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16 mars 2017 - Perco Divers

Ghost recon Wildlands (PC) : Le dessous des cartels

Ghost recon Wildlands (PC) : Le dessous des cartels

Ubisoft et les mondes ouverts, voilà une histoire qui commence à durer. Dans cette nouvelle aventure des « Ghosts », c’est la Bolivie qui accueille ces poètes des temps modernes.

Si vous êtes un trafiquant de drogue international et que vous nous lisez, permettez-moi de vous donner deux conseils. Tout d’abord, est-ce que vous pourriez cesser cette activité ? S’il vous plaît ? C’est que c’est mal vous voyez et vos talents en horticulture pourraient être si bien employé ailleurs. Ensuite, si une carrière chez Jardiland vous rebute et que vous décidez de poursuivre dans votre branche : ne tuez jamais d’américains, jamais, dans aucune circonstance ! Votre cartel, fut-il organisé à l’échelle d’un pays entier, ne résisterait pas à l’arrivée de quatre militaires de l’oncle Sam.

Bolivien chez moi, j’habite chez une copine

Nous avons un peu tardé avant de sortir ce test réalisé sur la version PC mais il fallait, pour essayer de bien le retranscrire, accepter de nous perdre de longues heures dans l’immense carte de ce nouveau Ghost Recon. Les jeux estampillés Tom Clancy ne brillent pas forcément par la finesse de leur approche géopolitique. Globalement, des méchants très méchants prospèrent jusqu’à l’erreur fatale : fâcher les États-Unis. La drogue, l’esclavagisme, le travail des enfants, tout cela peut passer mais tuer un agent américain c’est non ! Alors qu’un petit mémo, une instruction claire auraient permis à « El Sueno », le grand manitou du trafic local, de continuer à étendre l’influence de la « Santa Blanca », cette toute petite erreur va mettre la Bolivie à feu et à sang. Accompagné de quelques amis ou de trois bots contrôlés par l’intelligence artificielle, vous allez donc parcourir le pays au cours d’un trekking thématique « Période Inca, snipers et mitrailleuses lourdes ».
 


« Drogue leader »


Mais pour atteindre El Sueno, il va falloir cravacher dur et attaquer son système pyramidal. Le bougre s’est entouré de vingt-six lieutenants et sous-lieutenants qui devront sortir de l’équation avant que tout ne s’écroule. Il faudra en discréditer certains, en éliminer d’autres mais pour cela il s’agira d’abord de les trouver. Pour cela, il suffit d’arpenter la vingtaine de régions de la carte, de se diriger vers les zones d’intérêt proposant des renseignements sur les barons locaux et de suivre le fil d’Ariane qui se déroule alors. Comme un bonheur ne vient jamais seul, les forces armées locales, l’Unidad, tolèrent le trafic et vous tirerons également dessus à vue.

Bonne nouvelle pour certain, le studio de Montreuil d’Ubisoft à décidé d’enlever les petites roues du vélo pour les joueurs. Les régions ont un niveau de difficulté fixe et apparent mais libre à vous d’attaquer par celles que vous voulez. Les missions principales sont légèrement scénarisées et, sans qu’on n’atteigne des sommets de subtilité, offrent des petites variations qui permettent de ne pas trop ressentir une impression de « va, tue et reviens ». Une petite mention spéciale pour les vidéos de présentation des principaux sbires du cartel, parfaitement réalisées (et totalement optionnelles).

Que l’éditeur sache faire des mondes ouverts, on commence à le savoir ; qu’il laisse le joueur en profiter librement, sans le recadrer en permanence c’est un peu plus neuf. Et ça fonctionne plutôt bien : jetez-vous sur une région trop ardue et vous saisirez bien vite que, sans trouver préalablement de meilleures armes et sans développer les compétences de votre personnage, vous ne réussirez probablement pas. C’est de la pédagogie à balle réelle et c’est tant mieux. Pas de miracle pourtant : ceux qui ne viennent que pour l’action pure seront agacés par les heures de route à faire dans l’immense carte.

Lore des Incas

C’est donc à vous de décider comment organiser votre chasse à l’homme. D’alterner les périodes durant lesquelles vous concentrez vos efforts sur la recherche de renseignements divers et celles où vous vous attaquez directement au cartel.

