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29 oct. 2016 - Kyoomei League of Legends

Ode à SK Telecom T1

Ode à SK Telecom T1

C'est une épopée qui a débuté il y a quatre ans. Alors que la scène coréenne n'était pas sortie de la petite enfance, un ouragan nommé SKT T1 K a balayé le reste du monde pour s'emparer d'une première couronne. Aujourd'hui, Kkoma et ses protégés appartiennent déjà à la légende, et se battront pour un troisième titre ce soir. L'heure de rendre hommage au Roi.

Les prémices d'une dynastie

En février 2013, la structure SK Telecom annonce la formation de sa deuxième équipe. Composée des rookies Chae « Piglet » Gwang-jin, Bae « Bengi » Seong-ung et Lee « Faker » Sang-hyoek, ainsi que des joueurs plus expérimentés Jung « Impact » Eon-yeong et Lee « PoohManDu » Jeong-hyeon, SKT T1 K termine les OGN Spring sur une remarquable troisième place. Entre prouesses individuelles et early-game très agressif, les K se font rapidement un nom, et notamment Faker, le meilleur joueur de l'histoire de League of Legends. Stoppée en demi-finale par MVP Ozone, il s'agit seulement des balbutiements de ce que cette équipe va devenir en l'espace de quelques mois.

En remportant les OGN Summer aux dépens des KT Rolster Bullets, au terme d'une finale mémorable – immortalisée par le duel de Zed entre Faker et Ryu – T1 K s'empare du premier seed pour le Regional Qualifier coréen. Cette première Telecom War va laisser des traces, puisque PoohManDu et les siens vont à nouveau s'imposer contre les Bullets, et obtiennent ainsi le dernier ticket pour les Worlds.

Le premier sacre

À Los Angeles, SKT survole la phase de groupes : 7-1, avec une seule défaite face aux Chinois d'OMG. Leur ascension météorique en faisait de logiques favoris avant le début de la compétition, et les hommes de Kkoma n'ont pas déçu – fâcheuse habitude prise par les équipes coréennes depuis lors. Seule une demi-finale remportée 3-2 face à leurs compatriotes des Najin Black Sword nous aura fait douter, car la finale face à Royal Club fut une démonstration. Là aussi, un motif récurrent des Worlds depuis, en fait, la saison 2… jusqu'à aujourd'hui ?


It's not even our final form...

De cette époque lointaine (!) ne restent que Faker et Bengi. Bang et Wolf évoluaient encore dans la line-up sœur (et originelle), SKT T1 S, tandis que Duke gardait la toplane des KT Rolster Bullets. À vrai dire, ce n'est pas complètement exact ; un autre homme travaille chez SKT depuis le début. Cet homme, c'est Kkoma. Ouvertement considéré comme le meilleur entraîneur du monde, il est aussi l'un des grands artisans du succès de l'équipe, dans un pays où les ordres du coach sont exécutés sans hésitation. Sa relation presque paternelle vis-à-vis de Faker a également renforcé l'affect des spectateurs pour les deux hommes.

Le roi est mort, vive le roi

Empire éphémère, SKT vit sa chute arriver bien plus vite que prévu. La faute à une écurie aux énormes moyens, grande déception des précédents Worlds : Samsung. Et particulièrement Samsung Ozone, renommée White en cours de saison, qui éliminera à deux reprises les champions du monde en titre lors des OGN Spring et Summer 2014, à chaque fois en quarts de finale. Curieusement, les White échoueront eux deux fois au tour suivant, face à leur petite sœur Blue – ce qui n'empêchera pas Pawn et les siens de remporter les Worlds en Corée quelques mois plus tard.

Drafts moins inspirées, niveau de jeu en baisse, Faker moins constant : l'échec SKT est le résultat de plusieurs facteurs, parmi lesquels on peut également souligner les problèmes de santé de PoohManDu. Laissant sa place de support titulaire à Casper quelques semaines après un titre en OGN Winter (face à… Samsung Ozone), l'élément « faible » de l'équipe revient en avril sans grand succès. Et en septembre 2014, c'est avec son carry AD Piglet que PoohManDu quitte SKT, quelques jours après un ultime affront et une défaite face à Najin White Shield en finale du Regional Qualifier. Privés de Worlds, les champions en titre ne défendront pas leur couronne. Tout cela à l'aube de changements majeurs sur la scène coréenne.

Fusionner pour régner

Depuis le début, nous n'avons pas beaucoup parlé de SKT T1 S. Malgré son statut de « première équipe », elle a rapidement été éclipsée par les performances et multiples titres des K. Pourtant, avec une line-up de talent composée de Jang « MaRin » Gyeong-hwan, Cho « H0R0 » Jae-hwan, Lee « Eazyhoon » Ji-hoon, Bae « Bang » Jun-sik et Lee « Wolf » Jae-wan, les S parviennent en demi-finale des OGN Summer 2014, avant d'échouer 3-2 face aux KT Arrows, qui remporteront la finale.


Wolf, Bang, Marin et Easyhoon feront partie des SKT unifiés. H0R0 s'envolera lui vers l'Europe.

