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07 avr. 2016 - SupaSanta League of Legends

G2-eSports la meilleure équipe d'Europe ?

G2-eSports la meilleure équipe d'Europe ?

L’équipe G2 est arrivée cette saison au plus haut niveau européen après être restée deux saisons en challenger séries en triomphant de Sk Gaming 3 à 2 en Up & Down. De nombreux changements de roster ont été effectués depuis, exit Jesse (ADC) et Smittyj (top). Aujourd’hui l’équipe semble s’être stabilisée avec le maintien du midlaner Perkz et de leur support Hybrid. L’arrivée de Kikis, ancien jungler des Unicorn of Love, au poste de toplaner pendant les challengers series a également été une réussite. Deux imports coréens, Trick dans la jungle et Emperor au poste d’ADC viennent compléter le roster actuel. Au terme de la saison régulière l’équipe d’Ocelote, coachée par YoungBuck, l’ancien toplaner et capitaine des Copenhagen Wolves, se classe première avec un score de 15 victoires pour 3 défaites. Un résultat que personne n’aurait pu prédire au début de la saison.

La force de l’équipe G2 repose essentiellement sur quatre points. Le premier est bien entendu le niveau individuel des joueurs à leurs postes clefs. Les midlaner, jungler, et ADC de l’équipe possèdent un talent mécanique et une science du jeu indéniables. Cependant, le talent seul ne suffit que rarement, et deux autres éléments viennent parfaire la domination qu’ont exercée les G2 sur les LCS EU et les placent comme favoris, avec H2K et Vitality, pour remporter le titre cette saison. Ces deux autres éléments sont les suivants : leurs drafts et leur noyau de trois joueurs : Kikis, Perkz et Trick, qui conditionnent la transition early-mid game de l’équipe avec des escarmouches, un team fight et des prises d’objectifs supérieurs à ceux de leurs concurrents.

Transition early-mid game et snowball

Avant de rentrer plus en détails sur la draft exemplaire des G2-esports et sur leurs individualités, il est important de revenir sur la puissance réelle de cette équipe nouvellement venue en LCS EU : sa science des escarmouches et du snowball sur objectif. La durée moyenne des games G2 est d’un peu moins de 33 minutes. À titre de comparaison H2K prend en moyenne plus de 37 min  pour clore une game. Cela témoigne donc d’une certaine agressivité et d’une capacité à snowball très forte de la part des coéquipiers de Kikis. C’est l’équipe qui a réalisé le plus grand nombre de kills en saison régulière avec 268, pour 162 morts, soit un ratio de +106. Mais les opposer au style de Vitality qui semble parfois refuser l’affrontement pour se concentrer sur les objectifs  serait trompeur, tout comme se fier uniquement aux statistiques de kill/death sur la saison. Hors swap lane de début de partie que nous avons vu et revu en Europe depuis quelques semaines, le snowball des G2-esports a un schéma maîtrisé et rodé : escarmouches > kills > objectifs.


L'équipe que personne n'aurait mise première...

 Le contrôle des sidelanes par la botlane et le duo top/jungle des joueurs de Youngbuck est très méthodique et leur permet de confirmer très souvent un fight réussi en prise d’objectifs. G2 prend en moyenne 3,9 tours adverses avant 20 min, a une moyenne de 1,3 Drake avant ces mêmes 20 min, prends un Baron Nashor avant 30 min dans plus de 50% de ses games, et détruit au moins un inhibiteur adverse avant 25 min dans près de 40% de ses games. Pour vous donner un ordre d’idée de la performance qu’ils réalisent, je vous propose de la comparer à celle d’H2K, équipe qui prend plus de temps pour finir une game mais qui a obtenu des résultats tout aussi bons durant la saison régulière et qui peut sembler peut-être plus réfléchie, en tout cas en apparence.  Donc pour H2K nous avons : environ 3,8 tours adverses détruites avant 20 min, 0,6 Drake avant 20 min, 50% de Baron Nashor avant 30 min. Soit des stats plutôt comparables à l’exception de l’intérêt différent que portent les deux équipes au dragon. Mais c’est sur le chiffre suivant que la différence est réelle entre G2-esports, qui snowball vite et efficacement, et H2K qui a plus de difficulté à le faire : l’équipe de Vander et Forg1ven n’a détruit un inhibiteur avant 25 min de jeu que dans quatre games de saison régulière, soit 22%. Contre environ 40% pour G2, autrement dit dans 7 games sur 18.

Il est donc évident que le jeu des G2-esports est maîtrisé et plutôt agréable à regarder quand on se place du coté du viewer. Escarmouches, rythme élevé, et agression dans la jungle adverse sont les éléments déterminants du snowball des coéquipiers de Perkz et qui leur permettent d’avoir de grandes ambitions pour la suite de l’année 2016.

