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21 mars 2017 - Darkkoubi Divers

NieR Automata : Menu Dégustation

NieR Automata : Menu Dégustation

Rappelez-vous, E3 2015, conférence Square-Enix. Yoko Taro, créateur de la série des Drakengard et de NieR, arrive sur scène et nous annonce la collaboration entre Square et PlatinumGames pour la suite de NieR, NieR Automata. Cette alliance entre Square, la poésie à la japonaise et PlatinumGames, spécialiste des jeux bourrins, pouvait laisser présager du bon comme du mauvais. Comme quand au restaurant on se laisse tenter par du saumon au chocolat. On a peur de ce que ça peut donner, on se dit que ça ne marchera pas, mais une fois en bouche, c'est un délice. Alors NieR Automata est-il une réussite ou une atrocité ? Test de ce menu dégustation.

Méli Melo de japonaiseries servies avec leur accompagnement.

Le premier NieR, sorti en 2010, fut un énorme flop pour Square-Enix. Sorti quelques semaines après God of War 3 et un mois avant Red Dead Redemption, sans grand soutien marketing, le jeu était passé complètement inaperçu (les chiffres officieux parlent de moins de 5000 ventes en France). Mais petit à petit, par le bouche à oreille, NieR gagne ses galons de jeu culte. Il faut dire, que malgré un système de combat pas toujours bien pensé et quelques soucis techniques, le jeu était un bijou au niveau du scénario, avec ses multiples fins et son OST qui transcendait magistralement l'expérience. Mais personne n'aurait pu imaginer qu'un jour, Square déciderait d'en faire une suite. C'est donc en collaboration avec PlatinumGames (Bayonetta, Vanquish, The Wonderful 101...) que Square a décidé de réaliser ce NieR Automata.


Vous croiserez quand même un peu de vie dans l'open-world

L'histoire de NieR Automata nous parle d'un monde où la présence humaine est quasi-inexistante après l'invasion d'aliens et l’avènement des machines. L'humanité, réfugiée sur la Lune, est bien décidée à reconquérir la planète bleue, en l’occurrence avec le programme YoRHa, une armée d'androïdes conçue pour repousser l'envahisseur. C'est dans ce contexte que nous faisons la connaissance de 2B, un androïde spécialisé dans les combats et de 9S, une unité de reconnaissance plutôt douée en piratage informatique qui deviendra son équipier. Avec l'aide de la résistance humaine présente sur Terre, 2B et 9S découvriront les motivations des machines, qui ne sont pas toutes belliqueuses, et se retrouveront aussi à enquêter sur l'unité A2, un androïde qui a trahi l'humanité mais continue de tuer tout envahisseur robot sur son chemin. 

Il serait malheureux de raconter plus l'histoire de NieR Automata sans vous spoiler d'avantage. Sachez simplement que, comme son aîné, l'intrigue ne se dévoilera pas si facilement et il vous faudra finir le jeu au moins trois fois pour comprendre (à peu près) le scénario. Il y a en effet 26 fins différentes (une pour chaque lettre de l'alphabet), qui chacune vous apportera son lot de réponses aux questions restées en suspens dans vos précédents runs.


Certains environnements sont quand même très beaux.

On le sait, Yoko Taro, le créateur de la série, est un personnage. Un homme à moitié fou qui aime déstructurer quitte à perdre le joueur à tout moment, mais qui apprécie également de mélanger différents gameplays dans ses jeux (je vous invite d'ailleurs à lire cette interview publiée chez nos confrères de Gamekult, pour vous faire une idée plus précise du personnage).

Une des grandes forces de la galette, c'est justement cette alternance de gameplays, amenés subtilement par des changements de caméras. Le jeu passe du beat them all au shoot them up (vue de dessus ou vue de derrière, comme à la grande époque des bullet hell) et il y a aussi des phases en robots, à la Zone of the Enders. Un pur régal.

Gigot de 2B et ses marrons poêlés.

La  majeure partie du temps dans NieR Automata, vous arpenterez la Terre sous forme de monde ouvert qui n'en est pas vraiment un. Il s'agit plutôt de grandes zones reliées entre elles par des couloirs, mais l'ensemble est bien pensé et ce semblant de monde ouvert est au final très agréable à explorer. Malgré une direction artistique un peu terne où le gris et le marron prédominent, la beauté de cette Terre rendue à la nature et aux machines est perceptible dès les premiers moments du jeu. Certains reprocheront justement cet aspect terne et peu coloré au jeu, mais cela fait définitivement partie de la vision de Yoko Taro, pour amener une ambiance mélancolique à son jeu.

Donc, ce monde « ouvert » sera un grand terrain de jeu où vous enchaînerez les quêtes comme dans tout bon RPG qui se respecte. Et là on tombe sur un des défauts du jeu : les quêtes manquent de relief et d'imagination. La plupart du temps, vous devrez aller voir quelqu'un qui vous demandera d'aller chercher un ou plusieurs objets pour le lui ramener. Ce système de quêtes FEDEX est vraiment l'un des points noirs du jeu. Heureusement que le scénario est à la hauteur, pour nous donner envie de continuer, sinon le jeu serait lassant au bout de seulement quelques heures. Ces quêtes annexes sont d'autant plus nécessaires qu'elles rapportent de gros bonus d'XP, permettant de faire évoluer 2B bien plus rapidement qu'en rushant les quêtes principales. Le jeu étant tout de même conscient de ce manque de renouvellement dans les quêtes, même 2B et 9S en viennent à s'interroger plusieurs fois sur le bien fondé de résoudre toutes ces missions.


