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15 mars 2018 - Perco Divers

Ninja et son buff Drake

Ninja et son buff Drake

Un nouveau record d’audience sur Twitch et un duo improbable : Ninja, le streamer et Drake, la star de la musique. Qu’est-ce que cela dit sur nos habitudes de spectateurs ?

Les opinions exprimées dans ce papier ne reflètent que la pensée (torturée) de son rédacteur (malade) et en aucun cas celles d’O’Gaming dans son ensemble, pour la simple raison que chez O’Gaming, des opinions, on en a plein.

Il y a des records qui tiennent des décennies ; Sergueï Bubka, le perchiste, a tenu son rang pendant trente ans avant de rendre sa couronne. Sur Twitch, les records d’audience n’ont pas cette destinée, ils tombent les uns après les autres, comme une suite de dominos. Twitch se crée des stars mais les remplace encore bien vite, symbole d’un média qui découvre son audience et ses goûts. 

Here comes a new challenger !

Il y a eu Faker, en février 2017. Un pic a 245 000 spectateurs. Il y avait alors une certaine cohérence à voir LA star de l’e-sport mondial réunir autant de monde pour son premier stream personnel, hors de toute compétition. Twitch étant la plateforme de référence de l’e-sport, c’était une suite logique. Le record a duré près d’un an.

Et puis le record de Faker est tombé, et l’on a changé d’univers. Détrôné en janvier 2018 par Tyler1, un joueur amateur qui n’a jamais cherché à atteindre le haut niveau, un joueur plus connu pour son comportement discutable et la toxicité de certaines de ses interventions. Le lien avec l’e-sport, s’il fallait en faire un, ne tenait plus que par le jeu diffusé, League of legends, et rien d’autre.

Lorsque Tyler1 est tombé à son tour, ce n’est pas face à une star de l’e-sport venu reprendre son dû, mais face au Docteur DisRespect, et ses 380 000 spectateurs. Le lien entre e-sport et record était alors déjà totalement rompu. L’animateur (car c’est bien comme cela qu’il faut le qualifier) n’étant ni connu pour des performances de haut niveau, ni même joueur d’un des jeux compétitifs majeurs. Loin de nous l’idée de dire que PUBG, le jeu sur lequel il avait réalisé cette performance, n’a pas vocation à être un jeu e-sport de référence, mais ce n’est pas encore tout à fait le cas.

Et hier, le record a, une nouvelle fois, changé de main. Avec habileté, le nouveau champion en titre a mélangé toutes les recettes précédentes pour cuisiner un plus gros gâteau que les autres.

Savage, brutal, Drake

Plus de 630 000 spectateurs se sont donc retrouvés, cette nuit, devant la chaîne de Ninja, pour suivre ses parties de Fortnite. Si le jeune américain de 27 ans se taille une belle réputation depuis quelques semaines sur Twitch, le chiffre – impressionnant – est surtout le résultat d’une belle opération de communication : avoir fait venir en direct le chanteur canadien Drake, et une partie de ses millions de fans, pour jouer quelques parties.

 

 

Ninja est, ou était, un joueur professionnel, un joueur d’e-sport. Personne ne conteste ni son palmarès – construit sur la licence Halo – ni son talent souris en main. C’est pourtant sur Fortnite, un jeu qui, à l’image de PUBG a encore tout à construire au plan compétitif, qu’il commence à affoler les compteurs de popularité. Et c’est en ajoutant une touche « people », avec la venue de Drake (et, presque accessoirement, du footballeur américain Juju Smith-Shuster et du rappeur Travis Scott), qu’il devient le nouveau mètre-étalon de la plateforme.

Un mélange des genres qui divise un peu la communauté e-sportive, ou qui fait qu’elle semble parfois ne plus trop savoir quoi en penser. Est-ce toujours de l’e-sport ? Est-ce autre chose ? Est-ce important finalement ?

Certain réagissent avec humour et distance, comme Mistermv, fidèle à son style.

 

 

Pour d’autres, c’est tout simplement le signe que le streaming de jeux est en train de briser les dernières résistances du grand public, ce qui sera forcement bénéfique pour l’e-sport à moyen terme. Et même l’opération n’était finalement qu’une pure opération de marketing, des acteurs reconnus du milieu ne s’en émouvraient guère, à l’image de Paul Chaloner.

 

 

S’il est impossible à l’heure actuelle de faire la part des choses entre les côtés spontanés et commerciaux de cette folle soirée, on notera que Ninja laissait déjà entendre depuis quelques jours que cette rencontre virtuelle pourrait bien se dérouler dans un futur proche. Du côté d'Epic Games, on se défend d'avoir mis la main au portefeuille, pour ne voir que des gens qui s'amusent.

 

 

C’est en tout cas une belle publicité pour Fortnite, qui prend depuis plusieurs semaines la tête de la course qui l’oppose à PUBG, du moins en occident, l’asie restant fidèle au Battle Royale de Bluehole selon Newzoo.

Modèles et travaux

Les lignes ont bougé et continuerons sans doute de bouger. Quelle seront les chevaux de tête sur Twitch dans les mois ou les années à venir ? Des compétiteurs reconnus dans des jeux dont la scène e-sportive est bien installée ? De purs animateurs, au talent certain pour divertir les foules, joueurs sans forcément être des champions dans leur discipline ? Aux talents hybrides, qui allient une certaine maitrise tout en cherchant à construire leur audience sur d’autres leviers que l’e-sport et le palmarès ?

Les chaines personnelles sur Twitch n’ont pas terminée leur mutation, elles ne semblent même pas encore avoir défini une forme optimale. La succession de records d’audience est le signe d’une période d’expérimentation, de recherche. Les recettes seront-elles bien différentes de celles – classiques – de l’audiovisuel ?

Reste à l’e-sport un titre de gloire : sur Twitch, la plus grosse audience jamais enregistrée est celle d’un Major sur CS:GO, à Boston en janvier dernier. Avec plus d’un million de spectateurs, l’e-sport reste le plus gros rassembleur de fans.

Pour combien de temps ?

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