Ici, pas de tour magique qui débloque toute une région. Il faudra aller interroger un type planqué dans un avant-poste, discuter avec un local dans un village ou trouver des documents pour obtenir la localisation de caisses d’armement, de missions secondaires d’aide aux rebelles (qui ouvriront la possibilité de les faire intervenir pour une reconnaissance, un bombardement et autres joyeusetés), de matériel à baliser ou des précieux points de compétence. L’aspect jeu de rôle est limité mais présent : personnalisation de votre ghost, amélioration des armes en fonction des pièces trouvées, déblocage de quelques capacités pour vous, votre escouade, votre drone de reconnaissance…
 


De quoi s'amuser pour les amateurs


Les informations sur la Bolivie, les enregistrements compromettants, les photos volées, tout ira remplir des entrées dans le menu de la carte tactique sans vous obliger à vous y intéresser. Le joueur qui n’est pas venu pour suivre une histoire mais pour dégommer du bandito à tour de bras n’ira rien lire, rien écouter. Celui qui veut profiter du travail des créatifs d’Ubisoft ira y puiser pour parfaire l’immersion. On ne saurait que trop vous conseiller de suivre la seconde option, afin de profiter du travail de Tommy François et de son équipe, partis dix jours en Bolivie pour y puiser un peu d’authenticité sur les légendes et les lieux. Est-ce à dire que Ghost Recon Wildlands a un propos ? Faut pas exagérer non plus.

Razzia sur la chnouf

L’écusson « Ghost Recon » ne veut plus dire grand-chose en 2017. À force de tripatouillages génétiques au fil des épisodes, l’ADN « furtif et létal » s’est dispersé façon puzzle. Mais quelque chose retient les développeurs, qui refusent de renier les grands anciens (dont certains étaient pourtant déjà bien consanguins). Alors ce Wildlands, jeu de fantômes ou jeu de bourrins ? Les deux mon capitaine, dans une sorte de schéma linéaire et quasi-systématique : L’essentiel consiste à vider des camps/avant-postes/maisons de leurs occupants ; d’abord on cherche à bien faire les choses, à ramper dans le feutré couvert par un buisson, à repérer tout les narcos grâce au drone volant ou aux jumelles, à marquer les cibles pour utiliser le tir simultané des bots ou s’organiser avec les copains… On « snipe », on prend en compte la balistique, on met les silencieux. Et puis ça merde. Sur une patrouille, un hélico qui passe ou un tir raté, on passe à la seconde phase qui consiste à sortir les gros calibres et à arroser tout ce qui passe en hurlant « Coloneeeeeeel ! ». C’est un Ghost Recon en monde ouvert atteint de schizophrénie et d’un dédoublement de la personnalité. Mi-Sam Fisher, mi-Rambo, ce n’est pas foncièrement désagréable mais c’est… étrange.
 


La conception de l'infiltration par l'IA...


Certes, parfois, il arrive que l’on se retrouve de nuit sur une corniche surplombant un camp, que l’on chausse ses lunettes de vision nocturne et que l’observation des routines (et un peu de chance) suffisent à vider un campement en toute discrétion, voir à entrer et sortir pour une enquête sans se faire voir. Dans ces moments, le vieux briscard retrouvera la fierté du travail propre et net. C’est rare. La plupart du temps, ne nous leurrons pas, tout se termine par des larmes, des cris et beaucoup de sang.

Le truc, c’est que ce point peut être agaçant pour l’infiltrateur solitaire (d’autant que les bots qui vous accompagnent ont un QI de poule pondeuse)  mais qu’il rajoute de l’amusement à plusieurs, dans un multijoueur qui est le cœur revendiqué du titre.

Escobar à potes

Est-ce qu’un défaut peut devenir une qualité en fonction du contexte ? Vous avez quatre heures et je ramasse. Analysons un peu : seul, vos tentatives de jeu « discrétion et efficacité » serons des échecs à cause du jeu lui-même. Les trois comparses dirigés par L’IA seront invisibles avant le premier coup de feu et irons donc se planter… sous le nez des ennemis ! Aucun ne vous défendra sans ordre précis, même si un narcos décide d’aller se soulager dans les fourrés et tombe sur vous. Bref, tout ira de travers malgré vous. Avec une bande d’amis (vous avez bien trois amis ?), vos échecs ne seront plus des aléas mais des conneries, et c’est drôle.

Entendons-nous bien : jouer à Ghost Recon Wildlands en multi ne consiste pas à laisser faire le matchmaking du jeu, cela présente peu d’intérêt, mais bien à réunir trois potes - le système est pas mal fichu - et à parler (par le chat vocal intégré ou, encore mieux, en ouvrant votre outil de chat préféré en parallèle). Dès lors, il devient possible de tous se placer librement, de choisir une approche commune, de désigner une cible pour chacun, d’y croire un instant.
 