Picks & bans

Un autre élément dont on entend généralement peu parler chez G2, et qui sublime le niveau individuel des joueurs, réside dans la qualité de leur phase de draft. Dans son ensemble, les picks et bans du seed n°1 EU sont relativement simples mais surtout très efficaces. Cette première phase de la stratégie G2 est un mélange classique entre ban incontournable, respect des strong pick de l’adversaire et performance de l’équipe adverse lors des précédents matchs. La quasi majorité des phases de draft spring split de G2 se sont déroulées de la même façon avec bien évidement une variante entre blue side et red side.

De toplaner Diamant 2 à Coach d'un favori pour le titre (Crédit Photo : Lolesport)

Rentrons plus en détails sur la stratégie de ban différente qu’adoptent les G2 en fonction du side sur lequel ils jouent. Loin d’être aussi stéréotypée qu’aux World 2015 (Mordekaiser Gangplank nldr), la phase de draft LCS EU spring 2016 reste néanmoins extrêmement dépendante du side et ce pour toutes les équipes. Ainsi les bans « obligatoires » comme Lulu (champion le plus contesté : 65 bans, 17 games, 7wins, 10 Losses, 91% de présence pour tout le spring split LCS EU) Kalista, Corki, Gangplank, Alistar et Lucian sont d’une façon générale ban plus régulièrement en red side qu’en blue side et ne laissent alors qu’un ou deux target bans. G2 n’échappe pas à cette règle. L’équipe d’Ocelote a effectué 7 bans Lulu sur l’ensemble de la saison régulière, 2 en blue side, 5 en red side. De même pour Kalista, 2 ban en blue side et 4 en red side.

Cependant, tout ne se résume pas à ban Lulu et Kalista à chaque game red side pour G2. Ils n’ont ban ces deux champions dans la même game que deux fois sur neuf en red side (tout comme la doublette Lulu/Nidalee).  On y retrouve des tendances, comme la Poppy post rework en week 1 et 2 ou Nidalee en fin de split.

La draft blue side de G2 est, quant à elle, très souvent composée de ban de « respect » et qui tient compte de la performance de l’adversaire dans les weeks précédentes. La Leblanc de Sencux par exemple contre Splyce en week 4, la Elise de Jankos ou encore le Corki de Forg1ven en week 2 contre H2K (avant que le champion ne soit joué au mid par Perkz lui-même). Ce type de ban est bien moins présent en red side. Notons néanmoins le ban du Graves top de Caborchard en week 8, ou la Kalista de Steelback contre UoL en week 3.

Tout ceci reste très classique, le format BO1 de la saison régulière Spring ne laisse pas la possibilité aux équipes de prendre le risque de laisser un pick de confort à un carry adverse. La draft G2 est rigoureuse et efficace. Je n’ai pas trouvé, dans mes souvenirs ou dans les comptes-rendus, une seule game où YoungBuck s’est fait outrageusement outdraft par l’adversaire.

L’éventuel grain de sable dans la mécanique G2-esports

Petite interrogation par contre quant au ban d’Alistar que ce soit en blue side avec trois bans, contre Fnatic, Origen et Elements ou en red side avec deux bans, contre H2K et une nouvelle fois Origen. Hybrid n’a joué que deux fois Alistar cette saison, comptabilisant une victoire contre Roccat en Week 6 et une défaite contre Vitality en Week 5. Ce champion est statistiquement son pick le moins fort. Les équipes LCS ont pris l’habitude au fil des rencontres de ban son Braum, champion qu’il a le plus joué (7W-1L) et il ne semble pas décisif sur Alistar, d’ailleurs aucune équipe ne le ban contre G2. En revanche le ban de ce champion est systématique chez les joueurs de coach YoungBuck que ce soit en blue side ou red side lorsque le support adverse s’avère être capable de le jouer avec réussite (Mythy, Spratell, Vander, pas de ban Alistar contre Kasing par exemple).

Alistar, omniprésent en EU, mais pas chez G2-esports

Avoir une bonne draft et un early-mid game solide est une chose mais cela met également en évidence la nécessité d’avoir des joueurs capables de jouer avec cette draft et de mettre en place cette stratégie. C’est à travers l’étendue du champion pool de certains joueurs de l’équipe et de leur skill individuel que tout prend forme. Ce qui  permit à l’équipe d’être régulière tout au long de la saison et de devenir un favori pour le titre de champion.

Le noyau de l’équipe…

Cette capacité d’adaptation dont nous parlons repose sur  le pool de champions de trois des cinq joueurs de la structure.

Du coté de la toplane, on voit que Kikis peut tout aussi bien jouer du tank à engage comme Malphite Rammus, du champion utilitaire avec Tahm en début de split ou Lulu, et du split pusher avec Shen et Fiora. Sa transition de la jungle à la toplane s’est faite avec succès. Ce n’est pas le top le plus spectaculaire mécaniquement, mais on sent tout de même que sa vision de jeu, son contrôle de lane et sa capacité à trouver souvent un bon flank en font un des joueurs les plus solides en Europe à ce poste.

