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30 nov. 2014 - Cocacolique Divers

L'envers du jeu : n°1, démocratisation

L'envers du jeu : n°1, démocratisation

Dans mon article « Introduction » paru quelques jours auparavant, je parlais de l’évolution artistique du jeu vidéo, de ses débuts à nos jours. Mais le jeu vidéo reste malgré tout un produit de consommation, et comme tout produit de masse, il veut atteindre un maximum de personnes. L’industrie du jeu vidéo se veut aujourd’hui fédératrice, loin d’être le plaisir intime du puceau boutonneux, et s’adapte petit à petit à sa nouvelle cible.

Tous égaux face au Game Over

Abordons très rapidement la simple notion d’amusement, évidente, pour ensuite nous concentrer sur le reste. Depuis toujours, le jeu vidéo propose au joueur de prendre part à une activité ludique et d’atteindre un objectif. Sur le même principe qu’un quiz ou un jeu de cartes, ça occupe et/ou détend. C’est tout bête, mais il est utile de le rappeler. Voilà, ça, c’est fait, passons aux choses sérieuses. Pour comprendre comment s’est démocratisé le jeu vidéo depuis l’an 2000, divisons le jeu vidéo en deux catégories, avec d’abord les jeux « classiques ». C’est la grande majorité des jeux sur consoles et PC, la catégorie qui définit aux yeux de beaucoup l’âme du jeu vidéo. Entre les FIFA, les Street Fighter, les Sim City, les Need For Speed, les Worms et le premier grand jeu vidéo qui vous passe à l’esprit maintenant, il y a toujours eu de quoi faire.

Mais ces jeux demandent du temps pour s’investir, pour apprendre, pour s'imprégner d'une sorte d’éducation vidéoludique généralement acquise pendant sa jeunesse. Comme dirait l’autre, on ne naît pas gamer, on le devient. Mais  beaucoup sont passés à côté de ces automatismes : vous les reconnaissez généralement à la phrase « C’est quoi les touches ? » quand un joueur avec plus d’expérience demandera un renseignement plus spécifique (« Comment tu ramasses une arme ? » ou « La touche du frein à main, c’est laquelle ? »). Car le jeu vidéo demande, pour être apprécié, d’en connaître les codes, de savoir comment utiliser ses doigts, de pouvoir ne faire qu’un avec sa manette.


Non, pas comme ça...

La deuxième catégorie est arrivée en partie pour combler ce manque d’automatismes : les mini-jeux. Ou « jeux de casu », comme dirait l’autre. Là, pas besoin de longs tutoriels, les parties sont courtes, pas de difficulté à retenir quelle touche fait quoi : une souris ou peu de boutons suffisent, quand ce n’est pas carrément le tactile qui s’impose. Généralement gratuits, ne demandant que peu de ressources techniques et extrêmement intuitifs, ces jeux ont un grand rôle dans la démocratisation récente du jeu vidéo, et sont la principale raison pour laquelle il y a autant de gens qui jouent sur leur smartphone entre deux stations. L’arrivée des appareils portables, couplée à la tendance des jeux en flash, ont permis à ces mini-jeux d’être une alternative agréable au temps qui passe.

Que faire après 2048 ?

Mais si les mini-jeux contentent du monde, ils sont parfois trop simples ou mal dosés, et en deviennent alors lassants. C’est là qu’un joueur peut voir ses goûts évoluer et vouloir passer à des jeux plus classiques, toujours dans l’esprit de ne pas retomber dans la monotonie de son trajet matinal. Néanmoins, ce seront la plupart du temps des jeux aux principes clairs tels que les jeux de course ou de plateforme tandis que certaines personnes préfèreront lire un bon livre ou entretenir leur vie sociale à distance. Par contre, ceux qui continuent dans la voie du jeu vidéo sont de plus en plus curieux et cherchent de la diversité dans leurs jeux, pouvant devenir au fil du temps de vrais bons gamers des familles. Certains iront carrément revisiter le passé, avec les roms et émulateurs, logiciels qui permettent de jouer aux anciens jeux console sur son PC ou son smartphone.


