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09 juil. 2014 - Félix Divers

Quels jeux pour l'eSport ?

Quels jeux pour l'eSport ?

« Moi, si je devais résumer ma vie aujourd'hui avec vous, je dirais que c'est d'abord des rencontres, des gens qui m'ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j'étais seul chez moi. Et c'est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée... ».  Cette célèbre tirade s'est imposée à mon esprit en pensant au premier jeu auquel j'ai joué. À la première personne avec qui j'ai joué. À la vidéo qui m'a fait découvrir le sport électronique. À la personne qui m'a permis de vous écrire. À toutes ces rencontres qui ici et maintenant vous posent une question : un jeu est-il conçu pour l'eSport ?

Pourquoi cette question ?

Depuis quelques semaines, un jeu fait débat sur sa qualité d'être un jeu « eSport » ou non : Hearthstone. Par son côté aléatoire, il a rendu chèvre beaucoup de joueurs qui militent pour que ce jeu ne soit pas traité comme l'égal d'un Street Fighter ou Starcraft.

J'y ai moi-même joué pendant des heures, j'ai suivi des compétitions, crisé sur la supposée chance de mes adversaires, sur le déséquilibre patenté des jeux de cartes, mais d'un autre côté j'adore le poker. Or, il m'est impossible de dissocier le mot chance - dixit Robert le dico : manière favorable ou défavorable du déroulement d'un évènement - des jeux de cartes. Alors pourquoi s'affronter sur des jeux où le plus « chanceux » l'emporte toujours ?

Des cartes longtemps sujettes à discussion.

Un souci cristallisant à tel point les joueurs de cartes que même l'entreprise Wizards of the Coast, créatrice du célèbre Magic: the Gathering a tout fait pour limiter au maximum ce facteur, prétextant que la satisfaction générée par la chance n'en valait pas la chandelle par rapport à la frustration engendrée par la malchance. Mais est-ce réellement important ?

Du simple contrôle d'identité...

Comme tout le monde le sait - et si ce n'est pas le cas, sortez de votre grotte -, Hearthstone a été développé par Blizzard. Imaginons un instant que la célèbre firme californienne soit un pays : les blizzardeux sont les habitants, la date de sortie de Diablo II la fête nationale, les Coréens le clergé local, World of Warcraft Noël. En l'espace de 10 ans, la firme californienne a réussi à envoûter des millions de joueurs dans un univers pour ainsi dire unique. Et pour cause, elle a enchaîné les succès retentissants qui ont tous un point commun : le mode online. C'est notamment le RTS à la Blizzard qui marqua l'histoire de l'eSport puisque Starcraft, Starcraft : Broodwar et Warcraft 3 ont été les jeux phares de la scène compétitive vidéo-ludique pendant des années – okay, okay, il y a aussi CS 1.6, je dépose les armes.

Grâce à ces jeux, Blizzard a volontairement ou non créé la première communauté du sport électronique. Une communauté de joueurs mais pas de n'importe quels joueurs, un type bien particulier qui se nomme le joueur PvP. Le point clef est là, puisque fatigués de bourriner une intelligence artificielle souvent quelconque, ces joueurs ont décidé de s'affronter, comme dans n'importe quel sport. Ces joueurs, cette communauté, a permis à Blizzard de connaître sa pérennité.

… au délit de faciès.

Surfant sur sa popularité auprès de ces joueurs toujours aussi passionnés de Starcraft: Broodwar et de Warcraft 3 - notamment le mode DotA qui eut encore plus de joueurs actifs que The Frozen Throne -  Blizzard a décidé de concevoir un jeu spécialement pour cette communauté, censé réunir toutes ses sensibilités, du RTS au Hack'n'Slash tout en passant par le DotA-like : Starcraft 2. Devant succéder à son prédécesseur – zut j'ai cassé une porte -, SC2 a été présenté comme le jeu compétitif des années à venir.

Que nenni, Riot est arrivé avec ses grosses godasses, ses millions de dollars et surtout son bébé : League of Legends. La finale de la saison 1 lors de la DreamHack Summer 2011 fut un tel succès que Blili en perdit son latin. Derrière, Valve annonce DotA 2 - au grand dam de Blizzard se sentant lésé - qui lui aussi est une réussite, CS: GO marque son territoire et la cerise sur le gâteau, les jeux consoles font leur apparition dans l'eSport avec notamment Call of Duty et Halo. Pris en défaut par ce genre d'entreprises qui développent des jeux spécifiquement pour les joueurs de PvP, Blizzard en quête de renouveau a fait de même. Résultat des courses : Hearthstone fait un carton et Blibli est enceint de Heroes of the Storm.

League of Legends or riot !

Alors là, je porte plainte.

Certes, un produit doit répondre aux attentes de sa cible. Ces jeux pour être compétitifs doivent être accessibles, équilibrés et suivis par leurs développeurs. Ce sont ces éléments qui font de ces jeux des succès. De nos jours, on voit apparaître des jeux tatoués « eSport » comme Hearthstone, SC2, HotS, DotA 2 mais un jeu comme Bloodline Champions - qui n'échappe pas à la tendance - avec un excellent gameplay et qui visait lui aussi les joueurs de PvP a été un échec. WoW de ce point là est un échec complet puisque Blizzard n'a jamais réussi à équilibrer son jeu depuis la deuxième extension, finissant par changer de stratégie en s'orientant vers le PvE.

