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30 mai 2018 - Bobinou League of Legends

Les games de légende : SKT T1 - Edward Gaming

Les games de légende : SKT T1 - Edward Gaming

Vous voulez découvrir des games mythiques ? Vous replonger dans vos vieux souvenirs ? Ou vous pensez simplement que LoL c'était mieux avant ? Dans tous les cas, cette chronique est faite pour vous. Au programme de ce septième épisode : une première historique et la chute d’un géant. Voici SKT T1 – Edward Gaming, finale du MSI 2015 !

Dimanche dernier, les Chinois de RNG ont réussi l’impensable : s’adjuger le titre de vainqueur du MSI. Un exploit majeur lorsque l'on sait que depuis le début de la saison 3, soit le début du véritable développement de la scène coréenne, toutes les compétitions internationales organisées par Riot avaient été remportées par cette région. Toutes ? Non. Car une compétition a résisté à cette fatalité : le MSI 2015. Retour sur sa finale de légende : SKT T1 - Edward Gaming.

Renverser les rois

La Corée est la région la plus dominante historiquement sur League of Legends. Cette affirmation n’a toutefois jamais été aussi vraie qu’en saison 4, durant laquelle on peut raisonnablement affirmer que les cinq meilleures équipes au monde étaient toutes coréennes. À cette époque, les grosses écuries profitent toutes du fonctionnement de l’OGN, qui autorise chaque structure à posséder deux équipes « jumelles », pouvant toutes deux participer aux grandes compétitions. L’apogée de ce système a lieu aux Worlds 2014, lorsque Samsung White bat en demi-finale sa petite sœur, Samsung Blue, avant de filer vers un titre de champion du monde, acquis avec une facilité déconcertante.



​En remportant les Worlds chez eux, au Seoul World Cup Stadium,
Samsung White écrit le point final d'une saison 4 parfaite pour la Corée.
Crédits : Riot Games

 

L’héritage de l’empire Samsung

Seulement, durant la transition vers la saison 5, Riot choisit de redistribuer les cartes, en annonçant la limitation à une équipe unique par structure. Cette décision met fin à l’empire installé par les grandes marques coréennes, laissant plusieurs d'entre elles avec une équipe en trop sur les bras. Une région saisit alors cette opportunité : la Chine. Aidées par l’arrivée de nouveaux investisseurs financiers, les équipes de l'Empire du Milieu réalisent un véritable pillage au sein des effectifs du pays du Matin calme, n’hésitant pas à aligner de gros chèques pour s’attirer les services des meilleurs joueurs.
 


​Symbole de l'exode coréen en Chine, Deft est élu MVP du Spring Split de la LPL.
Crédits : Riot Games

 

Parmi ces équipes, une attire particulièrement l’attention : Edward Gaming. Déjà championne en titre de la LPL, grâce à son jungler superstar Clearlove, elle se renforce encore en recrutant deux joueurs issus de Samsung : l’AD carry Deft et le midlaner Pawn. Cet amalgame mi-coréen mi-chinois confirme rapidement les espérances placées en lui : EDG achève la saison régulière sur un bilan impressionnant de trente-huit victoires pour six défaites, agrémenté d’une victoire aux Regional Finals. En grande progression par rapport à l’année passée, l’équipe est portée par Deft, meilleur joueur de ce début de saison, et la qualité ébouriffante de ses teamfights.
 


​Avec ses deux ex-Samsung, sur le papier, EDG fait peur à tout le monde.
Crédits : Riot Games

 

C’est donc en favori que EDG se présente au Mid Season Invitational 2015, le nouveau tournoi de mi-saison de Riot Games. Pour sa première édition, le MSI met aux prises les équipes championnes de chacune des six plus grandes régions. Parmi elles, une seule paraît avoir les moyens de rivaliser avec les Chinois : SKT T1.

Le MSI, réunion au sommet

Champions de Corée et du monde en saison 3, SKT est alors imbattable. Mais son niveau décline toutefois au fil de la saison 4, au terme de laquelle elle échoue à se qualifier pour les Worlds. Le grand exode du début 2015 ramène cependant l’équipe sur le devant de la scène. Kkoma, son coach historique, réussit à reconstituer une line-up performante, emmenée par Faker, le meilleur joueur du monde. Avec les nouvelles règles de la saison 5, SKT se paie même le luxe de remplacer le prodige sur certaines parties, en alignant Easyhoon à sa place pour déstabiliser ses adversaires. L’équipe bénéficie surtout d’un fort ascendant psychologique sur ses opposants : cela fait deux ans qu’on n'a pas vu des Coréens perdre un tournoi international d’envergure. Et c’est cette invincibilité que EDG compte bien entamer au MSI.
 


