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18 févr. 2015 - Mandark Divers

Grim Fandango : cadavres exquis !

Grim Fandango : cadavres exquis !

Caramba, il est là et bien là, et chez moi c'est la fiesta ! Grim Fandango (ou Fandango Sinistre, pour nos amis du Québec) de nouveau dispo sans devoir hypothéquer son hacienda ou faire appel aux services de louches passeurs de torrents, c'est quand même quelque chose que beaucoup de ceux qui s'y sont essayé à sa sortie (en 1998), et sûrement quelques autres qui avaient entendu causer de la chose, attendaient depuis longtemps. Quant aux autres, celles et ceux qui à l'époque n'étaient peut-être pas encore de ce monde, ou si peu, ils vont pouvoir savourer un titre qui reste sans conteste un des donneurs de lettres de noblesse du genre du point'n click, comme l'avaient été les deux premiers épisodes de la série des Monkey Island et Day of the Tentacle, et se posa instantanément en pinacle du genre, grâce à son ambiance jazzy-noir-absurde-litéralement-of-the-dead et aussi un peu beaucoup l'humour et la personnalité de celui qui apporta la vie à cette drôle de fête des morts : Monsieur Tim Schafer (go play Brütal Legend, goddamit) !

Comment (bien) gagner sa vie après la mort ?

Manuel « Manny » Calavera galère ! Dans l'agence de voyage du Pays des Morts où il pointe en tant que grande faucheuse, il a pour charge après avoir fait passer ses « clients » de vie à trépas, de leur vendre les meilleurs offres du catalogue pour que ces derniers accèdent à la destination finale de tous les décédés : le Neuvième Monde. Las, pour se payer le trajet de quatre minutes via le « Numéro Neuf Express », il faut avoir mené une vie riche en bonnes actions et Manny, lui, ne semble récupérer que des tocards auxquels la seule formule à proposer, vu leurs karmas pourris, est de se rendre dans le Neuvième Monde à pattes, périple qui leur prendra quatre ans, si bien entendu ils ne s'égarent pas en chemin...

Que du menu fretin pour Manny donc, et jamais un gros client en vue. Plutôt frustrant pour el Señor Calavera qui fut un temps le commercial numéro uno de l'agence, et qui commence maintenant sérieusement à se demander s'il n'y a pas de la magouille dans l'air, d'autant que pendant ce temps-là son principal rival - Domino Hurley – accumule lui les contrats bétons ! Autant dire qu'à ce rythme-là, Manny, pour qui l'accès au Neuvième Monde dépend d'une fin de carrière fructueuse, n'est pas près de prendre la route, que ce soit à pinces ou en transport !

'nuff said en ce qui concerne l'intrigue, ami lectrice, ami lecteur, car à ce stade, soit le pitch de Grim Fandango aura éveillé ta curiosité, soit tu n'es déjà plus là.

Mais si tes n'œils s'attardent encore sur ces lignes, alors j'va t'causer un brin de tout ce qui fait que Grim Fandango conserve toute sa superbe, presque 20 ans plus tard.

Pousse-au-Grim

D'abord il y a cette ambiance et ces personnages absolument uniques. Manny et le joueur évoluent dans un monde des morts mêlant habilement et harmonieusement atmosphère de film noir – ainsi que les codes inhérents au genre –, design art déco et imagerie issue à la fois de la culture aztèque et du folklore de la fête des morts mexicaine (le blase de Manny, Calavera, signifie d'ailleurs littéralement « tête de mort »). Avec même parfois une petite touche des Monty Python.

Après, il y a les acteurs de cette farce macabre, à commencer par un Manuel Calavera très Humphrey Bogart dans l'âme (mais avec un p'tit accent roucoulant), aux répliques tellement ciselées, hilarantes et bien déclamées qu'il est difficile de ne pas être happé illico par l'univers de Grim Fandango. Et puisqu'il est question de son, impossible de faire l'impasse sur la bande originale du jeu, tour à tour jazzy, be-bop ou rythmée latine, et toujours à-propos.

Ça cartonne pour Domino, nettement moins pour Manny...

Et puis il y a les énigmes, les fameuses énigmes bien capillotractées, toutes logiques dans le fond...mais mieux vaut avoir une bonne imagination quand la méthode « je clique partout avec tout ce qui est dans l'inventaire » rencontre ses limites.

Bien qu'estampillé « point'n click », Grim Fandango s'essayait en fait à l'époque à proposer une aventure qui en conserverait les codes, mais en 3D, et plutôt que d'inciter à cliquer bêtement partout avec son mulot (le jeu peut d'ailleurs se jouer intégralement au clavier), faire en sorte que Manny tourne sa tête vers un point d'intérêt quand à proximité de l'un d'eux, ce qui n'a l'air de rien aujourd'hui mais qui représentait à l'époque un vrai challenge pour les programmeurs. Il conviendra cependant de bien explorer les environnements car certains détails essentiels à la progression peuvent être bien planqués, tellement on les a sous le nez. Par contre, on retrouve le principe des discussions entre personnages avec réponses (caustiques) multiples déjà présent dans les Monkey Island.