Il ne faut pas oublier ce qui définit les joueurs et les fans d'eSport : le versus. L'essence même de la compétition.

Ce qui fait un jeu un jeu « eSport » est sa scène compétitive. Ce n'est pas la qualité du gameplay, ce n'est pas ceux qui le présentent comme tel. Ce sont les joueurs qui décident si un jeu est digne ou non d'être « eSport » car c'est cette communauté qui organise les tournois. C'est cette communauté qui les regarde. C'est cette communauté qui y participe. C'est tout à l'honneur des développeurs de réunir toutes les conditions nécessaires au bon déroulement de la scène compétitive mais l'eSport est l'histoire d'une communauté de joueurs qui jouent pour s'affronter, une histoire qu'eux seuls doivent écrire, sur les jeux qu'ils ont choisi. Et seulement ces jeux... du moins à mon avis.

Et vous, quel est le vôtre ?

 

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7 commentaires

TekTek
TekTek - 09/07/2014 17h02

"Je ne pense pas qu'il y ait de bonne ou de mauvaise situation.."

Bloodline Champions ; ou la déception de jouer a un jeu excellent et de ne voir personne y accrocher :( Je crois que je vais me le réinstaller, ça compensera ma nullité sur Magicka.

C'est ça le secret de l'e-sport en fait, la com'

Debla
Debla - 10/07/2014 00h23

J'aurais plutôt tendance a nuancer la conclusion de l'article. Certes il faut il une communauté pour tenir le jeux sur le long terme.

Cette communauté elle viens d'ou ? Bah comme la dis TekTek, la com'. Si riot, n'avais pas mis des millions dans l'esport, LoL ne serais pas la machine qu'il serais aujourd'hui. De meme pour Call of Duty, il a la communauté pour etre esport uniquement parcequ'il vend 10 million d’exemplaire a chaque sorti, alors forcement y'aura toujours du monde pour les tournois... Alors que si on prends par exemple Natural Selection qui a un potentiel dementiel en terme d'epsort grace a son gameplay riche, bah vu que personne ne joue dessus, eque les Dev' n'en font pas de pubs, et n'organise pas de tournois.. bah il n'existe pas de scene competitive..

Enfin Je trouve le cas de BliBli et Starcraft assez interressant, parceque suivant les années, et l'organisation avec la Kespa, on pourraitpresque ce demandé si malgres la communauté, c'est pas l'editeur qui a petit feu, tue son esport..

JeanFistMichel
JeanFistMichel - 10/07/2014 12h23

Je suis pas d'accord avec cet article. Ce n'est que mon humble avis, mais pour moi il y a une différence entre un jeu vidéo compétitif et un jeu orienté e-sport : ce qui démarque ces derniers et les autorise à avoir "sport" dans leur dénomination, c'est le fait que tout se passe en temps réel et que les joueurs doivent être capables de réaliser de vraies prouesses physiques pour dépasser leurs adversaires. Alors oui, il y a de nombreux points communs entre Heartstone et des jeux que je considère orientés e-sport comme Starcraft, LoL ou Street Fighter : la nécessité d'acquérir une grosse quantité de données brutes avant d'avoir une chance de jouer correctement, les capacités d'analyse et d'anticiation, l'importance du decision-making et le mind game qui va avec, le meta-game, l'équilibrage, bref, tout ce qui touche à l'aspect stratégique du jeu. Mais si on considère que cela suffit pour dire qu'un jeu est e-sportif, alors Pokemon ou les échecs en ligne sont aussi de l'e-sport.

Si on veut aller un peu plus loin, on peut réfléchir à l'utilisation du support informatique dans tous ces jeux. Un jeu comme Heartstone n'utilise l'ordinateur que comme arbitre, pour se permettre d'intégrer des règles plus ou moins compliquées ou calculatoires sans se prendre la tête. La diffusion sur un support informatique plutôt que sur un support papier comme pour Magic n'a finalement qu'une influence pratique, et c'est la même chose pour le gameplay multijoueur de Pokemon si on y réfléchit un peu (et idem pour les échecs, étrangement...). De l'autre côté, un jeu comme LoL ou Starcraft a un gameplay purement informatique, impossible à retranscrire en jeu de carte ou un jeu de plateau, ou alors je demande à voir mais quand même ça semble pas évident. Donc aussi bien sur le point de vue électronique que sportif, je pense que les jeux e-sport répondent à une catégorie de gameplay très particulier, et que y placer des jeux comme Heartstone n'est pas adapté.

Pour l'aspect communautaire, c'est bien sur qui la communauté qui permet au jeu de se développer, mais le potentiel e-sportif d'un jeu est à aller chercher dans son gameplay, pas dans le fait que le succès soit ou non au rendez-vous. Cette avis ne concerne que moi, mais peu importe à quel point les compétitions de CoD pourront se développer, Shootmania restera un fps e-sportif cinquante mille fois meilleur.