Trick dans la jungle est dans le top 3 LCS EU en termes de diversité de champions joués avec Spirit et Airwaks. Agressif dans la jungle et solide mécaniquement, c’est de loin le meilleur jungle de ce spring split en Europe. Petit bémol néanmoins, son agressivité en early game lui vaut souvent de se faire first blood par l’adversaire.

Enfin Perkz, lui, peut tout jouer. Du mage contrôle avec Viktor ou Azir, de l’assassin avec Zed Ahri Leblanc. C’est également lui qui a amené le Corki Mid coréen en Europe. Capable de split push avec ou sans téléportation, il offre la possibilité à son équipe d’adopter plusieurs stratégies en mid game, que ce soit du 1-4, du 1-3-1, ou du team fight groupé  5 contre 5.

De gauche à droite, Kikis YoungBuck Trick et Perkz (Crédit Photo Lolesport)

 Avec ses trois joueurs-là, G2 peut jouer avec succès un très grand nombre de compositions d’équipe, et répondre efficacement aux compositions adverses. Ce trio est le moteur de l’équipe, c’est d’eux que vient la lumière.

… et le reste.

Mais il reste également deux autres joueurs dans la structure. Commençons par l’ADC, l’import coréen Emperor.

On peut éventuellement reprocher à Emperor son faible champion pool, le plus faible de la région Europe avec quatre picks : 9 games avec Lucian, 4 avec Ezreal, 4 avec Kalista et 1 avec Sivir juste après le récent up de ses ricochets. Son Lucian est clairement top tier EU (4,7 Kda). Cependant on ne peut pas en dire autant de son Ezreal voire de sa Kalista, il reste compétitif sur ces deux champions mais ne rayonne pas autant qu’avec Lucian. Garde-t-il ses pockets picks en vu des Playoffs ? Tout supporter des G2 devrait le souhaiter, car chaque ADC des cinq autres équipes présentes en Playoffs sont capables de jouer un bon, voire très bon Lucian pour certains et possèdent tous une meilleure Kalista (Forg1ven a un Kda de fou avec le champion sur son smurf low Plat). Ces cinq équipes ont également sans doute un meilleur support… hormis Fnatic…

Hybrid donc… le joueur ayant le meilleur Kda (7,9) du Spring Split, semble être le joueur le moins décisif de la lineup G2. Son inaptitude à jouer de façon impériale autre chose que Braum, ses performances quelconques sur Trundle lors de la défaite contre Fnatic face au Kog’maw de Rekkless alors que Trick jouait Rumble dans la jungle. Son Thresh est également loin de celui de Vander, Hylissang et Kasing. Le cas Alistar que nous avons déjà évoqué ne vient pas arranger son cas. Il n’a jamais joué Janna non plus alors que l’ensemble des supports des LCS EU ayant fait le Split complet l’ont pick au moins une fois. Ce n’est pas pour rien que son Braum est target ban par ses adversaires, personne ne ban Braum en dehors d'un match contre G2. Néanmoins, il faut reconnaitre que son Bard, joué deux fois durant la saison, peut venir nuancer ce constat. Peut-être que comme Emperor, il garde ses pockets picks pour les Playoffs.

Hybrid, des statistiques en trompe l'oeil? (Crédit Photo : Lolesport)

Qu’attendre d’eux pour les Playoffs ?

La saison régulière est maintenant terminée et nous avons par la même occasion dit adieu aux Bo1 dans notre région. La suite de la réussite des G2 en Spring 2016 se jouera maintenant sur du Bo5. Les équipes qui les affronteront ont toutes plus d’expérience qu’eux sur ce format. Uol est un habitué des Playoffs avec une finale à son actif en Spring 2015, Fnatic H2k et Origen ont en plus de cela une bonne expérience internationale des Bo5. Vitality est, quant à elle, composée de joueurs d’expérience.

Loin de moi la prétention de pouvoir prévoir ce qui se passera le dimanche 10 Avril à 17h00 dans la deuxième demi-finale, mais l’inexpérience de l’équipe à ce niveau de la compétition pourrait éventuellement être un handicap. Leur draft si efficace en saison régulière, mais qui reste classique, tiendra t-elle ? Dans un format différent où les picks et bans peuvent parfois laisser des surprises et des strongs picks du moment, le coaching de Youngbuck et la préparation des joueurs seront-ils à la hauteur ?

Les adversaires de G2-esports auront également eu pleinement le temps de décortiquer les forces et les faiblesses de leurs adversaires. Emperor et Hybrid sauront-ils élever leur niveau de jeu ou étendre leur pool de champions pour l’évènement ? Connaissant Ocelote et l’opportunité qu’ils ont de remporter le titre et de devenir la 3e équipe de l’histoire à remporter les LCS EU, cela ne fait aucun doute. Néanmoins cela sera-t-il suffisant face à des équipes telles que H2K, Fnatic en demi-finale, voire Origen version Xpeke ?

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