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27 juil. 2017 - Perco Divers

Preview Northgard (PC) : Walkyries à moitié dans ton lit

Preview Northgard (PC) : Walkyries à moitié dans ton lit

Je vieilli. Oh, pas au point d’acheter un monte-escalier Stannah bien entendu mais de subtils indices me poussent à croire que mes vertes années sont plutôt derrière moi.

Je peux suivre un épisode de Columbo en entier, je me souviens d’un monde sans téléphones portables et quand je donne mon âge à ma nièce, son regard effrayé me hurle « Tu vas bientôt mourir alors ? ». Je vieilli. Forcement, les réflexes s’émoussent, la coordination œil-main prend des vacances, je trouve que les jeux vont de plus en plus vite pour ne pas m’avouer que c’est moi qui vais de plus en plus lentement.

Alors j’aime Northgard. Je l’aime parce qu’il s’adapte à mon rythme, comme un aide-soignant attentionné, il cale son pas sur le mien, me rassure en me murmurant à l’oreille « C’est bien, pas besoin d’aller vite, l’important c’est d’arriver ». Grace à lui, j’oublie que la vieillesse est un naufrage.

Retour aux ressources

Après le succès d’Evoland et d’Evoland 2, deux purs RPG, c’est à la gestion façon Settlers et au RTS que s’attaquent les bordelais de Shiro Games. Et cette fois, c’est la mythologie nordique qui est convoquée, les vikings, les drakkars et les Dieux. En accès anticipé sur Steam depuis le 22 février dernier (pour une vingtaine d’euros), le jeu propose désormais suffisamment de choses pour qu’on vous en parle un peu.

En solo ou en multijoueur (aucune campagne n’étant encore disponible), il s’agira de développer son petit clan viking en colonisant les cases de la carte pour y construire des infrastructures et y assigner ses villageois. C’est du classique, du solide, du connu mais ça marche. On débute en créant un explorateur (pour aller repérer les meilleure cases adjacentes sur lesquelles s’étendre), quelques bûcherons et, si l’on peut, des mineurs et des paysans. Les villageois non affectés ramassent, par défaut, de la nourriture sur leur case. En tout, ce sont cinq paramètres qu’il faut gérer : le bois, la pitance, la pierre (et plus tard le fer), le bonheur et l’argent. Le savoir, lui, sert à débloquer des bonus sur l’arbre technologique et s’optimise en ajoutant des péons pour prier autour des dolmens et cromlechs, bref, encore un truc de bretons.
 


Pour certains clans, il est même possible de construire des drakkars.
 


Et de tout cela il en faudra pour transformer vos deux bicoques en… ben en petit village au mieux, Northgard ne cherchant clairement pas à vous faire construire des villes gigantesques ni à faire évoluer vos vikings pour qu’ils découvrent la propulsion atomique. Dites-vous qu’une grosse armée de fin de partie, par exemple, c’est une quinzaine de guerriers accompagnés d’un chef de guerre. On n’est pas là pour faire du Sid Meyers mais pour construire la petite dizaine de bâtiments disponible, les faire évoluer d’un cran (le seul proposé) dès qu’on peut se le permettre, débloquer quasiment tout l’arbre technologique et filer au plus vite vers un des types de victoire proposés. Ici encore, on ne réinvente pas (trop) la roue mais il y a de la variété. Pour gagner, il faut au choix : écraser tout le monde ; amasser suffisamment d’or ; acquérir assez de renommée (par exemple en vidant la carte de ses loups et de ses monstres) ; entasser le maximum de point de science ; trouver la case offrant accès au magma pour y construire des forges et façonner une épée légendaire ou remplir un objectif spécifique, variable selon la carte générée.

Le secret pour croître et parvenir à atteindre l’un de ces objectifs est d’arriver à conserver une production positive d’argent et de matières premières car, tout de même, Northgard propose quelques mécaniques plus originales, à commencer par un cycle saisonnier un peu violent.

