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29 juil. 2017 - Biggy League of Legends

Père Riot, raconte-nous une histoire

Père Riot, raconte-nous une histoire

La ligue des légendes, un lieu où des invocateurs se réunissent pour appeler les champions les plus puissants de Runeterra. Voilà le postulat duquel sont partis les développeurs lors de la création du jeu. Avec le temps l’importance du lore de League of Legends a évolué. Mais en quoi celui-ci sert les intérêts de Riot Games ? Quel est le but d’avoir une histoire et un univers cohérent dans un jeu à vocation compétitive?

Lore, ou pas lore : telle est la question

Il existe deux types de jeux esportifs. Ceux qui ont un background : LoL, Dota, Starcraft, Overwatch et ceux qui n’en ont pas : CSGO, Rocket League, World of Tank… Il faut donc se demander quelle plus-value apporte le lore à un jeu ? Rien n’empêche Valve de créer une histoire à chaque terroriste ou anti-terroriste sur fond de conflit international. 

Si nous devions chercher un point commun à tous les lores des jeux compétitifs, c’est qu’ils évoluent tous dans des mondes d’heroic-fantasy ou de science-fiction. Pas ou peu de mondes contemporains prenant des éléments du monde réel. Blizzard par exemple s’appuie énormément sur son univers étendu, ses jeux comme Heroes of the Storm ou Hearthstone tirent directement leurs histoires des autres licences de l’éditeur. Starcraft a quant à lui créé son lore grâce à une solide campagne solo, chose courante dans les RTS mais peu sur les jeux à vocation compétitive tels qu'ils sont conçus depuis LoL et l'explosion de l'esport. Les événements d’Overwatch ont eux été fabriqués à coups de vidéos d’animation et d’événements en jeu.


League of Legends va t-il s'inspirer de Starcraft et créer une campagne solo racontant son lore? (crédit : Blizzard Entertainment)

Mais qu'en est-il de notre MOBA préféré ? À sa sortie chaque personnage avait sa petite histoire, mais en tant que jeu émergeant, le lore n’était pas la priorité de Riot. Petit à petit confrontés à plusieurs incohérences, ils ont même réduit les histoires de chaque héros à une ou deux lignes. Jusqu’au jour où le lore est revenu sur le devant de la scène en 2013 avec La bataille de Freljord.

Pour Freljord !

La bataille de Frejlord est le premier « événement spécial » créé par Riot basé sur le lore et la participation active des joueurs. Trois tribus représentées par plusieurs champions dont toute l’histoire a été repensée pour l’occasion. En fonction de l’allégeance faite par le joueur aux tribus d'Ashe, Sejuani ou Lissandra, celui-ci, à la fin du délai, pouvait alors gagner une icône spécifique de son choix.


Qui des Avarosans (Ashe), de la Griffe hivernale (Sejuani) ou des Gardiens du givre (Lissandra)
a mérité vos honneurs ? (Source : leagueoflegends.wikia)

Avec le temps différents événements ont fait leur apparition basés sur autre chose que la seule histoire des champions : le solstice d’hiver a permis à Riot de faire découvrir sa collection hivernale de skins tout comme le festival lunaire, les membres de pentakills ont sorti un album, l’avènement de Shurima a annoncé la venue d’un nouveau champion et d'une nouvelle région, et d’autres ont même permis de mettre en avant de nouveaux modes de jeu.

Riot utilise donc son lore en tant que moyen de communication, où  le joueur a le plus souvent une part active. Cela permet à celui-ci de se sentir investi dans le jeu, et d’être proche de l’univers qu’il fréquente au quotidien. Et c’est là la force de Riot, avec son lore l'éditeur réussit à préparer le terrain du marketing et des produits dérivés. Les skins d’événements sont une mine d’or, en témoignent le nombre de Yasuo du chaos et de Riven de l’aube présents en jeu. 

Il était une fois...

Avant de se demander jusqu’où peut aller Riot grâce à son lore, étudions un peu celui-ci. Il y a huit mois, Riot a annoncé la sortie d’une partie de site dédiée à l’histoire de League of Legends nommée « Univers ».

À l’heure actuelle cette expérience est toujours en bêta, mais son but est clair. Tout d’abord réunir en une compilation, tout le travail des rioteurs sur le lore. Fini les pages perdues et éparpillées au fin fond d’internet, les invocateurs peuvent maintenant retrouver des éléments passés ou à venir en un seul clic. Ensuite c’est à la manière d’un univers étendu comme Marvel que procède Riot : ne pas se limiter à un support. Là où Marvel utilise comme média de diffusion des comics, des films, des séries… Riot va utiliser des cinématiques, des bandes-dessinées,  des musiques ou encore des textes écrits. Et si certaines personnes doutent de cette stratégie, il suffit de regarder l'hégémonie de Blizzard sur le monde hors jeu-vidéo : livres, films, comics...