Avant, je jouais à Angry Birds. Mais ça, c’était avant.

Après, même chez ceux qui jouent déjà plus, il n’est pas si aisé de changer de jeu. Les codes ne sont pas les mêmes selon les genres, et tout comme avec le joueur occasionnel, il y a une appréhension face à l’inconnu. La peur de ne rien comprendre, la flemme de tout réapprendre, pas envie de mettre une pièce là-dessus alors qu’un GTA Online est déjà très complet – même si les démos multijoueurs et les free-to-play, jeux partiellement gratuits offrant une expérience de jeu réelle bien qu’incomplète sans dépenser un sou, permettent aux joueurs les plus récalcitrants de donner sa chance au produit. Aussi, ce n’est pas la chose la plus agréable que d’être médiocre à un jeu quand on en a maîtrisé un autre. Demandez donc à Michael Jordan ce qu’il en pense. Et puis, l’ennui peut vite arriver, selon les envies de chacun : tout dépendra de l’ouverture d’esprit du joueur, de sa curiosité, de sa volonté à sortir ou rester dans sa zone de confort. Dans cette démarche, c’est nettement plus facile lorsqu’on est accompagné que quand on est tout seul : c’est compliqué de passer à StarCraft quand tous ses amis se contentent de Call of Duty et PES. Heureusement, il y a des communautés actives et des forums spécialisés pour presque tous les jeux à succès, même anciens, le jeu en ligne permet alors de trouver un adversaire de son niveau en quelques secondes, chose impensable il y a quinze ans.

Et puis Nintendo s'en mêla

Un autre facteur a bouleversé le jeu vidéo et permis sa démocratisation : le parti pris de Nintendo, qui sort la DS en 2004, amenant le tactile dans le jeu vidéo, puis en 2006 la Wii, deux consoles qui se sont affranchies des standards du jeu vidéo. Avec ces créations, le constructeur nippon visait très clairement les néophytes : avec sa Wiimote, une manette qui n’a rien à voir avec ce qu’on a pu connaître et qui en a dérouté beaucoup, en incluant la détection de mouvements ou le tactile dans pratiquement tous ses jeux, forçant plus ou moins les joueurs à s’y mettre, et en misant sur des jeux conviviaux et simples voire mignons tels que Wii Sports, Nintendogs ou Just Dance plutôt que sur de meilleurs graphismes ou le online. Consoles impopulaires chez une part des gros joueurs à cause de ces défauts mais qui se sont malgré tout très bien vendu, la Wii et la DS ont supprimé des obstacles qui repoussaient beaucoup de monde, et ont même permis l’apparition du jeu vidéo dans les soirées, même si entre nous, on n’a pas attendu les Lapins Crétins pour geeker entre potes le samedi soir.


Si même Michèle Laroque s'y met maintenant...

En misant sur l’accessibilité plutôt que sur la qualité, certains acteurs du jeu vidéo ont su se trouver une nouvelle clientèle, en lui prenant la main du début à la fin, comme en témoignent les pubs pour jeux Wii, montrant des gens y jouer plutôt que le jeu lui-même. Désormais, le jeu vidéo se vit aussi en famille, entre filles, chez la Reine d’Angleterre et même en maison de retraite, chose elle aussi impensable il y a quinze ans. Encore quelques années et le jeu vidéo sera aussi populaire que le cinéma. Espérons juste que nos développeurs adorés n’en oublient pas de faire de bons jeux.

 

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9 commentaires

Karott
Karott - 30/11/2014 12h26

Le jeu vidéo se retrouve même au MOMA à New-York, et se découvre une place dans les "médias classiques" (je pense à "Le Monde", notamment, et parfois même le journal de 20h, qui est plutôt l'institution de nos parents). C'est aussi bien son poids économique que ses qualités artistiques qui sont désormais reconnus. :)

Enfin quand ils ne lui tapent pas dessus, évidemment... il y a encore du taff pour convaincre tout le monde, mais c'est fou comme les choses ont changé !

