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13 sept. 2017 - Haggus Divers

Hellblade Senua's Sacrifice

Hellblade Senua's Sacrifice

Hellblade Senua's Sacrifice est un jeu d'action aux relents d'horreur médiévale fantastique. Un vent de folie souffle avec le dernier né des studios Ninja Theory. Préparez-vous à plonger dans l'esprit fracturé de Senua, une guerrière Picte souffrant de troubles mentaux, tandis qu'elle entame un périple brutal au cœur de la mythologie nordique afin de sauver l'âme de son époux défunt.

Une ballade artistique dans la démence qui, à l'instar de l'esprit humain, se décode, s'interprète et partage ses secrets dès lors que l'on gratte la surface pour révéler ce qui est enfoui. Alors ramassez votre épée et dites adieux à vos proches, ça va psychanalyser sévère !


C'est grave Doc' Thor ?

Avant même d'entrer dans le vif du sujet, un avertissement de la part des développeurs veillera à nous rappeler que Hellblade est un jeu qui sort des sentiers battus. Une lame de taille dont les deux tranchants sont de jouer à débroussailler du viking d'un coté et de nous sensibiliser à la réalité des troubles mentaux de l'autre. Le but étant de vous confronter à des situations pouvant se révéler relativement déstabilisantes, voire stressantes pour ceux et celles familiers avec le sujet et, parce que c'est aussi un mal sérieux qui touche de vraies personnes, Ninja Theory met à votre disposition une liste centralisée des associations d'aides et de soutien psychologique dans plus de 35 pays. Un geste vraiment appréciable, preuve s'il en est de leur engagement envers les victimes de tels troubles.

 


Une autre manière de combattre ses démons intérieurs.
 

Un travail tout particulier a été fourni pour donner vie à Senua afin de nous transmettre sa psyché torturée de façon sensible et intime. Ce n'est qu'une fois rendus dans les studios, où fort de leur expérience en matière de Performance Capture et grâce à l’interprétation de Mélina Juergens, que Ninja Theory parvient à nous délivrer un personnage vrai, crédible, pourvu d'une intensité émotionnelle complexe et d'un rendu graphique si détaillé que vous parviendrez à différencier ses cicatrices de combat de celles qui ont été auto-infligées.

Vous l'aurez compris, Hellblade Senua's Sacrifice n'est pas un titre comme les autres.


Hel n'a qu'à bien se tenir !

Dans son malheur, Senua possède également un vrai don pour le combat. Sa capacité à voir ce qui ne peut être vu, ce qui fût ou sera, fait d'elle une guerrière redoutable, imprévisible et alerte. Elle disposera à cet effet d'un arsenal d'attaques rapides, d'attaques lentes, de feintes au corps-à-corps, particulièrement utiles pour déstabiliser les adversaires les plus retors, ainsi que d'une esquive qui se révélera vitale dans certaines situations.

Ajoutez à cela une parade à l'épée simple mais diablement efficace une fois maitrisée, ainsi qu'une capacité qui permettra d'avoir recourt à un bref « Bullet time » salvateur. Bien qu'il soit possible de se sortir de la plupart des situations sans y avoir recours, une bonne utilisation de ces capacités vous donnera un avantage indéniable face aux hordes hostiles bien décidées à en découdre.



Un minimum d'interface pour un maximum d'action.
 

On notera que les actions défensives (parades et esquives) prennent la priorité sur les actions offensives. La difficulté évoluant raisonnablement au fil du jeu, il devient vite aisé de s'abandonner à l'ivresse du combat. Prudence toutefois, car si quelques coups consécutifs suffisent à envoyer Senua au tapis, les conséquences de vos échecs répétés ne manqueront pas de vous frapper là où ça fait mal... en effaçant votre sauvegarde. Bluff ou pas bluff ? C'est à vous de le découvrir, mais nul doute que vos nerfs menaceront de vous lâcher à mesure qu'approchera le point de non-retour.

