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06 janv. 2018 - Strift League of Legends

Intersaison 2017 : le recrutement

Intersaison 2017 : le recrutement

Au cours de l’intersaison, l’intérêt du public se tourne vers l’habituel mercato et chacun y va de son analyse pour évaluer les recrutements. Mais de quels leviers disposent les organisations et à quels critères reconnaît-on un bon recrutement ?

Le recrutement sur League of Legends

Tout d’abord, il me semble pertinent d’étudier la manière dont se déroule le recrutement au sein des équipes de League of Legends. En Corée comme dans le sport traditionnel, c’est au coach qu’incombe cette fonction. On constate cependant que, de par la fragilité de la position de ce dernier en Occident, la situation est bien souvent différente en LCS.

Le coaching dans l’e-sport étant implanté en Corée depuis une décennie, son modèle tend à se rapprocher de celui du sport traditionnel. Aussi, les coachs de LCK bénéficient d’une carrière plus longue au sein d’une même écurie. Ils acquièrent ainsi l’expérience nécessaire à la constitution d’une équipe mais surtout la confiance de leur organisation, leur permettant d’entreprendre cette mission. Issus de l’univers du sport traditionnel, c’est tout naturellement que les 100 Thieves ont mis en place ce mode de fonctionnement. Suite à l’acquisition d’une franchise en NA LCS, l’organisation affiliée aux Cavaliers de Cleveland a directement annoncé le recrutement du coach Neil « pr0lly » Hammad, qui serait en charge de constituer le roster.

Après trois ans chez H2K, Neil « pr0lly » Hammad est devenu le coach des 100 Thieves.
Source : Riot Games

Dans le reste du monde, les coachs e-sportifs n’existent en revanche que depuis peu de temps. De plus, les organisations ont tendance à accorder plus d’importance aux vedettes de leur équipe car elles impactent plus directement leur réussite financière. En conséquence, les coachs se retrouvent avec moins de pouvoir. Aussi, les dirigeants vont préférer s’aligner avec la volonté desdites vedettes, notamment pour le recrutement. C’est par exemple le cas de G2 Esports dont l’annonce du nouveau roster était accompagnée d’un message de Luka « PerkZ » Perković indiquant qu’il avait choisi lui-même ses coéquipiers. De même, Royal Never Give Up avait à l’époque exaucé les souhaits de son support vedette Cho « Mata » Se-hyeong en recrutant Jian « Uzi » Zi-Hao.

À cause de ce fonctionnement, le coach lui-même se trouve le plus souvent être la dernière recrue des équipes occidentales. En effet, il suffit de constater le nombre de coachs étant actuellement free agent en ce moment, alors que la quasi-totalité des rosters ont été révélés. On en déduit aisément que les recrutements sont gérés par les propriétaires et par les joueurs. Il convient donc de remarquer que si les premiers n’ont pas toujours l’expertise du jeu, les seconds sont souvent jeunes et peuvent manquer de  recul. De fait, et comme l’a souligné Michael « Veteran » Archer dans Narrative Wake, ces derniers se construisent un avis sur les joueurs à recruter en suivant les tendances et histoires marquantes de la saison, telles que véhiculées au sein de la communauté. Un avis demeurant donc, somme toute, relativement amateur.

Le Head Coach Fabian « GrabbZ » Lohmann n’a rejoint G2 Esports qu’une fois le roster finalisé.
Source : G2 Esports

On constate donc que les organisations ne disposent pas toutes des mêmes méthodes de recrutement. En revanche, une fois leur roster constitué, ces équipes seront toutes jugées selon leur performance compétitive. On peut ainsi se demander quels critères permettraient d’évaluer la qualité des recrutements et de l’équipe sur papier.

Comment évaluer un recrutement ?

Afin de pouvoir évaluer les recrutements de cette année, il convient en premier lieu de définir les critères liés à la sélection des joueurs. Ensuite, en prenant ces critères comme base, et au regard des résultats des dernières années, nous tenterons d’analyser des exemples de nouveaux rosters.