Cardey
Cardey - 30/11/2014 16h25

se découvre une place dans les "médias classiques" (je pense à "Le Monde", notamment, et parfois même le journal de 20h, qui est plutôt l'institution de nos parents).

quand tu parles de génération de nos parents je connais énormément de quarantenaires jouant aux jeux vidéos ( je ne parles pas des jeux facebook hein :p ) après je ne sais pas si tu es de la même génération que moi ou plutot de la génération de mes parents justement ce qui change un peu le sens de ta phrase ^^.

Sympa comme article juste pour Nintendo ils ont quand même des jeux bien hardcore gamer dans l'âme avec Pokemon et Monster hunter pour ne citer qu'eux :p.

Swiier
Swiier - 30/11/2014 17h37

L'article en soit est sympathique, mais j'ai deux problèmes concernant le fond :

- "Et puis Nintendo s'en mêla" : Nintendo n'est pas responsable des jeux casu. Il a certe créer des consoles pour ce type de jeux mais presques tous les jeux sortis par Nintendo (je parles des Mario, Zelda, Metroid etc) dont des jeux appartenant à la première catégorie. "Qu'en est-il des Mario Party, Wii Music, Wario Ware Inc et ces jeux de mini jeux ?" Déjà Mario Party existe depuis la Nintendo 64, et j'ai dit presques tous les jeux. Les éditeurs de jeux et les développeurs sont responsables. C'est eux qui ont fait ces jeux.

- "La deuxième catégorie est arrivée en partie pour combler ce manque d’automatismes : les mini-jeux. Ou « jeux de casu », comme dirait l’autre. Là, pas besoin de longs tutoriels, les parties sont courtes, pas de difficulté à retenir quelle touche fait quoi : une souris ou peu de boutons suffisent, quand ce n’est pas carrément le tactile qui s’impose." : donc Super Meat Boy est un jeux de casu ? (4 boutons : gauche, droite, sprint, saut), Monster Hunter 3 Ultimate aussi puisque c'est sur 3DS (dont tactile). Bien sûr il est difficile de déterminer ce qui est un jeux de casu, comment le définir. Mais là, la définition regroupe trop de jeux dont certains ne sont pas du tout casu.

Et puis, on reproche de nombreuses choses aux jeux casu, et aux casuals gamers, mais c'est eux qui permettent aujourd'hui cette médiatisation des jeux vidéos. Les Expos en France (PGW, TGS, Japan Expo / Comic-Con, etc) n'auraient pas autant de succès sans eux.

Karott
Karott - 30/11/2014 18h38

quand tu parles de génération de nos parents je connais énormément de quarantenaires jouant aux jeux vidéos ( je ne parles pas des jeux facebook hein :P ) après je ne sais pas si tu es de la même génération que moi ou plutot de la génération de mes parents justement ce qui change un peu le sens de ta phrase ^^.

Je pense que je suis entre les deux :) J'ai passé la trentaine, et mes parents font partie d'une génération qui, pour ce qui est de s'informer, utilise encore davantage la télévision et les journaux (de moins en moins pour ces derniers).

MonRichou
MonRichou - 01/12/2014 11h35

Article très bien écrit !
Continuez comme ça !

