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02 mars 2018 - Bobinou League of Legends

Les games de légende : TSM - UoL, 2014

Les games de légende : TSM - UoL, 2014

Vous voulez découvrir des games mythiques ? Vous replonger dans vos vieux souvenirs ? Ou vous pensez simplement que LoL c'était mieux avant ? Dans tous les cas, cette chronique est faite pour vous. Au programme de ce premier épisode : un Twisted Fate dans la jungle et des licornes roses. Voici Team SoloMid - Unicorns of Love, demi-finale des IEM San Jose 2014 !

Il était une fois l’an de grâce 2014. Une nouvelle équipe arrive sur la scène européenne. Son nom : les Unicorns of Love, les licornes de l’amour. Son logo : une licorne rose. Son principal fait d’armes : une qualification aux LCS arrachée 3/2 face à Millenium. Et si on pensait que rien ne pouvait être plus féérique que ça, c’était avant de la voir jouer. C’était avant de voir Team SoloMid – Unicorns of Love.

Le conte de fées de UoL

Une équipe sortie de nulle part

Evidemment, aujourd’hui, Unicorns of Love fait partie du décor et des historiques des LCS EU. Mais à l’époque, c'est un OVNI, une espèce d’équipe venue d’ailleurs, au look et à la communication complètement improbables. La réalité est assez fidèle à l’image qu’on pourrait se faire d’elle : UoL est une toute petite structure de potes, constituée autour de Viziscasci et Hylissang, leur toplaner et support de l’époque, et Sheepy, leur coach, dont le père est aussi le manager de l’équipe. Une structure familiale donc, mais qui se retrouve propulsée dans le grand bain avec l’arrivée de Gilius, PowerOfEvil et Vardags aux rôles de jungler, midlaner et carry AD. Ensemble, les joueurs parviennent à se qualifier aux LCS à l’arrache, en obtenant le dernier ticket pour le Spring Promotion Tournament à l'issue de toutes les phases préliminaires (Summer Series, Summer Playoffs). Au cours du tournoi de promotion, ils affrontent des équipes déjà présentes aux LCS pour s’emparer de leur spot. C’est cette qualification qui établit la réputation de l’équipe : menée 2-0 par Millenium, elle finit par l’emporter 3-2, notamment grâce à la Poppy de Viziscasci, à une époque où le champion n’a pas encore bénéficié d'un rework, et n’a pas été vu sur la scène compétitive depuis près de deux ans.
 


Ambiance détendue chez UoL, quelques jours après leur qualification aux LCS.
Source : Unicorns of Love

 

Cette innovation constante est la marque de fabrique de UoL : à chacun des postes, les joueurs possèdent un pool de champions très large, qui leur permet d’être tout le temps très surprenants dans leurs drafts. Cette tendance est encore renforcée par l’arrivée de leur nouveau jungler, Kikis, qui rentre parfaitement dans cet esprit. Particulièrement, un de leurs joueurs détonne de par son niveau de jeu : leur midlaner, PowerOfEvil. Surnommé PoE, le jeune prodige allemand prend souvent en charge la game et porte à lui seul son équipe, aussi bien sur des picks conventionnels comme LeBlanc, que sur des champions moins joués comme Cassiopeia.

Les 5 rookies au révélateur intercontinental

Toutefois, le niveau réel de UoL est encore difficile à jauger, faute de l'avoir vue évoluer face à une véritable adversité. Pour autant, les attentes du grand public autour de l’équipe sont nombreuses : tout le monde veut voir ce que cachent vraiment les licornes. Cette hype se traduit concrètement au moment des IEM San Jose. Pour ce tournoi de pré-saison, en plus de deux Wildcards, quatre teams sont présentes : les champions d’Europe, Alliance, les champions américains, TSM et deux équipes de chaque région issues d’un vote des fans. Cloud 9 est choisie du côté américain, et Fnatic du côté européen. Ces derniers sont cependant contraints de renoncer à leur participation, et ce sont les deuxièmes à l'issue du vote, UoL, qui se retrouvent qualifié à leur place. Et voilà donc les petits nouveaux, derniers invités à la fête, prêts à en découdre avec les meilleures équipes d’Occident.
 