Qui Thor dîne

Voilà comment risque de se passer votre première partie de Northgard : tout commence pépère, c’est l’été, il fait chaud, la bouffe est suffisante, vous en dépensez pour vous étendre un peu trop vite et là, paf, l’hiver ! Direct, sans transition. C’est un cycle saisonnier été/hiver permanent et, autant le dire, l’hiver est rude. D’un coup, votre consommation de bois s’envole et si vous n’avez pas fait de réserves de nourriture, c’est la famine, la maladie et vos villageois tombent comme des mouches. Bref, il faut jouer à la fourmi car les cigales finiront six pieds sous terre et il faudra attendre que votre « maison commune » (le bâtiment principal) repeuple le village, habitant par habitant. Tout cela vous laisse un petit peu trop longtemps « à poil », comme le disent nos amis pro-gamers, donc vulnérable à toute attaque. Par contre, lorsque la récolte est bonne et l’hiver encore lointain, autant lancer un « festin », qui permettra de placer la production de vos ouvrier sous le saint patronage du dieu des stéroïdes.

Pour survivre aux premiers hivers, il faudra aussi compter sur les bonus propres aux cinq clans vikings disponibles (et un peu sur la chance). Clan du loup, clan du cerf, clan des chèvres, clan du corbeau et le tout nouveau clan de l'ours, chacun se ressemble furieusement mais dispose de sa petite spécificité de gameplay. Le clan du loup peut récupérer de la viande en tuant les loups de la carte, faisant de l’option militaire une source de nourriture ; le clan du cerf débute avec des réserves de ressources ; le clan de la chèvre dispose de deux moutons dès le départ et de la possibilité de construire une bergerie ; le clan du corbeau est un clan spécialisé dans l’activité marchande et peut utiliser l’argent en lieu et place de la nourriture pour coloniser son territoire. Shiro Games vient d'introduire le clan de l'ours, qui bénéficie de bonus en hiver, ce que l'on qualifiera poliment, pour l'instant, de « complètement pété ». De légères différences se retrouvent dans l’arbre technologique mais la base est commune.
 


Un arbre court mais clair.

 


Soyons francs, les avantages de chaque clan ne nous ont pas semblé, de prime abord, très équilibrés. Pourtant, à la longue, on réalise que cela dépend beaucoup de la carte générée aléatoirement et de la répartition des ressources qui en découle. Il y a donc un petit côté « roulette russe » qui peut rendre ces bonus plus ou moins efficaces.

Autre idée plutôt amusante, il existe des cases spéciales sur la carte. Il est ainsi possible de croiser des Géants Jöthun, neutres par nature mais qu’il est possible de convertir à votre cause, ou des monstres légendaires dont la tête vous rapportera un beau paquet de points de renommée.

Sigur pas rosse

Northgard est certes toujours en accès anticipé mais il fait montre de tant de soin qu’on a désormais affaire à un produit quasi-complet. Le tout avec une interface parfaitement lisible et léchée, une direction artistique tout à fait croquignolette et une bande-son reposante à souhait. Il n’y a rien de vraiment révolutionnaire, et ce n’est d’ailleurs vraisemblablement pas le but, mais il y a un amour du travail bien fait palpable au service d’un jeu hyper additif.
 


N'est-elle pas mignonette cette wyvern ? Elle vaut beaucoup de points de renommée mais mieux vaut s'être bien préparé.


Car oui, la mayonnaise prend d’une drôle de façon. Northgard, dans l’esprit, c’est l’anti-StarCraft ; un jeu de gestion au rythme lent, dans lequel on prend son temps et où l’on ne se sent jamais trop stressé, jamais obligé de trop micro-gérer son armée, jamais perdu devant  trop d’options. C’est un jeu riche mais auquel on joue en pantoufles, d’une main et sans pression. Une partie est une grosse heure de détente à lancer le soir en rentrant du boulot, avec un verre à la main et le chat sur les genoux. Du coup, on relance inlassablement une nouvelle carte, avant de se rendre compte que cela fait quatre heures que l’on joue.

Comme les développeurs nous l’ont glissé lors d’une longue interview, la liste des futurs ajouts est assez alléchante et, pour peu que les campagnes promises arrivent et soient amusantes, Northgard pourrait tout à fait constituer la petite sucrerie des joueurs casual et des vieux routiers du RTS fatigués.

Au fond, Northgard devrait être remboursé par la sécurité sociale.

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