​Assez logiquement, SKT et EDG finissent en tête de la phase de groupes.
Crédits : Leaguepedia

 

Malgré un parcours mouvementé, l’affrontement tant attendu entre les deux mastodontes a bien lieu en finale, au Donald L. Tucker Center, en Bo5, le 11 mai 2015. D’entrée, SKT aligne Easyhoon. Le sub coréen permet à SKT de gagner la première manche, mais EDG l’emporte dans les deux games suivantes, dans le sillage de Deft et n’a besoin que d’une victoire pour remporter son premier titre international. Plus le choix : Kkoma lance Faker dans le grand bain. Sous pression, le capitaine impressionne sur Kassadin et permet à SKT de recoller au score. Les deux équipes doivent donc s’affronter dans un cinquième match à quitte ou double, durant lequel les Chinois vont réussir l’impossible : renverser les rois.

Trois raisons pour lesquelles cette game doit impérativement être vue

1. Parce que Edward Gaming version 2015, dans la plus pure tradition agressive chinoise, était quand même un régal à voir évoluer. Et qu’elle a pavé la voie aux équipes de la LPL actuelle, RNG en tête.

2. Parce que ce MSI 2015 était une compétition terriblement excitante. Des séries serrées, du drama inter-région, la bonne performance de Fnatic et du suspens jusqu’au vainqueur final…

3. Parce que c’est le match des premières historiques. Première fois que la Corée ne remporte pas une compétition internationale depuis le début des LCS. Première finale perdue dans son histoire pour SKT. Et, surtout, première défaite de Faker sur LeBlanc, après plus de deux ans d’invincibilité.

La draft et le déroulement de la game

Le but de cette chronique est de redécouvrir quelques-unes des meilleures parties de LoL de l’histoire. Nous vous conseillons donc vivement de regarder celle-ci (qui commence réellement à 6:05). Vraiment, de la draft à l’exécution du plan de jeu d’EDG, ça vaut le coup.
 


 

Si vous manquez de temps, vous pouvez regarder seulement les meilleurs moments de la partie, ci-dessous. Dans tous les cas, la suite de l'article décrit les événements de la partie et ses rebondissements et soyez-en certains, il y en a beaucoup.
 


 

La draft

La kryptonite de Faker

Avant cette game, Faker n’a jamais perdu le moindre match officiel sur LeBlanc, en douze rencontres. Logiquement, l’assassin a donc été banni lors des quatre premières games. En la laissant disponible pour cette dernière manche, EDG entrouvre une porte dans laquelle SKT s’engouffre, poussée par les vivats de la foule. Les Chinois révèlent alors leur secret pour contrôler LeBlanc : Pawn sélectionne une Morgana au mid. Très peu utilisée à ce rôle, Morgana est clairement choisie en tant que contre direct à la Leblanc, dont elle empêche les assassinats grâce à son Bouclier noir et qu’elle peut acculer sous sa tour en poussant avec sa Terre maudite.
 

En laissant Leblanc à SKT, EDG fait face au meilleur midlaner de la meta,
mais aussi au personnage préféré de Faker.

 

En empêchant Faker de gagner la game à lui tout seul, EDG place son destin entre les mains de Clearlove, qui sélectionne une Evelynn. Avec ce champion très peu meta, le jungler souhaite créer une paranoïa en mettant la pression sur toute la carte et en rendant inutile par son invisibilité la vision et le contrôle d’objectifs qu’est normalement censé apporter Nunu, le champion choisi par Bengi. D’un côté, SKT repose sur des lignes très fortes, avec LeBlanc, Gnar et Urgot. De l’autre, EDG a une composition basée sur les escarmouches surprises, avec Alistar, Mao’kai et bien sûr Evelynn.




​La draft finale de ce match, avec une compo très standard pour SKT
en comparaison du pari effectué par EDG.
Crédits : Riot Games

 

La game

Dès les premières minutes, on sent la paranoïa installée par le pick Evelynn dans les rangs SKT. Pour se débarrasser de cette peur, une seule solution : la débusquer. SKT opte donc pour un schéma assez simple : Wolf, son support, est envoyé dans la jungle ennemie et est chargé de donner sa position en permanence.

Le casse-tête chinois

C’est pour cela qu’au bout de deux minutes, Wolf se trouve aux fantômes en train de ward. Seulement, ce gain d’information a son coût. Une minute plus tard, lorsque EDG est en train de pousser sur la botlane, il est en retard pour aider Marin, ce qui coûte la vie aux deux joueurs des SKT. Dès lors, le début de partie de Wolf, qui a pris beaucoup de retard sur cette action, vire au cauchemar. Il meurt à nouveau à la sixième minute, donnant l’avantage à EDG.
 