Les Unicorns dominent le fan vote pour les IEM San Jose.
Source : Unicorns of Love

 

Les IEM commencent sans encombre pour UoL, puisque la structure élimine tranquillement les Mexicains de Lyon Gaming sur le score de 2-0. L’équipe se retrouve donc qualifiée pour les demi-finales, où elle affronte TSM. Les Américains sont en très grande forme : champions en titre des LCS NA, ils sortent de bons Worlds, où ils ont atteint les quarts de finale et pris une game aux futurs champions du monde Samsung White. Avec Dyrus au top, Santorin dans la jungle, Bjergsen au mid, WildTurtle en AD carry et Lustboy en support, ils sont rodés à tous les postes en comparaison des Européens inexpérimentés. Sur le papier, TSM part donc largement favorite dans ce BO3 et semble en posture de remporter le tournoi. Mais ce 7 décembre 2014, les UoL ont choisi de bâtir leur légende, et personne ne les en empêchera. Une légende pleine de beau jeu, d’inventivité et de Twisted Fate jungle.
 


Le bracket des IEM San Jose, première compétition internationale d'UoL.
Crédits : GameCrate

 

Trois raisons pour lesquelles cette game doit impérativement être vue

1. Parce que lorsque Kikis évoluait encore dans la jungle, il était jouissif de le voir détruire l’Europe entière sur des champions toujours plus improbables… Twisted Fate, Udyr, Shaco, le Polonais désormais reconverti en toplaner n’avait aucune limite.

2. Parce que c’est cette game qui nous a tous fait tomber amoureux de UoL, et qui a marqué le début de cette belle histoire qui continue encore aujourd’hui. Toujours en LCS, avec son fonctionnement familial loin des grandes structures, UoL continue à nous régaler toutes les semaines contre les meilleures écuries du continent.

3. Parce que LoL est avant tout un jeu. Et à son arrivée, UoL a véritablement apporté le fun qui manque parfois à la scène européenne. Des compositions exotiques, une communication décalée et du beau jeu : autant de choses qui nous manquent un peu aujourd'hui.

La draft et le déroulement de la game

Le but de cette chronique est de redécouvrir quelques-unes des meilleures parties de LoL de l’histoire, nous vous conseillons donc vivement de regarder celle-ci (qui commence réellement à 25:16). D'autant plus que même dans vos solo queues, vous ne verrez pas des Twisted Fate jungle tous les jours.

 


 

Si vous manquez de temps, vous pouvez regarder seulement les highlights de la game, ci-dessous. Dans tous les cas, la suite de l'article décrit les événements de la partie. Elle analyse aussi la draft, parce que mine de rien, il y a une idée derrière ce Twisted Fate. 
 


Crédits : Riot Games
 

La draft : surprise et tour de cartes

Si on l'on devait donner un adjectif pour résumer UoL, ce serait « imprévisible ». Et cette phase de draft en est le parfait exemple.

Pendant longtemps, personne ne voit rien venir. Les bans sont standards. Irelia, Corki, Nunu, Jayce, Zed et Warwick sont tous les six très forts dans le patch 4.20, sur lequel se joue la rencontre. Même le début de la draft est très classique : Pantheon est logiquement sélectionné du côté de TSM, puisque c’est un des champions préférés de leur jungler Santorin. En réponse, UOL choisit un Gnar et un Lucian.

Les deux équipes font le choix de très peu révéler l’esprit de leur composition et partent sur des picks passe-partout : les Américains verrouillent Rumble et Sivir, puis Janna, des ​héros très forts en early-mid game et dans les escarmouches. Les Européens sont donc contraints de rétorquer par des champions efficaces dans ce domaine : Thresh, mais aussi et surtout Twisted Fate. Ce dernier est un mage avec des forces et des faiblesses clairement définies : capable de bon pick-ups et décalages, c’est aussi un champion qui subit beaucoup durant ses débuts de partie et qui permet donc à son vis-à-vis de jouer ce qu’il veut sans trop de crainte. C’est clairement ce qu’a en tête le meilleur joueur de TSM Bjergsen lorsqu’il pick Xerath, personnage pourtant sensible à beaucoup de match-ups.