Bref, mon intérêt n'est pas ici de spoiler le déroulement de cette grande aventure, qui pendant une bonne quinzaine d'heures fera la joie des nécrophiles anonymes, des amateurs de faucons maltais, de mariachis et même de revolución façon Che (et par pitié laisse grincer un peu tes petits neurones et ne va pas te gâcher le plaisir avec une soluce à la première contrariété), mais de mettre en exergue le fait que ce retour de Grim Fandango est de ceux qui comptent, d'autant plus qu'il vieillit étonnamment bien, ce qui est loin d'être dû uniquement à sa nouvelle qualité de « remastered ».

Je vous l'embaume ou c'est pour mourir tout de suite ?

Car oui, il est difficilement concevable de nos jours de réintroduire sur le marché une œuvre de plus de 10 ans sans que celle-ci n'ait au moins subi un petit lifting de circonstance, et dans le cas de Grim Fandango, il est intéressant de noter que c'est le côté minimaliste du lifting en question qui joue le plus en sa faveur.

Car, à l'opposé de nombre de mes (respectables) consœurs et confrères critiques de JV (ce que je ne suis pas vraiment, mais bon, ça c'est un autre débat) je n'ai aucunement été peiné de découvrir que la retouche graphique du titre de Double Fine portait surtout sur un éclairage dynamique et un lissage des personnages et jamais sur les décors.

On sait vivre au pays des morts

Déjà parce qu'ainsi il conserve une magie propre à son époque, d'autant plus que les décors en questions restent très beaux, et surtout parce que ça confirme le statut d’œuvre intemporelle du JV, et que si ça passe aussi bien aujourd'hui, il n'y a aucune raison que ça ne puisse charmer ma descendance dans quelques années (enfin, en admettant que j'en ai une, mais justement si tel est un jour le cas, les pauvres petiots auront quelques années devant eux avant de pouvoir s'y mettre !). Et puis, faut-il absolument coloriser un vieux film en noir et blanc pour qu'il plaise plus à un public moderne ? I don't think so...

D'autres fines-gueules-qui-s'y-connaissent-bien-sûr-car-on-est-des-puristes-des-vrais bougonnent sur la possibilité de pouvoir passer du ratio image 4/3 d'origine (avec des bandes latérales assez vilaines de chaque côté du cadre) à un 16/9 qui meuble bien ton écran partout partout, mais franchement, je cherche encore où est la vilenie étant donné qu'il n'y a vraiment pas de quoi y perdre un œil. C'est certes un point de vue subjectif, mais on ne m'enlèvera pas à l'idée que pour certains, plus on fait le difficile plus on est pris au sérieux... (et si tel est ton cas, tire mon doigt et après on en reparlera !)

Tout ça pour dire qu'avoir à bas prix l'occasion de découvrir ou redécouvrir cette perle est déjà énorme, mais qu'en plus elle n'est pas dénuée de bonus sympathiques, comme les commentaires audio des développeurs, la possibilité de permuter à volonté entre le rendu d'origine et celui amélioré du remaster, une toute nouvelle orchestration de la bande originale et – last but not least – le choix entre la maniabilité d'époque (affectueusement nommée « tank-control », et là je pense que tout est dit) et une remise au goût du jour pour pouvoir mieux coller aux nouveaux standards de jouabilité entrés en vigueur depuis la release originelle du jeu.

Le seul vrai point noir de ce remake, en ce qui me concerne, est la sauvegarde qui peut prendre un bon moment à se faire sur PS4 (version testée ici, comme tu l'auras deviné). Je pensais au début que c'était à cause du fait que j'ai toujours beaucoup de chance, mais en fait non, c'est à cause d'une synchro simultanée entre la console et le cumulonimbus, ce qui peut durer un peu selon le débit disponible. Et comme moi j'ai une connexion en balsa...(comme je le disais, j'ai toujours eu beaucoup de chance)

Viva la muerte ! 910Points positifs
  • Un classique du jeu vidéo enfin facilement accessible au plus grand nombre
  • Une ambiance, une histoire et des personnages uniques
  • Des énigmes mémorables
  • Un remaster qui ne dénature pas l'original
Points négatifs
  • Les temps de sauvegarde sur PS4, qui peuvent prendre assez longtemps selon l'état de sa connexion.

Ce n'est que bonheur de pouvoir de nouveau s'adonner à cette pièce maîtresse de l'histoire du jeu vidéo. Ça nous rappelle – et c'est toujours important – qu'un bon jeu reste un bon jeu, peu-importe les années qui sont depuis passées comme des voitures, et celui-là a d'autant plus d'importance qu'il rappelle que la grande et belle histoire du JV s'est faite grâce à des esprits funs et hors-normes, et que ça il ne faut jamais l'oublier, surtout en ces temps plus « formatés ».

Alors Banzai, comme on dit chez les Sioux (dans les films de cape et d'épée) !

 

 

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