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09 août 2016 - Perco StarCraft 2

Les chroniques d'un joueur lambda #26 : miroir, mon beau miroir

Les chroniques d'un joueur lambda #26 : miroir, mon beau miroir

Pour le grand et regretté Pierre Desproges, le cintre est le plus grand ennemi de l’Homme. C’est faux, c’est le miroir.

Réfléchir avant d’agir

Le match miroir, celui dans lequel on fait face à sa propre race, son propre sang, est un crève-cœur. Mêmes possibilités, même départ, même but. Au lancement d’un miroir, tout est pure égalité, parfaite symétrie. C’est la justice sportive à son paroxysme, une équité qu’aucune autre activité ne peut offrir, à l’exception des échecs. L’harmonie règne, le « glhf » de début de partie paraît franc et sincère.

Environ 30 secondes plus tard, tout explose en vol.
 


 

C’est incroyable à quel point le statu quo peut exploser en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « Merdemerdemerdemerde… il me allin ! ». Donnez les même armes à deux adversaires et l’un va vider un chargeur de loin tandis que l’autre va lui taper dessus à coup de crosse. De petites subtilités infimes, un reaper à la place d’un marine, un drone de plus ou de moins, un timing de blink, et c’est face à une quatrième race que vous vous retrouvez. Face à vous un être qui vous ressemble, vous est familier mais un faux-frère, un proche étranger.
 


 

Vous allez me dire « Ben oui mon con, c’est justement un jeu de stratégie, c’est le principe ». Certes, c’est exact et inévitable, j’en conviens. Reste que cela provoque une marée de sentiments contradictoires assez amusants.

Reflet changeants

Car voilà le paramètre agaçant : la conscience de la parfaite justice inhérente au match miroir vous prive de l’un de vos droits fondamentaux de gamer : le sac à excuses.

« Ouais mais cette unité c’est pété »… ah ben non, vous l’avez.

« Ouais mais cette carte elle est pro-telle race »… ah ben non du coup, ça ne marche pas.

« Ouais mais cette stratégie aussi, c’est imba »... mais, du coup, pourquoi je fais pas la même moi ?

« Ouais mais le mec il écoute mes imputs sur le stick arcade »... mais qu’est-ce qu’elle fait là cette excuse ? Elle est mal rangée. Allez, zou, retour dans le sac à excuses de versus fighting.
 


Comme souvent, le fantastique Luc Damas

 

La défaite en match miroir est la plus amère de toutes, car elle vous laisse seul, pantelant, devant votre propre médiocrité. Aucun paravent, même tissé de mauvaise foi, pour vous remonter le moral. Vous avez pris une dérouillée au premier round dans la même catégorie de poids, K.O pur et simple.

Impossible de vous laisser souffrir plus. Il faut trouver une solution, bosser le matchup, réviser les BO, améliorer le scouting, upgrader la micro....Ou alors on cherche de nouvelles excuses pour notre sac. Ouais, on va faire ça plutôt, hein, ça ira plus vite. On doit bien pouvoir trouver des choses qui marchent même dans ce cas là, après tout la malhonnêteté intellectuelle est sans bornes. Je propose :

Le lag : ahhh, ce bon vieux lag, toujours là quand il faut. Votre échec est, évidemment, lié à une réponse trop tardive du jeu. C’est pratique, ça marche avec tout. Mauvaise micro ? Le lag. Macro défaillante ? Le lag. Pauvreté dans le monde ? Le lag.

Le matériel : toujours accuser ses outils, c’est imparable. On raconte qu’en salle de jeu de paume, après une réception manquée, Henry IV lui même prononça ces mots restés célèbres : « Oui mais aussi, j’ai pas mon stuff ».

Deux belles excuses magiques, infaillibles et déclinables à l’envie qui permettent d’habilement contourner la logique et de nier l’évidence, c’est pas beau ça ? Un filet sécurisant pour, enfin, aborder tranquillement les matchs miroir avec l’assurance de conserver le respect de vous-même par-delà la défaite.

Miroir, mon beau miroir, dis moi qui est le plus fort.
C’est peut être bien l’autre, mais c’est la faute à la souris qui coince.

 

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