Si Hellblade est un titre qui ne brille certes pas par la complexité de sa jouabilité (ne vous attendez pas à un DMC), c'est fluide, fiable, facile d'accès et fichtrement beau à regarder. Manquant de profondeur mais pas dénuée de style, la prise en main se contente de fonctionner, ni plus, ni moins. Bien qu'il restera punitif, vous aurez tôt fait de maîtriser les quelques subtilités qu'offre le système de combat, ce qui vous laissera plus de temps pour pleinement les apprécier, sentir le goût cuivré du sang frais sur votre langue et les éclats de métal ébréchés qui lacèrent votre peau... bref de vous en payer une bonne tranche.



Brisez les clichés sociaux et les mâchoires d'un seul coup de genou !
 

Ainsi, que ce soit d'un pas lent ou lancés à pleine vitesse, les coups s'enchaînent sans temps mort. Telle une furie, Senua incarne parfaitement son rôle de guerrière qui n'a plus rien à perdre et se lance à corps perdu dans une dernière danse à l'issue plus qu'incertaine. Ninja Theory prend ici un risque en pariant sur la simplicité afin de nous offrir une jouabilité cohérente sans être envahissante, privilégiant la narration et l’esthétique.

 

Attrape Mjolnir, je retire l’échelle.

Coté graphismes, c'est de toute beauté. Ce voyage au cœur du panthéon nordique donne lieu à de somptueux mélanges de couleurs et l'on appréciera la présence d'un mode photo pour capturer l'instant tout en reprenant son souffle au milieu de décors vertigineux submergés de runes, de peintures tribales, et d'un bestiaire cauchemardesque d'écorchés vifs tout droit venus de la colline silencieuse.
 


♪ Allez, tout le monde dit Ouistiti ! ♪


Bien que pauvre en terme d'interactions, les niveaux sont loin de n'être qu'une suite de beau tableaux froids. Ainsi, alors que les énigmes restent relativement accessibles à tous, de nombreuses illusions d'optiques mettront à mal votre logique et vos sens (de l'orientation). Il vous faudra donc apprendre à regarder le monde sous un autre angle au risque de finir piégé entre deux coups de pinceaux.

Je vous parlais plus tôt de situations déstabilisantes et vous croiserez en effet de nombreux passages qui auront le don de vous mettre mal à l'aise, un rôle anxiogène totalement assumé car il sert avant tout la narration. Bien plus qu'un simple rappel à ce qu'endure Senua, c'est avant tout le fruit d’une collaboration avec des médecins spécialisés ainsi que des nombreux témoignages de personnes atteintes de troubles psychotiques. Le tout finement ficelé parvient à nous faire ressentir l'émotion vraie.



« S'il vous plait, une p'tite pièce ? »
 

Méfiez-vous de Loki dort !


Impossible de parler de Hellblade sans aborder cette bande-son qui, tantôt discrète, tantôt écrasante, agit comme un véritable support narratif. Une bête bien apprivoisée mais qui saura montrer les crocs pour vous imposer son rythme. De la mélodie d'acouphènes déstabilisants semblant provenir des tréfonds de votre cervelle, aux chants gutturaux des envahisseurs nordiques armés de leur tambours de guerre poussiéreux, préparez-vous à prendre une véritable claque musicale qui vous laissera un arrière-goût d'embruns et de cendres fumantes.

 

 

Une bande son de qualité c'est bien pratique, car si Hellblade s'écoute avec plaisir, il se joue aussi avec les oreilles. « Un jeu qui se joue avec les oreilles, non mais qu'est-ce qu'il faut pas entendre ! » me direz-vous. C'est pourtant ce qu'il va vous arriver et pour cela essayez d'imaginer qu'une cohorte de Navi (« Hey Listen ! ») accompagnent notre héroïne où qu'elle aille. De murmures en hurlements, ces voix intérieures représentent tout autant de facettes de sa personnalité complexe et si elles viendront le plus souvent vous aider sous forme de tutoriel, pendant les combats ou lors de la résolution d'énigmes, vous auriez tort de leur faire totalement confiance car elles seront aussi sources de remises en questions, de doutes et de mensonges, ayant vite fait de malmener le mental fragile de Senua... et le votre tant qu'on y est.