Chtulu
Chtulu - 01/12/2014 14h38

Je me sens concerné par cet article très vrai et je me permets d'ajouter que si le jv n'est pas aussi populaire que le ciné il rapporte plus d'argent. Je joue aux jv depuis l'enfance d'abord sur console de la SNES à la PS3 puis sur PC depuis 2008. J'aime le challenge mais pas une difficulté poussive sauf quelques exceptions comme les excellents Super Meat Boy, The Binding of Isaac, Dark Souls et I wanna be the guy. Les jeux consoles m'ont déçu à partir de la PS3 car moins de bons jeux, trop faciles et trop courts avec une rejouabilité très faible. Dégouté par les jeux AAA actuels je me suis tourné vers le PC en 2008 d'ailleurs mes vieilles consoles prennent la poussière et j'ai retrouvé la passion du jv même si j'ai du apprendre les nouvelles mécaniques et me soumettre aux exigences du HL inexistant sur console. Aujourd'hui je joue exclusivement sur PC surtout aux jeux Blizzard et parfois aux jeux indes et je regrette de ne pas m'y être mis plus tôt parce que j'ai raté notamment Warcraft 3, Diablo 2, et Wow Vanilla mais il faut se dire aussi qu'à l'époque il n'y avait pas Steam, tlm n'avait pas internet et comme aujourd'hui les magasins de jeux vidéos sont remplis de jeux consoles et à peine 1 rayon dédié au PC si on est chanceux quand ce n'est pas rien du tout.

Je ne regrette pas d'avoir laché les consoles pour le PC, j'ai retrouvé le plaisir du jeu et mon porte monnaie s'en porte mieux et je pense que sans Blizzard j'aurais abandonné le jv, merci Blizzard :D

Chtulu
Chtulu - 01/12/2014 14h43

Désolé pour le double post mais pas de fonction "éditer"

Attention à ne pas trop simplifier les jeux vidéos au risque d'attirer une communauté immature et irrespectueuse comme c'est le cas sur League of Legends. Riot est dépassé, le tribunal est inutile et il est impossible d'y trouver du plaisir si on n'est pas avec 4 amis tellement la communauté est odieuse en fili solo/duo.

Cocacolique
Cocacolique - 02/12/2014 05h47

@Swiier :

Réponse au premier paragraphe : quand je dis "Nintendo s'en mêla", c'est que la firme niponne a donné aux concepteurs une console qui leur a permis de passer à la vitesse supérieure niveau jeux de casu. Il y en avait déjà avant, mais la Wii a en quelques sortes officialisé et centralisé le jeu occasionnel autour d'elle à coups de marketing et de pédagogie. C'était pas pareil quand il fallait aller sur des sites pas forcément connus pour trouver des jeux en flash, parfois mal codés ou au son affreux, quand ce n'était pas simplement mauvais ...

Je réponds maintenant au deuxième : un jeu de casu est forcément un jeu simple d'accès, mais un jeu simple d'accès n'est pas forcément un jeu casu. Trackmania, SMB, Mario Kart et même Pokémon ont tous un gameplay simple et pourtant ce sont quatre jeux adorés des compétiteurs ou des speed runners et auxquels j'ai joué ou joue encore assidûment.

Enfin, aucun reproche n'est fait aux jeux de casu. Il faut de tout dans le paysage vidéoludique, et même le plus gros des gamers aime casser des briques de temps à autre. Le vrai reproche est plutôt pour les gros jeux qui se casualisent pour vendre plus, perdant de leur subtilité, et du même coup de leur mordant. Ah, si seulement les frères Houser bossaient chez Activision ...

Swiier
Swiier - 02/12/2014 09h57

@Cocacolique

Réponse au premier paragraphe : J'avais bien compris ce que tu voulais dire dans l'article. Moi ce que je voulais dire, c'est que même si Nintendo a donné les "armes" (les consoles) pour les éditeurs pour faire des jeux casu, il a aussi montré que des jeux "hardcore" pouvait exister. Les divers jeux Zelda (que ce soit sur DS, 3DS ou Wii) sont plutôt hardu. Idem pour les Metroid ou certains Mario. Le problème c'est que de nombreux éditeurs ont profités des bonnes ventes des consoles Nintendo pour sortir des étrons (Crazy Frog Racer, Bienvenue chez les Chtis). Et les éditeurs qui ont pris des risques au final ont réussi à faire de très bons jeux : Xenoblade Chronicles, The Last Story et Pandora's Tower, Monster Hunter 3 Ultimate, les Resident Evil, etc la liste est longue)

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