Un des nombreux couloirs du jeu reliant deux zones.

Le système de combat du premier NieR était un des points faibles du jeu. Cette collaboration entre Square-Enix et PlatinumGames était donc, sur le papier, une très bonne idée, PlatinumGames n'ayant plus rien à prouver en matière de patates de forain, d'animations dans les combats et de systèmes de combos ravageurs, et on retrouve bien évidemment leur patte dans les fights. 2B virevolte, danse et saute au milieu des ennemis avec une classe incroyable. Les affrontements sont nerveux et rythmés et vous pouvez alterner entre deux configurations d'armes en plein milieu du combat pour faire encore plus de dégâts ou vous adapter à différentes situations. Mais malgré leur expertise indéniable dans ce genre, on s'est un peu raté chez Platinum. C'est le deuxième gros défaut du jeu : pendant les premières heures on s'extasie devant les prouesses et l’enchaînement des combos dont est capable 2B, mais rapidement on s'aperçoit que ce système de combat consiste simplement à bourriner le bouton d'esquive puis enchaîner sur des attaques faibles et puissantes. Les combos manquent de profondeur et tout simplement de fun, un comble pour les créateurs de Bayonetta. Même le système à deux armes ne parvient pas à donner un peu plus de variété aux rixes. De plus, le jeu est extrêmement aisé, ne pensez même pas à le mettre en facile : on a même plus l'impression de jouer, tout se passe presque sans qu'on appuie sur un bouton. Pour un minimum de challenge, préférez le niveau difficile avec la visée automatique désactivée ainsi que les puces en manuel.

En parlant des puces justement, c'est le système de build du jeu. Vous trouverez différentes puces dans le jeu que vous pourrez associer dans votre OS pour créer différents effets (plus de vie, de défense, d'attaque etc...). Ce système est un peu brouillon, pas très bien expliqué et surtout le résultat ne se ressent pas forcément en jeu. Certaines puces ont quand même un effet sympa et permettent de customiser le HUD


Différents types de puce

Puisqu'on en est à parler des choses qui fâchent, on ne peut pas occulter la technique de ce NieR Automata. Concrètement, le jeu est plus proche d'un jeu PS3 qu'un jeu PS4. On peut quand même souligner que les 60 FPS sont quasiment toujours présents à part quelques baisses de framerate, ce qui est indéniablement un point fort pendant les combats. Mais le reste du jeu est vide, pas très joli, certaines textures de rochers notamment font saigner les yeux. À part quelques panoramas vraiment spectaculaires comme la première fois où l'on découvre la ville en ruine, rien ne vient nous émerveiller quand on arpente le jeu.

Vous prendrez bien du dessert ?

Mais le chef a gardé le meilleur pour la fin. Avec son scénario déstructuré, il fallait une bande son qui magnifie le jeu et lui donne une ambiance extrêmement sombre mais toujours remplie d'espoir. Malgré tous ces problèmes de finition, le jeu ne serait pas ce qu'il est sans cette OST magnifique. Les compositeurs Keiichi Okabe et Keigo Hoashi ont fait un travail merveilleux pour créer la bande originale du jeu et la musique amplifie et affecte encore plus le scénario. Elle comporte une telle charge émotionnelle que vous pouvez passer du rire aux larmes rien qu'en écoutant cette bande son. Des chœurs grégoriens, des chants qui vous transportent, des rythmes de percussions et un piano omniprésent pendant les combats en font simplement l'une des plus grandes OST de jeu vidéo de tous les temps. Vous pourrez essayer de me contredire, mais je suis catégorique : en matière de musique de jeux vidéo, il y aura un avant et un après NieR Automata !

 

Autre point fort du jeu, le doublage et la traduction. Vous pourrez choisir entre le doublage japonais et anglais. Évidemment, le jeu en japonais a plus de force, mais le doublage anglais est très bon. La traduction française est, elle aussi, très bien réalisée, avec des petites références bien de chez nous, qui ne tombent jamais à plat. On peut saluer le travail des équipes de traducteurs de Square-Enix.

On peut reprocher à NieR Automata sa répétitivité, son manque de polish sur certains aspects et un système de combos qui manque de profondeur, mais je préfère retenir ses grands moments épiques sublimés par la musique, ces moments de grâce où une riflette se transforme en un gigantesque bullet hell, et son scénario déstructuré magnifiquement mis en scène. Un grand jeu, tout simplement.

 

 

 

UN MENU SURPRENANT MAIS QUI POURRA EN LAISSER CERTAINS SUR LEUR FAIM 810Points positifs
  • OST magnifique
  • Système de combat
  • Relation 2B/9S
  • Du bullet hell
  • 60 fps
  • 2B : Style, classe, élégance
Points négatifs
  • Les quêtes annexes en mode Fedex
  • Techniquement plus proche d'un jeu PS3
  • Manque de profondeur dans les combos
  • Refaire le jeu 26 fois ne plaira pas à tout le monde

Vous connaissez ces repas, où malgré le fait que la viande n'était pas tout à fait assez cuite à votre goût, vous avez mangé à vous éclater le bide et quand arrive le dessert, vous n'en pouvez plus ? Mais c'est tellement bon, que vous décidez de déboutonner votre pantalon, pour en prendre malgré tout ? C'est exactement ce qu'est NieR. Un menu surprenant, qui varie les saveurs, avec un accompagnement de qualité et assaisonnement parfait. À recommander à tous les gastronomes amateurs de bonnes choses.

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