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20 oct. 2016 - Perco StarCraft 2

Nerchio, la maturité… enfin

Nerchio, la maturité… enfin

En route pour la Blizzcon 2016 ! Jusqu’au début de la plus grande compétition de l’année, O’Gaming vous propose de (re)-découvrir les six qualifiés foreigners à travers une série de portraits. Aujourd’hui : Nerchio

Il existe des choses dont on ne peut se passer sans totalement dénaturer ce qui les entoure. Sans la tour Eiffel, Paris n’est plus Paris ; sans Big Ben, Londres n’est plus Londres ; sans Nerchio, StarCraft II n’est plus vraiment StarCraft II.

Nerchio l’ancien

On rencontre souvent des étoiles filantes sur la scène compétitive internationale, des joueurs au fort potentiel, aux builds novateurs, au talent certain mais qui ne réussissent guère qu’à briller quelques instants avant de se ternir ou même de s’éteindre. Nerchio n’est pas de ceux-là, il en est même l’antithèse. Regardez dans votre rétroviseur et vous trouverez Nerchio, à toutes les époques. Sur toutes les versions du jeu il est là. Le joueur polonais est un joueur persévérant qui n’a jamais quitté StarCraft depuis la bêta, pas un feu de paille.
 


Nerchio lors de la DreamHack Leipzig en 2016.
Photo Adela Sznajder / DreamHack

Il même fait partie de cette petite caste de joueurs qui a fait ses armes sur le vénérable BroodWar, sans en devenir un acteur majeur mais en atteignant un niveau tout à fait respectable. S’iI en tire parfois un certain dédain envers les mécaniques plus simples de StarCraft II, il en garde un amour particulier pour la race Zerg. Amour sincère mais pas tout à fait exclusif.

Nerchio le caméléon

« Random pour les hommes » ont coutume de dire le joueurs de StarCraft. Il faut avouer que maîtriser une race jusqu’au rang de Grands Maîtres relève déjà de l’exploit, alors devoir se coltiner neuf matchup différents et trois philosophies aux antipodes les unes des autres relève de la gageure. C’est pourtant la voie que choisit le jeune Nerchio à ses débuts, fin 2010. Il sera le joueur random le plus haut classé de l’époque. Quand le Polonais fait quelque chose, il ne le fait jamais à moitié. S’il revient vers le Swarm dès l’année suivante, tout le monde sait alors que Nerchio est dangereux quelle que soit la situation, quelle que soit la race. Sa capacité d’adaptation à l’adversaire est immense, son répertoire de stratégies étendu. Il peut agresser avec une pool rapide pour enchaîner sur une macro game, une partie très longue et économique.

 


Une troisième place lors de la DreamHack d'hiver à Jönköping en 2012.
Photo Brita Jonsson / DreamHack

Il semble à l’aise partout, contre tout le monde. Nerchio écume les tournois en ligne, c’est la terreur des Zotac et des GO4. Il se veut imprévisible, il l’est. Nerchio est capable de toute les audaces, de tous les excès.

Juillet 2011, 120e GO4.  Nerchio se hisse en finale contre le Protoss Verdi. Surprise, il ressort la carte de l’aléatoire. Première partie comme Protoss, deuxième comme Zerg, troisième comme Terran (contre un Verdi qui craque et joue Zerg) ! Rien à faire... 3-0 sec en faveur du Polonais (à revoir ici). Tout le personnage est là : talentueux à l’extrême, un peu m’as-tu-vu, culotté comme pas possible.

Dès qu’il ose enfin se lancer dans les tournois offline, le mot circule vite : ne voit-on pas éclore le meilleur Zerg européen ? Si ce titre officieux lui sera longtemps refusé par notre Stephano national, Nerchio n’en a cure, il écume les tournois, se construit un palmarès long comme le bras, affine son jeu. Mais il ne se fait pas que des amis en route. Nerchio a de la gouaille, un peu trop pour certains, et les critiques se font de moins en moins discrètes.

Le mauvais garçon


Nerchio et MaNa sur le même drapeau... mais en dehors c'est une autre histoire.
Photo DreamHack

Nerchio a beau avoir une tête de petit garçon bien sage, il a le sang chaud. Il veut être le meilleur mais en oublie parfois la politesse et le fair play. Dans sa propre patrie tout d’abord, où sa rivalité avec MaNa se règle plus à coups de petites phrases assassines que de matchs.
 

 « Je vais le dire, je ne l’aime pas, je n’aime pas sa personnalité et je crois qu’il ne m’aime pas beaucoup non plus […], il ne produit pas beaucoup d’efforts pour être professionnel, ça me rend triste ».
(MaNa dans « Mana Grilled », 2012).

 

« Seuls Nerchio et Tefel peuvent, sans doute, avoir une chance de se qualifier, mais ils n’ont pas été les joueurs les plus corrects avec moi ces derniers temps alors je ne leur souhaite pas vraiment bonne chance. J’espère qu’ils deviendrons adultes un jour, et qu’ils se comporteront en professionnels au moins une fois ».
(MaNa, dans une interview par Waxandel pour TeamLiquid, au sujet des IEM Katowice de 2014). 

 

Aujourd'hui encore, lorsque Nerchio a l'occasion de chatouiller son compatriote, il ne s'en prive jamais :

 

Sans être NaNiwa, le Polonais se taille une belle réputation de joueur « bad manner » : il oublie régulièrement les « glhf » (Good Luck Have Fun) et les « gg » (Good Game) traditionnels, critique vertement la balance du jeu, dénigre certains adversaires, ne se présente pas au départ de certains matchs. Pire, lorsque quelqu’un lui reproche son comportement il en remet une couche. Nerchio est un garçon sans filtre et surtout il l’assume.
 