Virez moi ces bots que je ne saurais voir


La vraie saveur se révèle lorsque vous faites – à haute voix – le décompte précédant l’ouverture de tirs. « Tout le monde est prêt ? Vous avez vos types en ligne de mire ? OK, 5…4…3…2… Bordel mais qui est le con qui a encore tiré à « 2 » ?! ». Alors oui, cela se termine aussi en boucherie et pourtant ça n’a plus rien à voir. Tout le monde court, on se cherche pour récupérer un hélicoptère et filer avant que des renforts ne débarquent. C’est toujours le bordel mais c’est un joyeux bordel, un échec glorieux.

Je ne doute pas que certains réunirons des groupes de hardcore gamers, capables de pisser dans une bouteille pour ne pas quitter leur poste ou leur cible et tout à fait à même de vider une région entière sans déclencher une seule alarme. Pour la grande majorité des autres, ce ne sera pas l’expérience vécue. Je ne suis pas certain que ce soit un mal, pour être franc.

Watch_Drogues

Un peu partout, nos estimés confrères testeurs ont écrit que l’expérience solo ne présentait aucun intérêt. Seul, la lassitude s’installerait et le jeu serait un bien triste bac à sable. Il ne s’agirait donc que de picorer dans les missions secondaires et la chasse aux équipements en attendant les copains pour le gros du travail. Ils ont raison et pourtant ce n’est pas tout à fait exact. On l’a dit, le jeu possède un atout formidable : sa carte. Oui le titre souffre de problèmes techniques (freeze étranges, clipping, bugs de scripts, manque de finitions) mais cette fausse Bolivie est un des plus beaux terrains de jeu qu’il m’ait été donné de voir, et le travail de topographie est phénoménal. Les régions sont autant de climats, de couleurs, de reliefs différents. Des cimes dans les zones montagneuses aux forêts touffues dans lesquelles se perdre, tout est crédible, tout fait vrai.

L’expérience solo du joueur pressé qui veut sauter d’objectifs en objectifs est donc bien limitée, frustrante et incomplète, on en convient, mais pour le joueur contemplatif, c’est une autre histoire.
 


Vol au desus d'un nid de coke


Pour celui qui refuse le fast travel entre les camps rebelles, qui veut se perdre seul dans l’immensité de la carte, sans personne pour le presser de retourner à la guerre, et découvrir certains lieux réels, ce Wildlands offre ses petits moments de gloire. Là, au flanc recouvert d’arbres d’une colline, un petit sentier pédestre caché ; ici, au détour d’une route sinueuse interminable, un petit village – sans objectif, sans bonus – juste un village. Pour l’explorateur, c’est Le guide du routard Bolivie, et l’occasion de passer son temps à admirer un orage tombant sur les pics rocheux ou d’observer un lac et ses ilots assis aux commandes d’un hélico. Si seulement les véhicules terrestres n’étaient pas des savonnettes obéissant à des lois de la physique pour le moins… particulières, on en viendrait parfois à regretter de devoir, parfois, se battre.

Est-ce que cela fait du solo un mode réussi ? Non. L’IA de vos coéquipiers reste débile et le cocktail infiltration / action pure mal dosé, mais de là à dire qu'hors coopération avec des amis il n’y a rien à tirer du travail d’Ubisoft, disons que cela dépendra de votre sensibilité de joueur.

On peut passer sa vie à poser du C4 et être un esthète, mince !

Incas pour deux ? 710Points positifs
  • La carte de la Bolivie.
  • La Bolivie.
  • La Bolivi… quoi je me répète ?
  • Les échecs à plusieurs.
  • Les effets météos, qui subliment la Boli… oui j’arrête.
Points négatifs
  • Un scénario toujours trop léger.
  • La conduite de véhicules terrestres.
  • L’IA des alliés.
  • Le solo si l’on n’est pas là pour la ballade.
  • Le manque de polish.

Ghost Recon Wildlands est un jeu fait pour être joué à plusieurs, un simulateur de plans qui déraillent et terminent en bain de sang. Seul, c’est pénible ou sublime selon ce que vous venez y chercher. Si le jeu échoue (encore) à décider s'il est orienté vers la discrétion ou l’action, il arrive cette fois à proposer une nouveauté franchement réussie : son écrin. Que cette Bolivie est magique.


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