L'ancienne carte officielle de Runeterra (2009) maintenant devenue obsolète (source : RiotGames)

Pour revenir au lore même de League of Legends, Riot a choisi de découper le monde de Runeterra en différentes régions : Demacia, Noxus, Ionia, Piltover, Zaun, Shurima, Freljord, Bilgewater, Mont Targon, Iles obscures, Bandle et le Néant. Chaque région a une culture et des champions qui lui sont propres. Graphiquement les personnages d’une même faction ont une même charte graphique facilement identifiable : personne n’enverrait Garen à Noxus ou Braum à Shurima.

Toutefois rien n’empêche Riot de sortir des champions affiliés à aucune de ces régions ou d’en donner une nouvelle à d’anciens champions. L’exemple récent des Vastayas avec la sortie de Xayah et Rakan a permis de dépoussiérer le lore de nombreux champions : Wukong, Ahri, Rengar et Nami ont pu faire peau neuve.

De plus, dans League of Legends, il existe l'histoire de Runeterra comme on vient de la voir. Mais aussi plein d'univers parallèles composés par des skins qui apparaissent dans des vidéos ou des bandes-dessinés.

Skin Money

Il est difficile de quantifier le réel impact du monde crée par Riot. Une des données que l’on peut utiliser est celle du nombre de vues sur les vidéos Youtube de la chaîne League of Legends. On peut voir que les musiques ou les animations basées sur un personnage ou racontant une courte histoire ont des vues largement supérieures autres.

La dernière vidéo de style histoire qu’a sortie Riot est « Xayah & Rakan : Wild Magic » datant de trois mois et cumulant 4 700 000 vues (uniquement pour les vues de la chaîne anglophone) tout comme celle du rework de Warwick. Ces résultats sont bien supérieurs à la moyenne des autres vidéos sorties à la même période. Même si les joueurs ne s’intéressent pas directement à l'histoire de League of Legends, ils y sont quand même sensibles. Sur ce point-là, League of Legends se rapproche très fortement d'Overwatch, dans le top 10 des vidéos de la chaîne du jeu de Blizzard, une seule ne concerne pas le lore du jeu.


Marc « Tryndamere » Merill faisant don de 162 430$ à la Croix Rouge (Source : RiotGames)

C’est la force marketing de Riot. Il n’existe que peu de chiffres montrant les bénéfices fait sur la vente de skins, de champions ou de produits dérivés. Lors du tremblement de terre au Japon, Riot a organisé une collecte de fond via la vente du skin Akali infirmière au prix de 487 RP. Sur une période d’une semaine ils ont réussi à rassembler 162 430$ sur une participation de 50 000 invocateurs soit environ 3.24$par skin. Même si ces chiffres sont à prendre avec des pincettes (ils n’incluent pas la vente du personnage Akali, le coût de création du skin et de la communication…), ils donnent une indication sur la rentabilité de ces produits virtuels.

Riot a donc tout à gagner à mettre son lore en avant. Les vidéos « Project Overdrive » et « Burning Bright » mettant en avant respectivement les skins « Project » et « Star Guardian » par de courtes histoires sont les 14e et 12e les plus vues de la chaîne League of Legends avec 9 500 000 et 10 500 000 visionnages. Et même si l’on ne peut pas faire le raccourci un viewer = un skin vendu, on peut toutefois mesurer l’impact qu’a ce moyen de communication. Riot fait sa propre publicité, via des vidéos que réclament les joueurs. 


Intégrer Star Guardian Urgot au lore, le rêve de tout fan (Concept art by : IBralui)

Tout comme pour son circuit compétitif, Riot est la seule personne à avoir la main sur la communication et la publicité de son contenu. Ils ont bien compris que le lore était un puissant moyen de diffusion via ses différents médias. De plus en nous habituant à du contenu de qualité sur différents supports, Riot nous prépare à des événements beaucoup plus gros, on peut dès lors se prendre à rêver d'un film ou d'un livre basé sur l'histoire de la faille de l'invocateur. Il suffit de regarder le nombre de livres basés sur l'univers de Starcraft pour voir que les supports autres que numérique ont leur place. 

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