Pour de nombreux coachs, les premiers éléments à considérer sont la mentalité du joueur et son attitude au sein du groupe. Bien souvent, il s’agit d’un aspect qui échappe aux fans, qui ne connaissent des joueurs que leur image publique. Ensuite, dans un jeu où le metagame change aussi fréquemment, il est donc important de sélectionner des joueurs capables de jouer différents rôles (tank, utilitaire, carry, etc). En effet, de nombreux joueurs vedettes ou mécaniquement doués sont habitués à devoir être le carry ou play-maker de leurs équipes. Cependant, les ressources ne peuvent pas toujours leur être allouées, notamment lorsque le metagame ne favorise pas leur position. Enfin, il faut bien évidemment que les styles de jeu des joueurs soient compatibles, de manière à créer des synergies au sein de l’équipe.

Malgré ses mécaniques inégalées, Lee « Faker » Sang-hyeok n’est pas toujours le carry de SKT.
Source : SK Telecom

Ces dernières années, la macro-stratégie est devenue un élément central du jeu, punissant plus sévèrement les antagonismes de style au sein des équipes. Au printemps 2016 par exemple, Bora « YellOwStaR » Kim et son roaming fréquent n’ont été que peu compatibles avec le style de Yiliang « Doublelift » Peng préférant la domination en lane. Cette année, le jungler Han « Peanut » Wang-ho n’a jamais su jouer chez SKT le rôle de facilitateur qu’il devait avoir, plus habitué à tirer avantage des voies gagnantes. Chez kt Rolster en revanche, où la majorité des joueurs avaient été shotcallers de leurs équipes précédentes, est survenu un problème différent. Comme le révélait récemment Mata à Inven, la super-équipe a en effet peiné à trouver un équilibre dans la communication entre les cinq joueurs, résultant en de fâcheux teamfights et des lacunes de stratégie en late game.

Parallèlement, Samsung Galaxy n’a cette année pas cédé à la tentation d’upgrade son roster, suite à sa défaite en finale des Worlds 2016. Au contraire, en gardant ses joueurs et une majorité des fonctions support, l’organisation a pu se focaliser sur la montée en compétence de ces derniers et atteindre de nouveaux sommets. La continuité a également payé dans une moindre mesure chez H2K, pour qui pr0lly aura réussi à recruter et coacher de nombreux rosters en trois ans, assurant même deux qualifications aux Worlds. Pour une organisation, la pérennité de la direction stratégique, notamment lorsque traduite in-game par le biais du coach, apparaît donc comme un facteur de réussite. Bien que cela ne remplace point le talent initial du roster, l’équipe peut garantir un niveau relativement constant à l’équipe. C’est le cas de Counter Logic Gaming dont Tony « Zikz » Gray est le coach depuis 2015.

Depuis que Zikz est coach, CLG a gagné 2 Splits et s’est qualifiée 2 fois aux Worlds.
Source : Riot Games

D’après les résultats de ces dernières années, on en conclut que certains critères permettent d’évaluer sur papier le potentiel d’une équipe. D’une part, les styles de jeu respectifs des joueurs vont permettre d’anticiper les synergies au sein de l’équipe. D’autre part, la continuité dans la direction stratégique de l’équipe, exprimée par les fonctions support mises à disposition des joueurs.

Que penser du mercato 2017-2018 ?

Suite à l’arrivée des franchises, les recrutements ont été très actifs en NA LCS, amenant l’arrivée de nouveaux imports européens. À part ces départs, les modifications de rosters en EU LCS n’ont pas suscité beaucoup d’intérêt. En Corée, l’intersaison a été relativement calme avec une majorité de prolongement des contrats chez les équipes du haut du classement.

