de subtilité qui s’offre. Chaque héros se joue d’une manière diamétralement opposée aux autres. Ce n’est qu’en utilisant votre cervelle à plein régime que vous pourrez ouvrir avec panache celles des adversaires. Même pour les classes d’assassins, tout est assez lourd, chaque mouvement laborieux et risqué mais l’impression de maitriser un guerrier en armure, de transformer un quinze tonnes en machine à tuer est fantastique.

Une fois les techniques d’un personnage à peu près connues (commencez par le plus simple, la sentinelle, c’est déjà bien assez), le mode Dominion commence à prendre sa réelle saveur et, cerise sur le gâteau, on se surprend à apprécier les modes « duels et rixes ». Pour peu que vous ne tombiez pas sur un joueur totalement débutant, la tension qui précède le premier coup de lame dans un duel rappelle celle d’un Kengo sur Playstation 2 (Le respectable héritier de Bushido Blade. On notera qu'en 2001, Kengo était édité en France par... Ubisoft) . On se renifle, on s’observe et personne n’ose trop faire le premier pas. Le mode duel est la grosse surprise du jeu, on y retrouve des sensations rares et oubliées qui découlent de la concentration intense qui précède un échange d'amabilités souvent assez bref. C'est jouissif.
 

 
Faites vos joutes.


Fait amusant, dans le deux contre deux une règle tacite semble se dessiner : ne pas se liguer à deux contre un mais attendre, si l’on se retrouve en supériorité numérique, que l’autre duel révèle son vainqueur avant d’éventuellement retourner à la castagne. Rien n’y oblige mais l’exigence du jeu semble créer un sentiment d’honorabilité entre combattants. Vous croiserez toujours régulièrement « Darknaruto666 » qui n’en à cure remarquez…

Ni clou ni viscéral

L’ambiance est aux petits oignons, le jeu est simple à comprendre mais difficile à maîtriser, tous les modes de jeu ont quelque chose d’amusant à offrir et la réalisation est à la hauteur. Qu’est ce que l’on fait, neuf sur dix et on plie les gaules ? Pas si vite moussaillon, même sans être tatillon il existe tout de même certaines petites choses qui, sans gâcher le plaisir, gratouillent un peu.

D’abord en mode Dominion, dans lequel l’ambiance viscérale des batailles, liée à la présence d’innombrables soldats contrôlés par l’IA, n’a pas que des avantages. Paumés dans la masse, le combat devient confus. Le système de parade, si bien adapté au un contre un, ne l’est plus du tout dans la cohue et l’on contre un peu au petit bonheur la chance, en espérant tomber juste. Réaliste, certes, mais pénible lorsqu’il s’agit surtout de s’occuper d’un joueur humain au milieu de ses troupes. Le seul choix restant est de systématiquement s’éloigner du front pour montrer l’étendue de son talent sur les points de contrôle dépourvu de soldats ou d’accepter que l’aléatoire prévaut dans la mêlée.

L’équipement ensuite. Au fil des batailles et des montées de niveau, vous débloquerez de meilleures armes, de meilleurs casques, etc. Un système de récupération permet aussi de récolter des ressources en recyclant les objets en double. Il est possible d’acheter ces éléments avec « l’acier », la monnaie du jeu. En gros, pour tenir la route sur la durée il faudra se constituer un ensemble digne de ce nom, et ce pour chacun des douze héros. Comment dire cela avec calme et retenue ? Dieu que c’est pénible ! On comprend qu’Ubisoft cède à la règle de la collectionnite et espère pouvoir favoriser toutes les micro-transactions en jeu (il est possible de tout acheter en sortant la carte bleue, comme de bien entendu). On aurait toutefois préféré un système plus simple, sans équipement particulier, laissant la part belle au talent arme en main, quitte à laisser les options cosmétiques payantes. Ubisoft ne s’est d’ailleurs pas privé de cette dernière option et propose des tenues au prix modique d’un rein ou de l’âme de votre premier enfant.
 


Six pièces d'équipement, douze héros, c'est long et ch... laborieux.


De même, le jeu est à soixante euros mais propose déjà un season pass à… quarante euros supplémentaires ! Il comprend six tenues rares, des caisses d’équipement et un accès anticipé d’une semaine en ce qui concerne les six futurs prochains héros jouables.

Certes, les cartes, les modes et les personnages futurs seront gratuits pour tous mais l’impression tenace d’être une vache à lait titillera le joueur qui vient de payer son jeu plein pot. On n’est pas dans le « payer pour gagner » mais un peu dans le « payer pour profiter pleinement », et cela pique un peu.

Dernier gros point noir : les serveurs d’Ubisoft. C’est la catastrophe à l’heure où nous écrivons ces lignes. Il est difficile de trouver une partie stable, les lags et déconnexions sont fréquents, on ne comprend pas vraiment sur quels critères sont regroupées les équipes, bref c’est éprouvant. On espère un patch pour rehausser l’expérience en ligne à la hauteur de ce que le jeu peut offrir.

Des défauts donc, dont certains pourront être corrigés dans le futur, mais qui n’occultent pas l’essentiel : For Honor est une excellente surprise. On s’immerge dans une folle ambiance de boucherie médiévale avec délectation et on s’amuse comme des petits fous (de guerre).

Fort Honorable 810Points positifs
  • Le système de combat, exigeant juste ce qu'il faut.
  • La variété de styles des héros
  • Tous les modes multijoueurs ont quelque chose à offrir.
  • Le 1v1 à la Kengo !
  • Les animations et l'esthétique du jeu.
Points négatifs
  • S'équiper est une plaie.
  • Les prix de la boutique.
  • Les serveurs d'Ubisoft, dans les choux.
  • Dans la foule, personne ne vous entendra crier.

On n'attendait pas For Honor à ce niveau de fun. En mêlant des mécaniques exigeantes et un rythme lent à des bastons épiques, Ubisoft prouve que prendre quelques risques peut payer. Mettez votre cerveau dans une boite et allez vous castagner en ligne, vous ne le regretterez pas. On bout d'impatience à l'idée que, peut-être un jour, Ubisoft ajoutera des pirates ou des ninjas. Oui ben quand la cohérence est niquée, elle est niquée.


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