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04 févr. 2017 - Perco Divers

Games of Glory : Ouverture d'une salle de shoot

Games of Glory : Ouverture d'une salle de shoot

Quand un petit studio franco-suédois décide de se lancer dans un jeu multijoueur avec un potentiel eSportif, on se réjouit. Quand on nous annonce un « Top-down twin stick team shooter cross-platform free-to-play », on se rassoit et on demande à voir. On a vu.

Pour un studio indépendant, faire un jeu se rapproche aujourd’hui de la gastronomie. Pour faire face aux gros bien installés (les concurrents, hein, pas les joueurs) et leurs recettes reconnues et appréciées, il faut innover tout en gardant une pointe de tradition dans son plat. Autrement dit, pour exister il faut « réinventer », « revisiter » la blanquette de veau et trouver le moyen d’y coller des huîtres sans que cela soit indigeste.

Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage

Games of Glory n’est pas un projet neuf. Les gentils développeurs de Lightbulb sont dessus depuis 2014. Pourtant, le jeu que nous avons pu voir n’a plus grand-chose à voir avec sa première mouture. C’est assez rare pour être salué, après un an de test le studio a retiré son jeu de l’early accès de Steam en 2016 pour repenser le projet. Les retours de la communauté et certains problèmes techniques les avaient conduits à revoir leur copie. Des ambitions revues à la hausse, un rythme accéléré et un moteur de jeu amélioré plus tard, Lightbulb revient avec une version plus pêchue mais pas tout à fait définitive et un agenda bien rempli avant la sortie prévue au premier trimestre de cette année.
 


Selon nos estimations, l'ensemble de l'équipe de Lightbulb crew totalise 32 heures de sommeil hebdomadaire depuis deux ans.


La nouvelle recette est chargée en ingrédients, il faut décortiquer pour en dégager toutes les saveurs. Sur un lit de MOBA (le studio crie très fort que cela n'en est pas un mais je sais reconnaitre le goût), parsemez quinze champions (cinq variétés, du scout au tank), triez et enlevez tous les minions ou presque ainsi que tous les objets. Ne gardez que les armes, de corps-à-corps et à distance, rajoutez-en pour offrir une quarantaine de goûts différents. Laissez quelques compétences classiques (les bonds, les buff et les debuff sont des valeurs sûres). Faites cuire vos contrôles dans deux poêles séparées (une pour les déplacements et une pour la visée). Relevez le tout avec une sauce narrative « à la romaine » pour sublimer en bouche l’aspect jeux du cirque futuristes. Salez, poivrez et servez en vue du dessus dans un plat pour deux à cinq joueurs par table.

Pas de dessert, ça ferait trop.

Les MOBA pour le dire

Soyons honnêtes, si l’inspiration MOBA du titre est réelle, il est vrai que le petit studio lui a assez tordu le cou pour ne pas offrir une bête resucée des cadors du genre. N’empêche, si un jeu dans lequel on se bat en ligne, en équipe avec d’autres joueurs et dans une arène n’est plus du tout un MOBA, où va le monde ?

Dans le mode de jeu principal, deux équipes de cinq champions, ici des « clones », s’affrontent donc dans une arène fermée, pour protéger sa base et attaquer celle des gladiateurs d’en face. Plusieurs points de la carte sont à capturer afin de faire baisser le champ de force qui protège le camp adverse, ce qui permet d’attaquer les trois tourelles protégeant le cœur névralgique de la base adverse. Pas de vague de minions ; juste quelques-un, hostiles à tous, qui apparaissent sur les points à contrôler. Pas de « jungle » à proprement parler mais un boss dont la tête rapporte aussi un paquet de pognon pour améliorer son ou ses armes.
 


L'arène principale, plus ramassée que d'ordinaire pour plus de nervosité dans le jeu.


Car voilà bien un point central du jeu : l’arsenal. Chaque clone peut acheter une arme de proximité et une autre à distance et acheter des améliorations tout au long de la partie. Il faut donc repasser faire des achats régulièrement pour gérer l’augmentation constante de ses dégâts et l’ajout de bonus divers. L’ensemble des armes est accessible à tous les personnages et c’est bien par le choix de ces évolutions que se façonneront de multiples manières de jouer chaque clone. Choisir entre une capacité de vol de vie pour un fusil ou la possibilité de tirer à travers le décor ne devrait pas tout à fait conduire aux mêmes parties.

