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21 sept. 2017 - Hatnuz League of Legends

Jesiz : histoire d'une Odyssée

Jesiz : histoire d'une Odyssée

Sur League of Legends, il y a les joueurs qui ont eu une carrière stable, ceux qui ont un petit peu bougé, ceux qui ont beaucoup bougé, et puis il y a Jesiz. Actuel support de Fnatic, celui que l’on pourrait nommer l'Ulysse de la Faille semble avoir trouvé son foyer après un périple de deux ans en NA. De SK Gaming à Fnatic, en passant par Team Coast, du mid au support avec un détour par le poste d’analyste, nous vous proposons aujourd’hui de retracer l’itinéraire du joueur danois qui a enfin trouvé sa place et marche sur les traces de Yellowstar dans l’équipe qui l’emmène aux Worlds.

Un voyage mythique

Pour beaucoup, le nom de Jesiz apparaît en Europe début 2014 lorsque la structure SK Gaming annonce le retrait surprise d’Ocelote à la midlane et son remplacement par notre bon Jesse Le. À l’époque, il faut tout de même se rappeler que le joueur espagnol est extrêmement suivi et apprécié. C’est donc d’un œil méfiant que l’on observe les débuts de Jesiz aux côtés de Svenskeren. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la saison fut une réussite. Meilleure équipe européenne en saison régulière, SK se fraye un chemin vers sa première finale qu’elle perdra contre... Fnatic, et se qualifie quelques mois plus tard pour les Worlds grâce à sa 3e place au Summer Split. Jesiz est alors acclamé pour sa performance et son jeu sur des champions comme Lulu ou Kayle.

L'équipe qui est restée toute l'année 2014 ensemble et qui est partie représenter l'Europe aux Mondiaux. Crédits : Lolesport.

La Chute

Ces championnats du monde en Corée étaient attendus comme une aubaine, ils sonneront le début de la descente aux enfers pour Jesiz et SK Gaming en général. Quelques jours avant le début de la phase de groupe, Svenskeren est suspendu pour les trois premiers matchs suite à un « Nom d’invocateur offensant » utilisé par le jungler sur le ladder coréen. Cette décision sonne comme un couperet pour la formation qui sera largement pointée du doigt malgré les voix s’élevant contre cette décision jugée arbitraire. Le mal est fait et, malgré une fin de phase de groupe positive, SK sort la tête basse des poules et rentre en Europe sous les huées.

Malgré d'excellentes prestations une fois Svenskeren revenu (ils battent TSM alors considérée comme la meilleure équipe occidentale), SK doit plier bagage la tête basse dans un groupe pourtant sans coréen. Crédits : Lolesport.

N’ayant pas eu grand-chose à se reprocher, Jesiz fait pourtant indirectement les frais de la situation et est gentiment remercié par la structure. On peut imaginer l’état d’esprit du joueur danois qui décide, après tous ces évènements, de tenter l’aventure nord-américaine.

L’aventure Coast & co

Loin de son foyer, Jesiz va vivre une période extrêmement compliquée avec sa nouvelle équipe lors du printemps 2015. Coast ne parvient pas à trouver la recette et essuie revers sur revers pour finalement être reléguée en Challenger Series après un score « record » de 1-17.

« Coast : une autre idée de la performance ». Crédit : gamesoflegends.

Pour le midlaner danois, la désillusion est totale. Quand vous êtes un compétiteur, chaque défaite, aussi minime soit-elle, induit une remise en question personnelle. Après une telle déroute, il est compréhensible que notre infortuné Jesiz veuille se changer les idées. On l'a alors retrouvé à différents postes en backstage, toujours en Amérique du Nord. C’est ainsi qu'en 2016 on aperçoit l’Européen au poste d'analyste chez Dignitas, puis au sein du coaching staff d’Immortals.

Immortals en 2016, c'est avant tout Huni et Reignover qui survolent la compétition... puis ratent les Worlds en trébuchant à la dernière marche. Crédits : Riot Games.

 Des fonctions qui lui ont permis d’avoir une vue « du dessus » vis-à-vis du jeu, toujours bénéfique pour un joueur. Petit à petit Jesiz reprend du poil de la bête et songe à un retour sur le Vieux Continent.

Retour à la maison

Fin 2016, le désormais tacticien Jesiz reste tout de même avec un goût amer dans la bouche, suite au fiasco Immortals qui rate des Worlds qui lui ouvrait pourtant les bras. C'est alors qu'en pleine période de grand nettoyage, Fnatic cherche un support expérimenté et shotcaller potentiel pour épauler Rekkles, quelqu'un qui puisse, le cas échéant, prendre les rennes de la partie et la mener à bon port. Un rôle pour lequel est taillé Jesiz qui accepte très tôt l'offre des Européens (il est annoncé dans l'équipe dès novembre 2016).

Après une année médiocre, la stratégie de recrutement Fnatic est très lisible : c'est principalement européen et expérimenté. Crédits : Esport-betting.com.

N'ayant plus posé la main sur une souris depuis quelques temps, Jesiz retrouve pourtant d'instinct ses automatismes et supplée parfaitement la machine de guerre suédoise à la botlane, formant l'un des duos les plus dominateurs cette saison. Une saison sans titre (pour l'instant... bon, d'accord, on a le droit de rêver non ?) mais ponctuée d'une qualification pour les Play-In des Worlds qui marque le retour de Jesiz dans l'élite européenne, voire plus.