L'année 2015 marque le début d'une nouvelle ère en Corée. Exit les OGN et les structures à deux équipes : la LCK fait son apparition, avec le format que l'on connaît aujourd'hui. En parallèle, plusieurs grosses fortunes chinoises investissent massivement dans l'eSport, et décident de recruter dans le vivier de talents coréen. Samsung perd ses dix joueurs, KT voit partir ses deux stars Kakao et Rookie… Mais au milieu de cet exode massif, SKT réussit l'exploit de ne pas perdre Faker, malgré des offres mirobolantes en provenance de LPL.

Logiquement, K et S fusionnent pour composer une équipe aussi compétitive que possible. Cela constitue donc une promotion pour trois joueurs : Marin, qui vient supplanter un Impact sur le départ, ainsi que la duolane Bang et Wolf, qui prend la place laissée vacante par Piglet et PoohManDu. Quant à Easyhoon, il devient la doublure de Faker, malgré un nombre important de games jouées. Le choix s'avère très vite payant : malgré un Spring Split 2015 laborieux dans un premier temps, les SKT se hissent jusqu'en finale où ils écrasent les GE Tigers 3-0, s'autorisant même à laisser le Roi-démon intuable (« The Unkillable Demon King ») sur le banc pendant que « The Hoon » démolissait Kuro sur la midlane.

We will rise again

Pourquoi Faker est-il resté en Corée malgré des propositions terriblement alléchantes ? Par ego. Par devoir. Un joueur aussi talentueux et motivé ne pense qu'à la victoire. Ne pas conserver son titre aurait déjà été une déception, mais ne même pas se qualifier pour les Worlds… C'en était trop. En concurrence (légitime) sur la midlane avec Easyhoon, alternance motivée par les pools de champions complémentaires des deux joueurs, Faker va monter en puissance au cours de l'année 2015.


Comme un air de déjà-vu...

17 Bo3 gagnés pour un seul perdu au Summer Split, une finale aisément remportée face à KT Rolster : SK Telecom écrase tout et retrouve son statut d'épouvantail. Même si les LGD brillent en Chine et que Fnatic réalise un split parfait en Europe, tout cela n'est qu'un feu de paille. Les champions chinois, où l'on retrouve Choi « Acorn » Cheon-ju et Gu « Imp » Seung-bin, s'effondrent en phases de groupe, tandis que Fnatic n'aura pas l'occasion de défier Faker et les siens, la faute à des Koo Tigers largement supérieurs en demies.

Une seule défaite en finale face aux Tigers justement, et c'est tout : SKT est de retour au sommet, et de quelle manière. Bengi et Faker s'emparent d'un deuxième titre de champions de monde, tout comme Kkoma, qui a réussi à reconstruire son équipe et à lui réinsuffler un style qui agace parfois…

Votre Honneur, je demande l'acquittement

Et c'est en effet la première et seule source de critiques que l'on peut formuler à l'encontre de l'équipe coréenne. Un style de jeu trop propre, trop clinique, trop intelligent, et donc pour les spectateurs, trop chiant. Entre les escarmouches brutales et permanentes en LPL, l'agression parfois aberrante des ROX Tigers, ou même le panache des Fnatic à leur apogée en 2015, il y a une espèce d'injustice à voir triompher une vision beaucoup plus carrée du jeu.  

Mais quel procès fait-on au juste aux double-champions du monde ? De jouer trop bien ? D'être trop parfaits ? Sans doute s'agit-il là de la véritable injustice. En 2014, SKT a sombré. Cette année, SKT a tremblé. La demi-finale des Playoffs face à KT a laissé présager le pire – une première Telecom War en Bo5 perdue, la perspective de devoir se battre pour le troisième seed coréen, et de voir ressurgir le spectre de la saison 4. D'une manière générale, l'été fut trouble, notamment à cause de leurs soucis de jungle (même si incriminer uniquement Blank et Bengi est une facilité).


Espiègle avec Blank, Kkoma pourrait bien voguer vers de nouveaux horizons en cas de troisième titre mondial.

Et pourtant, nous voici à l'aube d'une troisième finale de Worlds pour SK Telecom. En redoublant d'efforts, en s'entraînant de manière acharnée, ils arrivent aujourd'hui à Los Angeles favoris pour un troisième titre, lors d'une finale où ils retrouveront Samsung. L'autre mastodonte de l'histoire coréenne, dont nous vous avons parlé à travers un autre article, est arrivé à San Francisco dans l'ombre des ROX et de son futur adversaire, mais a réussi à se hisser en finale. Une preuve de plus que la Corée est loin, très loin devant les autres régions.

Je vais vous faire une confidence : je ne suis pas du tout fan de SKT. À vrai dire, seul notre Chips national défend toujours avec passion une équipe qui a lassé beaucoup de monde.

Mais aimons-les. Aimons SKT, et respectons-les, car nous n'aurons sans doute pas l'occasion de revoir de sitôt une équipe aussi exceptionnelle, et qui incarne mieux que personne les valeurs que nous, membres du monde esportif, revendiquons.

Loyauté, grâce à des joueurs et un staff qui n'auront pas quitté le navire malgré des propositions aberrantes. Volonté, en se relevant d'échecs cuisants grâce à un travail acharné et une dévotion sans faille. Fair-play, jamais ces joueurs extraordinaires n'ayant montré autre chose que du respect vis-à-vis de leurs adversaires. Les SKT sont des champions, aussi bien sur la faille qu'en dehors, et ont déjà marqué l'histoire de League of Legends. Un troisième titre ce soir en serait presque anecdotique. Alors, messieurs, respect, et merci.  

 

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