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12 sept. 2017 - Perco Divers

Les piliers de la terre : Acte 1 (PC) : Mon curé chez les puristes

Les piliers de la terre :  Acte 1 (PC) : Mon curé chez les puristes

Quand on y pense, l’Angleterre du début du XIIème siècle était une vraie « startup nation » : des secteurs dynamiques (Clergé, industrie de la guerre, sorcellerie) et de jeunes entrepreneurs (courte espérance de vie oblige). Il faudrait se renseigner pour savoir si la famine et la guerre vont forcément de pair avec le concept.

Les allemands de Daedalic Entertainment sont des spécialistes du point & click, c’est acté. Pourtant, même pour eux, voilà un projet bien ambitieux que cette adaptation en format épisodique sur PC et consoles du roman de Ken Follet « Les piliers de la terre ». On parle bien de transformer en jeu un pavé de plus de mille pages narrant la reconstruction de la cathédrale du prieuré de Kingsbridge dans une Angleterre déchirée par une guerre de succession.
 


Robes de bure et têtes de bois


Comme on dit chez les gens du marketing : « attention, c’est clivant ». Le développeur prévoit trois grands actes, chacun divisé en sept chapitres, et le premier acte est disponible depuis mi-août. Alors, il est comment le temps des cathédrales ?

Saint-Pierre et vacances

Le moyen-âge en Angleterre, c’est assez loin d’Ibiza, surtout pendant l’hiver neigeux durant lequel commence votre aventure. Vos aventures, devrait-on écrire, car il s’agira de suivre les destins croisés de trois personnages : Tom le bâtisseur, Phillip le prieur de Kingsbridge et Jack, l’ancien enfant des bois.

Le premier est tiraillé entre le besoin de réaliser son chef d’œuvre architectural et la culpabilité d’entrainer sa famille vers la misère en refusant de moindres travaux ; le second est pris dans le tourbillon de la politique et des salmigondis diplomatiques mais ne cherche qu’à redresser le prieuré de Kingsbrigde, qui se délite depuis des décennies. Quant au dernier, il découvre et apprend le monde des hommes après être resté des années caché au fond des bois avec sa mère. Leurs histoires vont se croiser et se mêler autour de la reconstruction de la cathédrale.
 


« Et là, je verrai bien une piscine à bulles »


Avec ses décors entièrement faits à la main et le choix d’une direction artistique sans compromis, le jeu a visiblement demandé un travail colossal aux artistes du studio allemand. On en regrette d’autant plus les animations parfois un peu étranges des personnages dans ces si beaux tableaux et quelques visages… étranges. « Les piliers de la terre », parfois sublime, parfois très moche, est donc un jeu « sublimoche ». Aucune importance au fond, ce qu’il veut n’est pas tant foncièrement vous décoller la rétine que vous flatter le cervelet en vous entrainant dans un fabuleux conte. Bon, un conte avec des trahisons, des morts, des accouchements en pleine forêt et des enfants affamés mais un conte tout de même.

C’est pas du Michael Abbaye

Les jeux narratifs, on commence à connaitre. Souvent, une petite dimension « puzzle » s’y ajoute (pas toujours pour le mieux). Ici, c’est l’histoire et seulement l’histoire qui compte ; aucune phase d’action ou de réflexion, à peine quelques choix dans les dialogues, quelques variations vers peu ou prou le même résultat (il faudra voir si des répercussions importantes en découlent dans les deux prochains actes) et l’incursion –rare– d’une mécanique en forme de mini-jeu de rythme, dont on se demande ce qu’elle fait là. Et c’est très bien comme ça. À peine peut-on cliquer sur certains éléments des superbes environnements pour entendre les pensées des personnages ou utiliser quelques objets glanés ça et là. Plus classique tu meurs. Mais avec un matériau aussi riche et connu que le roman d’origine, il était difficile de proposer de trop vastes embranchements et artificiel d’ajouter des phases de jeu qui n’auraient pas eu grand-chose à y faire.
 


Une interface sobre et simple, on est là pour écouter l'histoire


On reste donc dans le roman interactif presque pur. Si les aventures des protagonistes vous laissent de marbre, rien d’autre ne viendra sauver le titre. Au contraire, si elles vous happent, vous engloutirez ce premier acte d’une traite (soit une grosse soirée de jeu). Ce parti-pris de plonger le joueur dans une structure si linéaire sans jamais rien lui proposer d’autre repose donc entièrement sur l’espoir de reproduire à l’écran le mécanisme des « page-turner », ces livres dont on ne peut se défaire et qui nous coûtent nos nuits et notre teint rose.

Alors l’histoire à sacrement intérêt à vous attraper dans ses petit bras musclés et à vous susurrer à l’oreille « Reste, tu vas voir, c’est passionnant ». Coup de bol, c’est le cas. On ne divulgachera rien mais, à condition de ne pas être allergique à la pauvreté, la misère et le drame, c’est captivant.

Les piliers de la terre (acte 1) 810Points positifs
  • C’est, forcement, bien écrit.
  • Les décors sont magnifiques.
  • Pas d’artifices, c’est du roman interactif.
  • 30 € pour la saison complète, c'est honnête.
Points négatifs
  • Ce premier acte se boucle bien vite.
  • Nos choix auront-ils vraiment des conséquences ?
  • Certaines animations.

Difficile de noter un tiers d’aventure, on le fera en ne tenant compte que des qualités et des défauts de cet acte. C’est le lot des tous les jeux épisodiques. Les deux autres parties encore à venir peuvent sublimer ou gâcher un premier volet tout à fait recommandable (On attend les actes 2 et 3 respectivement pour décembre et début 2018). Avec sa patte artistique tranchée et sa décision de tout miser sur l’histoire (passionnante) crée par Ken Follett, Daedalic a pour l’instant réussi à proposer un pur roman interactif dont on a hâte de voir la suite.

 

 

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