L’apanage du joueur complet

Car oui, Jesse Le a le profil d'un joueur qui ne cherche que la performance et la victoire. Fort de ses expériences passées, il n'appréhende certainement pas des Mondiaux qu'il a connu précédemment et se sent même au meilleur de sa forme actuellement. Lui qui a vécu déboires et désastres, lui qui connait le goût de la défaite mais aussi celui de la confiance, on ne peut qu'apprécier la présence d'un tel monsieur comme représentant européen.

L'un des aspects les plus importants lorsque l'on est le centre décisionnel en jeu, c'est de prendre en compte les besoins de chaque personne à son rôle respectif. C'est l'une des raisons pour lesquelles cette fonction échoit souvent au support : c'est à lui de collecter le plus rapidement possible les informations et d'annoncer la prochaine action.

Le temps où le support se limitait à une mule à ward est bien révolu. Selon Mata, il doit se tenir au courant : des flashs, des ultimes, des wards, des réapparitions des camps, etc. Crédits : Lolwallpapers.

Un rôle que Jesiz apprécie énormément car ses nombreux changements de poste (et d'équipe) lui donnent un panorama beaucoup plus complet de la situation. Il a joué mid chez SK Gaming, puis s'est retrouvé dans le coaching staff, puis est arrivé au poste de support (il avait même fait des essais en tant qu'ADC chez G2 fin 2015). Une telle diversité de rôles et de fonctions ne peut qu'être bénéfique pour Jesiz et Fnatic.

Là où ça en devient miraculeux, c'est que la formation européenne s'était trouvée dans une sorte d'impasse l'année passée, avec un ADC qui prenait beaucoup de ressources et qui ne parvenait cependant pas à mener l'équipe à la victoire. Le jeu s'en trouvait décousu, chaotique et il manquait du liant entre les joueurs. Ce liant s'est formé dès l'arrivée de Jesiz avant d'être complètement opérationnel une fois Broxah aux commandes de la jungle.

La Kennen-Camille, un duo aussi improbable qu'efficace pour Fnatic comme lors de leur victoire contre H2K au Spring Split. Crédits : Lolesport.

Le sens du sacrifice

Depuis son retour en Europe, Jesse Le affiche un visage très serein tant en jeu qu'en dehors de celui-ci.  Confiant sur la capacité de son équipe à battre même les plus grands, il est largement revenu cet été aux micros de Fnatic.tv sur la façon dont il concevait le jeu.

« I still feel underrated » - Jesiz, août 2017. Crédits : Life of Legends S4E5

La dévotion, le partage, l'accomplissement individuel au sein d'une équipe. Jesiz évoque ces notions mais les place toutes en dessous de celle qu'il considère comme « la notion qui définit toute sa carrière : le sacrifice ». Un sacrifice nécessaire pour atteindre un objectif défini, un match, puis l'autre, puis le suivant, etc.

Ces mots prennent beaucoup de sens dans la bouche d'un joueur qui est parti à l'autre bout du monde pour suivre son rêve, avant de revenir auprès de sa famille, qu'il ne voit cependant pas souvent. Selon le support danois, c'est principalement ce qui différencie le niveau des joueurs de manière générale : le prix que l'on est prêt à payer pour parvenir à un but.

Cet état d'esprit, qui s'allie très bien avec le compétiteur absolu qu'est Rekkles, est surtout très intéressant à l'approche des Worlds auprès de jeunots comme Caps ou Broxah, dont le talent ne manque pas, au contraire de l'expérience.

La marge de progression de Jesiz fut énorme cette année, comme le soulignait d'ailleurs l'ADC Fnatic sur scène.

« C'est un joueur avec qui il est très agréable de jouer, son expérience nous est profitable à tous. Bien sûr, en début d'année il était un peu faible car il manquait d'expérience à ce poste, mais il a beaucoup progressé. »

Martin « Rekkles » Larsson

Jesiz participera dans quelques jours à ses deuxièmes Worlds, mais avec une différence significative depuis sa dernière participation. Il a voyagé, s'est trouvé une âme de stratège et retourne dans son foyer européen pour guider les « rookies » du Vieux Continent le plus loin possible vers la victoire finale.

3 commentaires

Dvildoudou
Dvildoudou - 22/09/2017 16h39

Je trouve l'auteur bien indulgent avec le Jesiz 2014.
Il faut se souvenir qu'en 2014 les LCS.eu affichait un niveau de jeu pathétique et Jesiz était peut être encore plus mauvais que les autres et dans mon souvenir même Kerp lui mettait facilement la tête sous l'eau ; il était le maillon faible de son équipe et se faisait clairement porter par Svenskeren et Freddy.
Ce qui rend sa réussite actuelle d'autant plus surprenante.

stratise
stratise - 22/09/2017 17h01

@Dvlidoudou Kerp était honnetement un trés bon Mid a l'époque (je rapelle que c'était un main Top avant et un joueur de Shen xD )mais le niveau de jesiz de 2014 a 2017 était atroce tu veux dire même xD

Hatnuz
Hatnuz - 23/09/2017 17h38

@Dvildoudou Je respecte ton point de vue, mais parler de "niveau de jeu pathétique" n'a pas beaucoup de sens, pathétique par rapport à qui, à quoi, à quand ? On parle d'une méta où la midlane ne présentait absolument aucun intérêt en terme d'agression. Soit le midlaner était un support déguisé, soit c'était une machine à push/dépush. Dans cette optique-là, tous les midlaners européens de cette saison se sont en quelque sorte fait "portés" par leur jungler (qui lui prenait beaucoup plus d'importance avec des picks comme Kha'zix). Durant cette période, Jesiz a tenu son rôle correctement, et à l'interview des joueurs comme xPeke ou Froggen louaient ce joueur. La métagame et le niveau de jeu en Europe en 2014 étaient nazes, mais au pays des nazes, le joueur moyen est roi.

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