​Mauvais départ pour le support de SKT, Wolf, qui joue là son premier tournoi international.
Crédits : Riot Games

 

Pendant ce temps, au mid, Faker est de toute évidence gêné par Pawn. S’il devance légèrement son vis-à-vis en termes de farm, il n’arrive pas à avoir de l’impact, ni à travers ses décalages, ni en tuant la Morgana. Toutefois, les Coréens ne lâchent rien et restent au contact, jusqu’à la dix-septième minute, moment qui précipite définitivement la game et son issue. Suite à une avancée un peu trop agressive des SKT pour une tourelle, EDG engage un cinq contre quatre et parvient à éliminer trois adversaires, s’octroyant 1 500 golds d’avance.

Le rouleau compresseur EDG

Cette position de leader, EDG ne la quitte plus. Vers la vingtième minute, les Chinois sortent vainqueurs d’un combat au dragon grâce à deux bonnes cages de Morgana. Deux minutes plus tard, alors que SKT est en train de s’emparer d’une tourelle, Pawn touche encore coup sur coup trois cages, sur Wolf, Bang et Marin, causant irrémédiablement la mort des trois joueurs.
 


​Nette domination d'EDG (à droite), portée par Pawn, malgré la belle résistance proposée par Faker.
Crédits : Riot Games


À partir de ce moment, l’avance acquise est trop importante. Profitant de leur force en escarmouche, les EDG déroulent leur composition et remportent tous leurs combats d’équipe, augmentant inexorablement leur avance. Porté par son orgueil de champion, SKT empêche longtemps la prise d’inhibiteur et se prend à rêver d’une éventuelle remontée.

Mais les Chinois ne l’entendent pas de cette oreille. Grâce à un bon téléport de Koro1, ils arrivent à attaquer SKT sur le flanc, à débloquer un inhibiteur et à se diriger directement vers le Nashor. En essayant vainement de le défendre alors qu’elle ne bénéficie d’aucune vision, SKT tombe dans un piège implacable au cours duquel Marin et Faker perdent la vie. Dès lors, EDG n’a plus qu’à s’engager au mid pour la poussée finale, qui ne souffre d’aucune contestation. Contre toute attente et en déjouant les lois des statistiques, Edward Gaming réussit l’exploit : offrir à la Chine sa première grande compétition internationale.



EDG est la première équipe hors Corée à remporter un tournoi organisé par Riot depuis Taipei Assassins en 2012.
Crédits : Riot Games 

 

L’après-game

Après cet affrontement d’anthologie, les deux équipes se rendent aux Worlds en grands favoris, pour des destins finalement opposés. EDG déçoit en s’inclinant sèchement 3-0 en quarts contre Fnatic. Si l’équipe, toujours emmenée par Clearlove et Meiko, reste aujourd’hui la plus titrée de Chine, avec cinq titres de championne de la LPL, elle n’a jamais vraiment réussi à bien figurer à nouveau à l’international.
 


Destins opposés aux Worlds pour les deux protagonistes de ce match.
Crédits : @Leaguepedia


À l’inverse, la défaite au MSI a fait office de déclic pour SKT. Aux championnats du monde, les Coréens ne laissent que des miettes à leurs adversaires et s’adjugent le titre sans difficulté. Mieux, ils doublent la mise en 2016, cimentant leur statut de meilleure équipe de tous les temps. Malgré quelques contre-performances au printemps dernier, les trois survivants de cette finale, Faker, Bang et Wolf, espèrent toujours accrocher un quatrième trophée en octobre prochain.



Déception du MSI vite oubliée pour Kkoma et ses joueurs, qui fêtent ici leur victoire aux Worlds.
Crédits : Riot Games

 

Le MVP de la partie

Pawn – Morgana – 7/2/15



Pawn évolue désormais sous les couleurs de KT, avec qui il a fini troisième de la LCK au Spring Split.
Crédits : Riot Games

 

Et le Pion mit le roi Faker en échec. Ce match de Pawn est l’exemple typique de comment un pocket pick, s’il est sorti au bon moment, peut poser des problèmes insolubles à l’équipe adverse. Toutes les escarmouches à partir de la quinzième minute ont été remportées grâce à sa capacité à toucher ses cages. Face au défi que représentait l’invincible LeBlanc de SKT, Heo Won-seok a été plus qu’à la hauteur.

Le move de la partie

6:40 dans la game : alors que la botlane SKT bat en retraite sous sa tourelle, Meiko décide de flash-in puis d’asséner un coup de tête au Nautilus de Wolf. Son timing est si parfait qu’il parvient à annuler l’incantation de son ancre en direction du mur. Sans moyen de s’échapper, le joueur coréen est condamné à mourir.
 


 

C'est fini pour cette game de légende ! On se retrouve dans deux semaines pour se plonger à nouveau ensemble dans l'histoire de LoL !

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