Un système très classique de compétences propres à chaque héros vient compléter l’ensemble. Activées avec les touches A et E et le clic droit de la souris, elles s’augmentent en faisant monter le niveau de son personnage durant la partie. Sur ce point, rien de nouveau sous le soleil donc.

Dubo Dubon Dubonnet

Alors cette recette, une fois dans l’assiette, ça marche ? Plutôt bien mais en toute franchise, on sent qu’il manque encore un peu de maîtrise dans la brigade. C’est dommage car le titre propose vraiment de très bonnes idées qui rafraîchissent le genre.

En tête de ces petits plus : le contrôle différentié des déplacements et de la visée. C’est tout bête mais cela présente deux avantages majeurs. Ce choix permet de réduire drastiquement la différence entre joueurs PC et console, ce qui est indispensable pour un titre cross-platform et l’on est bien incapable de dire qui joue à la manette ou au combo clavier / souris. Ensuite, et surtout, voilà qui fait de Games of Glory un jeu qui récompense l’habileté tout autant que les mécaniques. Durant la session de test, la différence de niveau entre votre humble serviteur et certains développeurs rompus au jeu était abyssale. Tout ici dépend de la capacité du joueur à viser avant de déclencher tirs et compétences, à se replacer pour anticiper, à combiner la portée et la direction de ses pouvoirs. Vous êtes mauvais, cela se voit tout de suite, impossible de se réfugier dans le choix d’un personnage simple à jouer. C'est là que le jeu révèle sa nature profonde de shooter et s'affranchit un peu du MOBA. L'ensemble y gagne en nervosité, en punch et permet des retours improbables mais jamais immérités. Pour un jeu qui, sans mettre tous ses espoirs sur ce sujet, espère inciter à la création d’une scène compétitive, c’est un excellent point.
 


Les armes à distance sont séduisantes. Les sensations sont bonnes et le fait de devoir gérer son chargeur comme une compétence, avec un temps court de recharge, est intéressant. Mitraillez à tout-va sans prendre garde et vous risquez de vous retrouver à sec pendant quelques secondes au pire moment.

Et puis il y a la bonne surprise du mode de jeu secondaire dans lequel on s’affronte en équipes composées de un à cinq membres lors de petits rounds rapides et nerveux durant lesquels un « VIP » est choisi aléatoirement à chaque tour. Tuez le VIP adverse ou protégez le vôtre et courez vers la zone centrale avant la fin du timer et vous remportez le round. Voilà un mode qui pourrait bien voler la vedette au mode principal.

On ne prête qu’aux Rush

Du tout bon donc ? Pas seulement. L’ensemble sent encore fort la peinture fraîche. Rien que de très normal pour une preview mais la période de sortie approche à grand pas et l’on sent bien que le petit studio est un peu en mode « Ouhlala, on a plus le temps là, on verra après la sortie ». Sans être catastrophique l’interface reste un peu brouillonne, le titre est parsemé de petits bugs et l’aspect technique n’est pas parfait. La sortie se fera sans le mode spectateur et sans les tutoriels, qui devraient être ajoutés ensuite, ce qui confirme ce léger arrière-goût de précipitation, malgré la refonte. Le système de ligues, sortes de clubs personnalisables permettant de retrouver ses amis quel que soit le support de jeu, semble également un peu en chantier.

Le modèle économique free to play et la promesse de l’équipe de ne pas favoriser les joueurs mettant la main au portefeuille autrement que sur l’aspect esthétique permettrons toutefois à chacun de se faire son opinion sans risque.

Voilà un jeu fait avec amour, cela se sent, et une maitrise des genres qui permet des mariages osés mais qui fonctionnent plutôt bien. Pour autant, on a du mal à savoir si le tout va se raffiner pour obtenir une étoile ou garder le côté sympathique mais brouillon du plat de brasserie. On laissera le mot de la fin à notre ami Cyril Lignac :
 


 

 « C’est frais, c’est croquant, c’est gourmand mais ça manque encore de métier et le dressage laisse à désirer. Moi j’aurais mis un peu de piment d’Espelette ! ».

 

Bon sang mais c’est bien sûr, du piment d’Espelette !

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