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21 déc. 2015 - Kyoomei League of Legends

Monsieur Easyhoon, l'éternel prince

Monsieur Easyhoon, l'éternel prince

Il est des joueurs qui déplacent les foules. Qui font se soulever des stades, les spectateurs scandant religieusement leur nom. Faker est l'un deux. Mais cette saison, derrière l'icône absolue de League of Legends, un autre joueur aurait mérité plus d'attention. Un autre grand.

Le Roi et le Prince

Au Moyen-Âge, le terme « Monsieur » était réservé à l'aîné des frères du Roi. Le prince supposé accéder au trône en cas de décès du souverain, si sa descendance n'avait pas été assurée. Métaphoriquement, cette situation correspond parfaitement à Lee « Easyhoon » Ji-Hoon, et à sa saison 2015 chez SKT T1. Toujours dans l'ombre de l'iconique Faker, Easyhoon a guetté son heure de gloire. Sans qu'elle ne vienne vraiment. Et Scout, jeune louveteau, a fait ses premiers pas avec l'équipe SKT il y a quelques semaines lors de la Kespa Cup. Le successeur annoncé de Faker. Et pour Easyhoon, c'est l'heure de s'en aller.


Peut-être l'image la plus emblématique du joueur...

L'ascension

Contrairement à certains joueurs du top mondial, le parcours d'Easyhoon n'a rien de météoritique. Malgré la présence (comme souvent) de plusieurs joueurs appelés à devenir des futurs grands (Heart, PoohManDu), l'équipe GSG échoue en phase de groupes de l'OGN Winter 2012. Dès février 2014, l'équipe est rachetée par la structure MVP, devient MVP Blue, mais échoue à nouveau en poules aux Spring et Summer Splits. Des résultats décevants pour une équipe au fort potentiel, perçu par Samsung qui rachète à son tour l'équipe. « The Hoon », lui, décide de poursuivre sa carrière chez SK Telecom T1 S.

Il faudra trois tentatives supplémentaires à Easyhoon pour, enfin, parvenir en quart de finale d'un OGN. Son dernier échec aura lieu au Spring Split 2014, après le célèbre tirage au sort lors duquel KaKAO avait annoncé vouloir affronter les deux équipes SKT T1 et les détruire. Au final, malgré une victoire 2-0 sur les KT Arrows, T1 S ne passera pas les groupes après la victoire des Arrows sur les K. Ce sera la dernière fois.

Lors du Summer Split, les S tiendront le coup face au mastodonte Samsung White, s'assurant une place en quart de finale aux dépends des CJ Frost. Puis tomberont en demi-finale face aux futurs vainqueurs, les KT Arrows de KaKAO (encore lui).

 

Un style très académique

Les bonnes performances des SKT T1 S lors de ce dernier split coréen format OGN sont évidemment dues, au moins en partie, à la fiabilité d'Easyhoon. Très loin des playmakers, il se démarque par une politique très « saison 2 » : farm, farm, et découper l'équipe adverse en teamfights. Ziggs et Orianna auront été ses deux champions signatures durant ces semaines de compétition ; à tel point qu'en demi-finale, les KT ont systématiquement banni le rat bombardier, qui offrait trop de lane-control, de poke et de possibilités de temporisation.

C'est pour cette raison qu'Easyhoon conservera sa place chez SKT lorsque les structures coréennes se voient dans l'obligation de ne conserver qu'une seule équipe pour le nouveau format LCK. Il n'est pas le seul des S à être « promu » ; les départs d'Impact, Piglet et PoohManDu des K, après une saison décevante, permettent à Marin, Bang et Wolf de prendre leurs places respectives, avec le succès que l'on connaît.

La situation pour The Hoon est claire depuis le début de la saison : il n'est pas remplaçant, mais titulaire à temps partiel, au même titre que Faker. Et la méta tank du Spring Split lui offre l'opportunité de jouer souvent : Cassiopeia et Azir étant pratiquement les deux seuls champions joués au mid, et Easy excellant sur ces picks.

S'il n'est pas surprenant qu'un joueur frôlant la perfection mécanique comme Faker, et habitué des picks assassins, suscite plus l'excitation des foules qu'un mid passif mais imprenable sur la lane, SKT a bien compris l'importance de disposer des deux options. En finale du Split, la structure adopte sa stratégie classique : commencer avec Easyhoon titulaire, et en cas de soucis, faire rentrer Faker, plus enclin à faire la différence tout seul. Au final, les KOO Tigers s'inclinent 3-0 sans que le monstre n'entre en scène. Hoon se paie le luxe de démolir Kuro sur le matchup Cassio-Azir, et dans les deux sens, s'autorisant même un flash pour garantir un solokill, du jamais-vu chez lui !

Pourtant, en ce début de mois de mai, ce n'est pas la performance impériale d'Easyhoon qui fait parler, mais le fait « qu'on n'ait même pas pu voir Faker ». Comme un présage.

 


Un solokill autoritaire qui en a surpris plus d'un !

 

« Qui est le meilleur midlaner du monde ? »

Lors du MSI, Easy n'aura joui d'aucune attention, l'enjeu principal étant le duel annoncé entre Pawn et Faker, remporté par le mid des Edward Gaming. Le Summer Split se poursuit, Hoon joue, et gagne. Beaucoup. Onze victoires pour une défaite, mais à vrai dire, c'est l'ensemble des SKT qui semble intouchable. Et puis les playoffs. Faker est aligné à tous les matches, et brille, comme avec son dodge de l'ultime Cassiopeia avec Riven en finale contre les KT. C'est l'argument avancé : le meilleur mid du monde joue à son niveau en ce moment, il n'y a donc pas match pour la place de titulaire.