Dès lors, il ne reste que le last pick à sélectionner pour UOL. Si vous avez bien suivi, il ne manque qu’un jungler. Les Européens hésitent longuement et verrouillent finalement… LeBlanc. Incompréhension et stupeur totale dans l’assistance. Comment peut-on jouer avec Twisted Fate et LeBlanc, deux mid, dans la même équipe ? La réponse ne tarde pas quand, après le swap, Kikis révèle le nouveau coup de folie d’UoL : Twisted Fate jungler.

 

 

L’idée de leur draft est simple : sélectionner tôt le Twisted Fate en laissant croire qu’il sera joué mid pour mettre TSM en confiance et pousser les Américains à choisir Xerath. Ce dernier est un mage statique, à l’aise contre TF, mais très sensible face aux assassins. Derrière, UoL est libre de prendre un champion capable d’atomiser Xerath en lane, comme c’est le cas de LeBlanc, qui a très largement le dessus en un contre un. En termes d'affrontement au mid, cette draft est donc parfaite pour UoL. Pour autant, le Twisted Fate dans la jungle reste un véritable mystère et littéralement du jamais vu à ce niveau. Et connaissant l’écart supposé entre les deux équipes, un choix aussi insolent se devrait d’être puni par TSM. Mais par cette draft improbable, UoL rentre dans le cœur des spectateurs, qui le manifestent bruyamment.

 


Kikis surprend tous les analystes avec son Twisted Fate jungle.
Crédits : Riot Games​

 

La game : le beau jeu, tout simplement

Mais pour s’assurer que le public ne l’oublie jamais, UoL a un seul but en tête : remporter cette game. Et déjouer tous les pronostics. Avec style et beau jeu.
Trois petites minutes. C’est le temps qu’il faut aux Européens pour définitivement enflammer la partie. Alors qu’il vient étonnamment de bien réussir son premier clean de jungle, Kikis arrive au mid, flash-in et étourdit le Xerath de Bjergsen. PowerOfEvil a bien suivi et parvient à poser ces dégâts : first blood pour le TF jungle !

Et PowerOfEvil démolit Bjergsen

Évidemment, la foule est en délire total. Les dix minutes qui suivent sont assez spéciales : il ne se passe rien, mais tout le monde est suspendu aux mouvements de Kikis et au prochain tour de magie qu’il peut nous sortir. L’éclaircie ne tarde pas à arriver : Kikis profite d’un regroupement au mid pour débloquer une nouvelle fois la situation. Prenant encore les devants, il utilise son flash puis immobilise Lustboy. Son contrôle est suivi d'un grappin de Thresh et offre un kill à PowerOfEvil.
 


Pari réussi pour Kikis.
Crédits : Riot Games​

 

Le jeune allemand est sur un nuage depuis le début du tournoi. Au point que la moindre petite avance qui lui est donnée est immédiatement fructifiée : autant dire que ce kill est un pain béni. Deux minutes plus tard, la sanction tombe : Power of Evil, 17 ans, inconnu il y a encore deux mois, vient de tuer Bjergsen, le meilleur joueur des LCS NA, à lui tout seul. Pire encore. Il remet ça deux minutes plus tard. En à peine seize minutes de jeu, UoL vient d’infliger une fessée à TSM : 4-0, un dragon et 4 000 golds d’avance.
 


Le duo Kikis-PoE porte les Unicorns vers la victoire.
Crédits : Riot Games

 

Et le festival continue : alors que TSM vient d’obtenir son premier kill au top, PowerOfEvil parvient une nouvelle fois à trouver l’ouverture en 1 contre 1, profitant parfaitement de son match-up et humiliant définitivement Bjergsen. Au même moment, à l’autre bout de la carte, Kikis tue facilement Dyrus, trop avancé et alors que Santorin et Lustboy arrivent pour venger leur coéquipier, parvient à trouver un deuxième kill. Incroyable : après dix huit minutes de jeu, le Twisted Fate, avec pour seuls objets en poche un Dévoreur et un Bout du rouleau, est en 3-1-1. L’avance acquise par les Européens est alors incontrôlable, d’autant plus qu’ils jouent la carte à la perfection et sécurisent trois tourelles et un dragon.