Nerchio, pas souvent dans la retenue.


Les critiques s’accumulent, certains l’accusent de n’être qu’un « patch zerg », un joueur ne profitant que des options un peu trop fortes d’une race à un moment donné et ne devant pas ses résultats qu’à son seul talent. Nerchio s’en fiche, il gagne online et offline. Cette image va lui coller longtemps à la peau, beaucoup ne verront en lui que le Nerchio de la période Broodlords / Infestors longtemps après que cette composition a disparu dans les limbes. Certaines étiquettes sont difficiles à décoller et le comportement du Polonais n’incite pas au pardon.

Avoir une mauvaise attitude lorsque l’on est au sommet est une chose, c’en est une autre lorsque l’on perd un peu pied et c’est justement ce qui arrive à Nerchio après la sortie de Heart of the Swarm, la seconde mouture de StarCraft II, début 2013.

La traversée du désert et la résurrection

Le bac est passé, les études demandent du temps et de l’attention, le Polonais s’éloigne un peu du jeu et ses résultats s’en ressentent. Pendant trois ans, Nerchio n’est plus que l’ombre de lui-même. Il reste souvent dans le top 15 des tournois qu’il joue mais l’esprit semble loin, la flamme vacillante. Ses détracteurs jubilent, voilà le roi descendu de sa montagne ! Nerchio encaisse, arrondit le dos. Mine de rien il mature, il apprend sans doute beaucoup sur lui-même.

Pour un joueur « en retraite » ou du moins « en retrait », Nerchio joue tout de même un certain nombre de tournois. StarCraft II lui colle à la peau, le rappelle sans cesse. Jamais il ne se tourne vers un autre jeu ; le peu de temps qu’il dégage pour jouer, c’est sur le titre de Blizzard qu’il le passe. Encore et encore, StarCraft et Nerchio sont indissociables, inséparables. À la vie à la mort. Il ne faudrait qu’une petite étincelle pour que tout reprenne comme avant. Elle va arriver avec Legacy of the Void, la dernière extension du jeu. Un rythme qui convient mieux au style du Polonais, des études qui se terminent, une balance revue et corrigée, tout est là pour revivre la lune de miel.
 


Dans le box lors de la DremHack ROCCAT LOTV Championship, le retour d'un roi.
Photo Benjamin Cotton / DreamHack


«  Le jeu était en train de me tuer de l'intérieur, et maintenant avec LotV j'ai retrouvé la passion. »
(Nerchio, en interview, décembre 2015).


Comme une évidence, Nerchio et StarCraft se retrouvent comme au premier jour. Mieux même, car le Zerg est stratosphérique sur cette version. Dès la première DreamHack organisée sur LOTV, à Jönköping, il joue les premiers rôles et termine dans les huit premiers après avoir survolé un groupe comprenant – excusez du peu – TY, TLO et Lilbow. Mis à part un petit incident à la DreamHack Leipzig dans laquelle le Protoss français l’éliminera prématurément, il ne quittera plus le top 10 dans aucun des tournois majeurs en 2016. Mieux, il atteint la finale des WCS de printemps face à ShoWTimE après avoir exécuté VortiX, Scarlett, Neeb et infligé un sévère 3-0 à... Polt ! La confirmation arrive peu après, avec  une victoire 4-0 face à MarineLorD en finale de la DreamHack Valence. Le roi est de retour.
 


Face à MarineLord, avant de lui infliger un sévère 4-0 dans la finale de la DreamHack Valence 2016.
Photo Adela Sznajder / DreamHack


En quelques mois, il n’est plus seulement le meilleur Zerg d’Europe mais bel et bien le meilleur joueur hors Corée. C’est toujours sa place sur Aligulac, le site de statistiques de référence, malgré la forme actuelle de l’américain Neeb. Il survole longtemps le ladder, fait de nouveau peur. Jamais il n’a mieux joué ; sans perde le talent de ses début, il a complété sa palette de jeu, de stratégie, de mécaniques.

Le Polonais ne gagne pas de tounoi lui offrant un spot direct pour la Blizzcon, il se qualifie à l’ancienne, aux points et à la régularité. En dehors du jeu, il a pris de la graine. Une nouvelle équipe (Euronics) et un nouveau sponsor (Redbull) derrière lui calment un peu ses ardeurs, il apprend à gérer sa communication, son tempérament. Le garçon n’en devient pas fade pour autant et le bad boy en lui ne demande qu’à ressurgir. Ses piques sont moins frontales, plus subtiles mais gardent tout leur mordant, à l’image de ses « félicitations » lors de la performance de Neeb en KeSPA Cup.

 

 


En WCS d'hiver à Tours cette année.
Photo Adela Sznajder / DreamHack

 

Les belles histoires d’amour ne meurent jamais. Sans StarCraft II, Nerchio n’est plus qu’Arthur Bloch mais sans lui, StarCraft n’est plus vraiment StarCraft. Leur couple a vécu des épreuves mais ils semblent n'en être ressortis que plus liés, plus proches encore.

Dans le groupe D, il aura fort à faire contre TY, Solar et son compatriote Elazer. La Blizzcon 2016 sera l’occasion pour le Polonais de montrer à tous ses opposants, Coréens et foreigners, que la belle n’a d’yeux que pour lui.

 

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