Arrivent les Worlds. Une fois la qualification en quarts de finale assurée, Easyhoon se voit donner un peu de temps de jeu, sur des games sans enjeu. Un flash – gold card sur un sbire avec Twisted Fate. L'audience sourit, s'interroge quelques instants, mais aux yeux du grand public, il ne s'agit que d'un misplay de remplaçant. Pourtant, cette erreur très inhabituelle traduit autre chose. The Hoon, malgré toute sa détermination, son talent et ses bons résultats tout au long de la saison, doute. Pas de son niveau, mais de sa place chez SKT. Un questionnement qui prendra une toute autre ampleur après les demi-finales contre Origen. Titularisé pour les deux premières games, puis remplacé pour la dernière malgré deux prestations convaincantes. Il est temps de laisser la parole à l'intéressé.

« On m'a laissé débuter, et mes performances lors des games 1 et 2 étaient satisfaisantes. Je pensais donc aussi jouer la troisième game, mais c'est Faker qui a été choisi. Alors que je quittais la scène et que Faker y montait, toute la foule a commencé à crier "Faker !".
Pendant que je descendais, je me suis posé beaucoup de questions. Quel est mon rôle dans cette équipe ? Quel est le sens de ma présence ici ? Au final, les gens ne veulent-ils pas simplement Faker ? »

Après cette réflexion, Easyhoon évoque également un évènement survenu après la finale des Worlds de l'année précédente. « En 2014, Pawn a remporté le titre mondial avec Samsung White, et a reçu une récompense sur la scène. Caster Jun a alors demandé à la foule, espérant susciter une ovation pour Pawn : "Qui est le meilleur midlaner du monde ? ". La foule a répondu : "Faker !". Cette année-là, il avait objectivement proposé les meilleures performances en tant que mid laner, mais le public ne lui a pas rendu l'hommage qu'il méritait. Cela dit, je ne pense pas que ce soit mal. Les gens soutiennent les joueurs qu'ils aiment. »
 


L'empereur des sables dans son milieu naturel

L'âge de la maturité

Alors, Easyhoon a compris qu'il était temps. Que son avenir ne pouvait plus s'écrire chez SKT. Peu importe ce qu'il ferait, il resterait éternellement l'ombre de Faker.
Inutile de le dire, rares sont les joueurs capables de la finesse et du recul dont a fait preuve Easy. Dans un contexte où de nombreux joueurs partent simplement à la recherche du plus gros contrat, ou de la meilleure opportunité de remporter des titres, sa réflexion a été plus existentialiste. Toujours dans cette interview où il détaille les raisons de ce départ, notre prince évoque le sacrifice d'une minorité pour le bonheur du plus grand nombre. C'est donc dans cet esprit qu'Easyhoon a rejoint la Chine et Vici Gaming.

Durant toute la saison, les analystes faisaient du midlaner l'un des cinq meilleurs du monde à son poste. Alors, même si certains y voient une retraite dorée, le professionnalisme de Hoon laisse présager du bon pour VG. Sitôt arrivé, il a déjà entamé son apprentissage du mandarin, afin de faciliter la communication avec ses coéquipiers (cette barrière ayant été mise en avant à de nombreuses reprises pour expliquer le naufrage automnal des équipes chinoises). Et même s'il ne jouera pas avec Mata, il pourra bénéficier d'un autre champion du monde, Dandy, de retour dans la jungle. Une relation mid-jungle facilitée par la nationalité des deux joueurs, pourrait permettre à ces deux immenses talents de porter la structure vers les sommets de la LPL.

Finalement, comment résumer Easyhoon en quelques mots ? Au départ, cet article devait s'appeler « Le Roi sans Couronne ». Bien entendu, cela ne ferait pas référence à un palmarès jamais comblé ; deux splits de LCK, un titre de champion du monde, l'armoire à trophées d'Easy fait pâlir d'envie pratiquement n'importe quelle équipe professionnelle. Mais il s'agirait plutôt d'une couronne comme symbole de reconnaissance populaire. Et malgré l'intelligence du joueur par rapport à cette situation, et l'acceptation de son statut d'anti-star, ce manque de gratitude et de respect est irritant pour quiconque a prêté quelque peu attention à ses prestations et à son attitude irréprochables.
« Exemplaire ». Ce sera le mot de la fin. Tandis que Faker et SKT tenteront de prolonger leur dynastie, il sera bon de garder un œil du côté de la Chine. Et peut-être, peut-être, de voir surgir l'espoir d'une revanche méritée pour un joueur qui a tant donné, et si peu reçu.
 

 

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1 commentaire

kialandi
kialandi - 26/12/2015 13h58

La relation Easyhoon-Faker me donne envie de m'asseoir devant mon écran avec du pop-corn et d'attendre le MSI. En effet, cette rivalité c'est du déjà vu au cinéma, y a surement de meilleurs exemples, mais me vient à l'esprit Rolo lothbrook, qui évolue dans l'ombre de Ragnar lothbrook dans Vikings ( à la différence que Rolo n'as pas la classe de son pair, et qu'easyhoon n'est pas pas un vendu soit^^).
Et avec un peu d'imagination :
"Tu étais l'élu! c'était toi, ma prophécie voulait que tu détruisent les siths, pas que tu deviennent comme eux, tu devaient amener amener l'équilibre à la kespa! pas la condamné à la nuit !"
"Je te hais !"
"Nous étions comme des frères, je t'aimais Easyhoon"

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