L’un des recrutements les plus importants de LCK est celui de Peanut par les gagnants du segment d’été, Longzhu Gaming. S’il ne fait pas de doute que ce recrutement constitue une amélioration par rapport au rookie Moon « Cuzz » Woo-chan, il faut cependant nuancer cette idée. En effet, comme énoncé précédemment, Peanut a plutôt tendance à tirer avantage des voies gagnantes. En cela, il opérera mieux que Cuzz et pourra même amener plus d’avantages en early game grâce à son pathing plus efficace. En revanche, comme mis en avant par Kelsey Moser pour ESPN, la forte dépendance de LZ sur sa botlane ne pourra être corrigée que si l’équipe venait à diversifier ses stratégies. Avec les changements dans la jungle, il est difficile de prévoir avec certitude l’impact du jungler dans le futur metagame. Néanmoins, il est probable que Kim « Khan » Dong-ha ait besoin de s’éloigner du rôle de carry/splitpusher, pour peut-être mettre en avant d’autres voies. Si cela arrive, il sera alors nécessaire pour Peanut de repenser ses invades dans la jungle du haut. Quoi qu’il en soit, la synergie développée par Peanut et la botlane sous les couleurs de Rox Tigers sera profitable à leur nouvelle équipe.

Les anciens Rox Tigers de Longzhu, posant lors de la Kespa Cup.
Source : Longzhu Gaming (Twitter)

Du côté des NA LCS, l’organisation ayant fait le plus de bruit pendant cette intersaison est probablement Team Liquid. Suite à de nombreuses acquisitions, son roster sera composé de Jung « Impact » Eon-yeong, Jake « Xmithie » Puchero, Eugene « Pobelter » Park, Kim « Olleh » Joo-sung et Doublelift. Pour Xmithie, Pobelter et Olleh, l’aventure ne commence pas avec TL. Ayant été tous les trois chez Immortals l’année dernière, ils considèrent avoir une « longueur d’avance » sur le plan du jeu collectif. Xmithie et Doublelift ayant tout deux été shotcallers, devraient apporter une dynamique macro à l’équipe, composée d’une portion des meilleurs talents de la région. Olleh et Impact étant dans la région depuis un moment, la communication en anglais ne devrait pas être un souci, et les affinités coréennes pourraient même débloquer de nouvelles synergies pour ces derniers. Finalement, le point de questionnement quant à ce nouveau roster porte sur son style de jeu : comment les joueurs vont-ils être capables de se réinventer pour développer de nouvelles stratégies ? S’ils n’y parviennent pas, il est très probable de retrouver  Impact sur des tanks et voir l’équipe drafter des compositions late game autour de Doublelift.

Ces recrutements sont très différents. Pour Longzhu, il s’agit d’un remplacement pouvant être assimilé à une amélioration. Il est alors plus simple de prévoir l’évolution de l’équipe. Pour Team Liquid, même si trois joueurs sont d’anciens Immortals, l’équipe a un visage nouveau. Considérant que les plus vétérans sont Impact et Doublelift, le style de jeu de l’équipe sera probablement impacté par leur compétences et expérience. Néanmoins, plus d’inconnues subsistent dans la mesure où pour les joueurs, l’ensemble des fonctions support seront nouvelles. Il sera donc aussi intéressant de voir de quelle manière les joueurs s’adapteront au management de Liquid. En Europe par exemple, il sera très intéressant de voir comment les joueurs s’adapteront aux changements d’écurie. En effet, pour ceux étant restés en Europe, ils se retrouvent aujourd’hui au sein d’équipes différentes. Les effets positifs ou négatifs liés à l’organisation se feront donc voir, même s’il est probable que ceux-ci apparaissent plus tard dans la saison, et pas dès le début du segment de printemps.

Pour conclure, il faut à mon sens rappeler que le recrutement et l’évaluation sur papier d’un roster constituent, à la base, un pari. S’il était simple de se projeter dans l’avenir, les organisations auraient depuis longtemps trouvé la recette du succès durable sur League of Legends. Ce n’est aujourd’hui pas le cas, et c’est ce qui fait que celles-ci multiplient les méthodes de recrutement.

1 commentaire

bat43
bat43 - 07/01/2018 23h59

très bon article mais yellow chez TSM c'est en 2016 pas 2015. 2015 c'est l'année où c'est lui qui a constitué le roster FNC.

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