Lentement, la réalité s’installe : les champions américains se font battre par cinq rookies européens et par un Twisted Fate jungle. Dans la même game.

L’outsider devient patron

Les Américains tentent quand même de réagir, débloquant des kills grâce à leur composition pick-up et leur Rumble notamment. Mais leur retard est trop important et la composition des UoL, notamment la LeBlanc, est trop efficace à ce moment de la partie. Après avoir engagé le dragon, elle trouve un teamfight absolument optimal : grâce à une bonne initiation de Viziscasci, PowerOfEvil récupère un triplé et signe un ace parfait pour son équipe. Autant le dire, c’est une véritable démonstration.

Après une tentative un peu hasardeuse de s’emparer du baron et logiquement sanctionnée par TSM, il est sécurisé à la trente-troisième minute. Les rookies s’exécutent ensuite méthodiquement : après un superbe grappin d’Hylissang, ils parviennent à engager un combat complètement désordonné qui s’achève par un ace grâce à un bon travail de Gnar.  Dans la foulée, ils récupèrent un inhibiteur mid, sous les regards toujours enthousiasmés et un peu ébahis de la foule et des analystes. UoL vient juste de montrer son mode opératoire au monde entier, celui qui va devenir leur marque de fabrique : comment créer le chaos pour mener à la victoire.

Trente-septième minute : UoL est solidement installée dans la base adverse et récupère deux inhibiteurs. PowerOfEvil est hors de contrôle et enlève la moitié de sa vie à toute l’équipe adverse avec deux distorsions : dès lors, l'affrontement qui en suit est un carnage dont aucun des cinq joueurs américains ne réchappe. Le Nexus tombe dans la foulée, sur le score de 22-6.
 


Et c'est le Nexus qui tombe pour UoL, qui finira par remporter le Bo3.
Crédits : Riot Games

 

Après cette game, UoL remporte le Bo3, élimine TSM et file en finale, perdue contre Cloud9. Pourtant, cette game est probablement le seul moment du tournoi dont on se souvient encore aujourd'hui : c’est dire l’empreinte indélébile laissée par ce Twisted Fate jungle. En tout cas, cette partie est indéniablement celle qui a fait rentrer Unicorns of Love dans le cœur d’absolument tous les Européens. Une merveille de beau jeu.

Le move de la partie
 


 

2:55 dans la game : Kikis et son Twisted Fate jungler se présente sur la mid-lane pour son premier gank de la partie. Très agressif, il n’hésite pas à utiliser son saut-éclair pour étourdir Bjergsen. Grâce au red buff, il ralentit ensuite son adversaire avec ses auto-attaques, permettant à PowerOfEvil de mettre les dégâts nécessaires pour tuer le joueur de TSM. En trois minutes à peine, Kikis vient de donner tout son sens à la composition UoL.

Le MVP de la partie

PowerOfEvil – LeBlanc – 10/1/5
 


Avant de s'exiler aux Etats-Unis, Tristan Schrage a fait les beaux jours de UoL.
Crédits : Riot Games​

 

Avant même sa belle aventure avec Misfits l'année dernière, le midlaner allemand était un petit prodige. Preuve en est, sa game quasi parfaite face à Bjergsen, probablement le meilleur joueur en occident, à son poste, à ce moment-là. Profitant de son match-up favorable, il tue à plusieurs reprises son vis-à-vis en un contre un, avant de porter son équipe à bout de bras vers la victoire, dans la game puis dans le Bo3.

​C'est fini pour cette game de légende ! On se retrouve dans deux semaines pour se plonger à nouveau ensemble dans l'histoire de LoL !

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