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06 sept. 2016 - Perco StarCraft 2

Les chroniques d'un joueur lambda #30 : Canal historique

Les chroniques d'un joueur lambda #30 : Canal historique

J’aime bien poser ma souris pour regarder une compétition de StarCraft. Oublier la concentration, la tension et me détendre. Enfin me détendre…

Quoi de mieux pour relâcher la pression finalement ? Une belle affiche avec du Coréen dedans, des commentaires techniques ou drôles selon mon humeur du jour, les doigts de pieds en éventail, un petit verre de vin à la main et le chat de discussion pour le petit aspect communautaire.

Ah oui, le chat… du coup il me faut tempérer.

Chatroulette russe

Précisons tout de suite, il ne sera pas question ici des classiques trolls / râleurs / kévins que l’on retrouve sur tous les canaux de discussions du monde et pour lesquels la fonction /ignore est ma meilleure amie. Ceux-là sont comme les moustiques un soir d’été en Camargue. Pénibles, pugnaces et désagréables mais peu surprenants. On savait que l’on allait les croiser en venant, ils sont là, sans surprise.
 


Par Sergey Lesiuk

 

Si l’on retire la compagnie des boulets de l'équation, ne nous retrouvons-nous pas finalement entre gens de goût ? Entre esthètes du beau jeu bref, disons-le, entre connaisseurs ? N’est-ce pas l’objectif au fond, le petit plus qui fait la différence et transforme une foule, même virtuelle, en communauté ?

Sans doute oui, mais l’afficionado d’eSport, le tifozzi sur canapé n’est pas que passionné et admiratif. Il est aussi foutrement précis, exagérément pointilleux. Ne pas mesurer ses mots au gramme près sur un chat eSportif, c’est invoquer la grande confrérie des comptables de l’enfer. Votre sang sera sucé instantanément, votre âme souillée à jamais. Le vrai fan vous observe, il vous jauge et attend la faute. Après quoi il vous abat froidement et urine sur votre cadavre.

Erreur boréale

Observons un cas typique de glissade. Plantons le décor : le Zerg coréen soO joue un match de GSL contre, disons, le Terran coréen INnoVation. Les joueurs s’observent, ça se renifle la troisième base, on drope pour dire que l’on fait quelque chose. L’air est calme, les casteurs parlent de fraises des bois, le chat débat tranquillement pour savoir si l’émote « baguette » est plus gracieuse ou pas que l’emote « Kappa ». On est bien, détendus, pas méfiants. Ah ben tiens, j’ai bien envie d’écrire quelque chose dans le flot de discussion, j’ai pas fait un compte Twitch pour rien tout de même.

Innocent 1 : « Coucou les gens… Sympa cette partie. Enfin, dommage que soO lutte pour rien. Quoi qu’il arrive, il va finir par perdre en finale de GSL, ça fera jamais que quatre fois :).

I_im_best_than_Zest : ...

Dear_prend_moi_851 : Tu as dis quoi là ? Tu as osé dire QUOI ?!!!

Poète_bien_monté : Mireille, sors les calibres, y a un type qui dit une connerie sur le chat.

Pacifiste19 : J’vais me le faire, oh putain j’vais me le faire. »


Dans ce cas, un smiley ne vous sauvera pas. Il est déjà trop tard. L’irréparable a été commis, le sacré foulé aux pieds.


 

Ah mais je vois que certains, qui n’ont honteusement pas consacré dix heures par jour à lire les pages Liquipedia détaillant les formats des compétitions et les statistiques des joueurs, sont un peu circonspects… revoyons l’action au ralenti pour eux :

Ça y’est ? Vous l’avez vu ce bout de phrase ? Accrochez-vous aux branches, retenez votre stupeur : c’est faux, c’est une erreur. 

En effet, le fameux soO a déjà perdu quatre finales de GSL, une défaite de plus le conduirait à cinq (et au titre éternel de Poulidor de StarCraft par la même occasion mais bref).

À Thor ou à raison

« Bon… la belle affaire. » me direz-vous. Pauvres fous, heureux innocents, vous êtes sur les terres des tableaux Excel humains, des Superordinateurs de la statistique. On n'est pas là pour rigoler foutredieu, c’est de l’eSport, de l’eSport ! Blaguer sur les guerres dans le monde, la pauvreté ou la souffrance des enfants ça va, c’est admis, mais sur une stat ?! « Not on my watch » vous reprendra le chat.

Vous me direz, c’est sans doute pareil pour les amateurs de sports traditionnels. Pas tout à fait. Le champion de football ou de rugby en pantoufles, par exemple, use plutôt de la technique de la remarque condescendante. Au malheureux imprécis, il répondra par le dédain, drapé dans sa robe d’exactitude. Sur StarCraft II, la bonne réponse va vous être enfoncée dans le gosier jusqu’à ce qu’on en voit un bout ressortir de l’autre côté. C’est de la pédagogie à balles réelles.
 


 

Au fond, on « chat » comme on joue : à guetter la petite erreur en face pour s’engouffrer dans la faille et bourrer avec tout ce que l’on a (que celui qui a dit « ça me rappelle une ex » meure de honte et s’exile à jamais).
Voilà aussi pourquoi la vaste majorité des spectateurs d’eSport restent mutiques, imperméables à la soi-disant  « plus-value communautaire » offerte par les canaux de discussion instantanée. Pas grand monde n’aime être reçu à coups de pelle.

Pour vivre heureux, vivons muets ?

2 commentaires

Fouki
Fouki - 07/09/2016 14h16

Excellent papier... et tellement vrai ! :)

ogamingboby
ogamingboby - 09/09/2016 12h38

"ça fera jamais que quatre fois" ...tu as osé... Je ne comprends même pas comment tu oses encore poster, pourquoi on ne t'a pas immédiatement coupé les deux mains pour t'apprendre le respect, et t'empêcher d'agresser les autres avec tes inepties de béotien !!

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