Même si le jeu bénéficie de sous-titres pour accompagner les somptueux doublages en anglais, ceux-ci ne sont néanmoins pas en mesure de couvrir toutes les voix simultanément. Mon conseil pour ceux ne disposant pas d'une oreille anglophone, la fonction Share de la PS4 pour réécouter ces petites perles d’interprétations au besoin.

Au-delà de la musique, Hellblade se démarque en parvenant à traiter d'un sujet délicat tout en l'incluant avec brio comme élément à part entière de la jouabilité. Il vous sera d'ailleurs conseillé l'utilisation d'un casque audio afin de pleinement profiter de cette ambiance sonore riche et faire face aux multiples épreuves que vous croiserez. C'est dans ce rythme effréné que Senua oscille, entre mythologie nordique et psychose, chacun de ses pas se faisant sur le fil d'une épée. Ce combat est de tous les instants et vous oppresse tant et si bien que vous ne retrouverez votre souffle qu'une fois la partie terminée. Et là, tandis que le silence qui suit vous emplira de solitude, Il deviendra difficile de ne pas penser à ceux pour qui c'est une réalité sans pause.



TFW vous n'êtes pas seule dans votre tête !
 

Pas de bras, pas de Valhalla ?


Avec ses graphismes léchés, sa jouabilité simple mais efficace et sa bande-son au poil, Hellblade Senua's Sacrifice trace sa propre voie en se plaçant comme le mariage subtil entre un jeu indépendant et une grosse production. Bien que son austérité puisse décevoir si on le compare à un Horizon Zero Dawn, ce n'est qu'une fois manette en main que ce titre tranche vraiment dans le vif et nous délivre, d'un coup fatal furieux, une histoire tragiquement touchante. Malgré une durée de vie courte (comptez 8 à 10 heures) et une rejouabilité qui ne se résumera qu'à compléter sa collection de Stèles Runiques, grande est la tentation de relancer une partie tant la psyché de Senua regorge d'éléments intéressants à (psych)analyser.

 


Les Vikings étaient de vrais précurseurs en réalité augmenté avec leur clavier en Vieux Futhark

 

Finalement, on lui pardonne ses défauts car le plaisir est bel et bien présent. On se retrouve scotchés à la manette en grande partie à cause de la qualité indéniable du contenu pour un prix de sortie aussi attractif. Cerise sur le processeur, la présence d'un documentaire (attention toutefois car il contient du divulgâchage) qui dévoilera les secrets de Hellblade, des défis techniques aux perles d'histoires ayant inspiré ce périple antique, avec bien entendu un segment abordant les troubles mentaux à travers les âges.
Ninja Theory signe là un projet audacieux, honnête, qui parvient à traiter avec justesse d'une souffrance invisible mais pourtant bien réelle, nous démontrant par la même occasion qu'ils savent se donner les moyens de leur ambitions pour le plus grand plaisir de nos salons.

 

Hellblade Senua's Sacrifice 710Points positifs
  • - Dynamique
  • - Expérience sensorielle réussie
  • - Plaisir des yeux et des oreilles
  • - Histoire originale
  • - Personnages complexes
  • - bon rapport qualité/prix
Points négatifs
  • - Décors figés, manquant d'interactions
  • - Combats parfois répétitifs
  • - Bestiaire peu fourni
  • - Durée de vie courte

De la mythologie scandinave à la retranscription des troubles psychotiques en passant par l’interprétation de Senua plus vraie que nature. Ninja Theory maitrise son sujet de ᚠ à ᛟ.

C'est beau,c'est fun, c'est authentique.

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