FelixP
FelixP - 10/07/2014 16h18

Ce que j'essaie d'exprimer dans mon article volontaire partial, c'est de dire qu'aujourd'hui ce n'est plus la communauté qui définit un jeu esport alors que cela devrait l'être. Le budget marketing des développeurs est là pour attirer des gens qui vont rendre ce jeu populaire et donc leur ramener de l'argent. Preuve supplémentaire, Riot tout comme Blizzard ont créé leur propre compétition mais les joueurs ne peuvent pas participer à d'autres compétitions comme sur LoL ou alors aucune grosse compétition ne peut être organisé en même temps que les WCS pour sc2. Et ceci n'a pour but que de contrôler au moins un peu, les revenus engendrés par l'eSport. Mais une nouvelle fois ce n'est que mon avis ;)

Debla
Debla - 10/07/2014 16h36

Au final je suis daccord avec toi felix, j'avais simplement pas vu la nuance dans ta conclusion..

D’ailleurs, je suis du coup pas vraiment daccord avec JeanFist, parce que tu fais une différence de catégorie enter les jeux, alors que pour moi, chaque jeux est une discipline, et si elle dois trouvé sa place a niveau professionnel, que se soit pokemon, LoL, Worms, ou ce que tu veux, a partir du moment ou des passeront 1000h par jour a exploité et try hard le jeu en question, le gameplay aussi simpliste soit-il, il y aura des joueurs professionnels méritant.

De plus le sport, a la base, un sport c'est le dépassement des capacité humaine, et les gens vont voir ça pour s'amuser, aujourd'hui, avec les sport en équipe, le but n'est plus de dépassé des limites absolue, mais d’être juste relativement plus fort que les autres( par exemple le foot ) , histoires d'amuser la galerie. De ce fait, n'importe quel jeu peut être tryhard, a partir du moment ou il existe une scène compétitive et une communauté pour le soutenir.

Schulerdat
Schulerdat - 10/07/2014 21h25

   Si je peut me permettre, malgré toutes les volontés de Blizzard (société que je ne porte pas dans mon coeur, mais ce n'est là que mon humble avis), Hearthstone n'est pas, et ne seras jamais, un jeu eSportif. Pourtant, il y avait de l'idée, un jeu de carte, avec un classement, des niveaux, etc. Hearthstone est un jeu qui a un interêt phénoménale, autant par les possibilités qu'il offre, que par la passion qu'on peut éprouver pour ce jeu.

Mais une chose est sûre, en choississant d'accorder une grande place à l'aléatoire dans le jeu, Blizzard a tué la poule aux oeufs d'or.

Le jeu aurait pu être, tel un Yugi yo, basé sur une combinaison astucieuse de cartes, permettant de "snowball" son adversaire, en prenant la domination du terrain et j'en passe des méthodes stratégiques plus ou moins vicieuses et franchement intéréssantes.

Au lieu de ça, Blizzard a choisi qu'un druide pouvait jouer une légendaire de 6 de mana niveau 1, et gagner la partie PEU IMPORTE son niveau de jeu.

Maintenant, passons à Lol et SC2. Ces deux jeux ont un point en commun, que l'on néglige souvent, c'est la passion aveugle pour atteindre la perfection. Idem pour les CS, et tant d'autres jeux qui ne sont pas cités ici. Pensez aux échecs, pas de l'eSport, mais le principe est le même. 2 équipes (joueurs pour SC, mais rofl), partent sur un pied d'égalité parfaite, avec de multiples options pour parvenir à la victoire. Une chose est sûre, cette dernière phrase ne correspond pas à Hearthstone. Alors oui, la communauté prise de sa passion se tourne vers le "top niveau" que les éditeurs ne se gardent pas de leur afficher. Peu à peu, voyant que la communauté de LoL se tournait sérieusement vers cette possibilité, Riot Games à fait grossir le truc, jusqu'à le rendre aujourd'hui le summum de l'eSport, commentateurs pros, joueurs 100%, finale régionales (région, ici, désigne une grande zone telle l'europe) puis internationales, en favorisant toujours et encore plus la passion de ces joueurs.

Non ? Mais alors, dites moi, quel est l'intérêt des "proseriesleagues"?

De raviver la flamme qui nous anime en nous intégrant indirectement à la compétition.

J'ai vu par ailleurs certains commentaires reprocher à LoL de trop encadrer la compétition. Mais réfléchissez, et citez moi une entreprise qui peut se permettre d'offrir un contrat longue durée (on reviendras sur le fait que ce ne sont pas directement des CDI) à plusieurs centaines de professionnels, et plusieurs millions de cash prize, à l'international, et de rassembler chaque semaine devant leurs écrans des centaines de milliers de fans.

Pour résumer, avoir beaucoup de fans, c'est bien, mais si on a pas les sous pour payer une salle où les accueillir, ça sert à rien.

A bon entendeur.

FelixP
FelixP - 10/07/2014 22h32

Bien sûr qu'on ne pourra pas oublier que Riot ont accordé des contrats de travail aux joueurs des LCS c'est d'ailleurs grâce à ce genre d'arme juridique qu'ils peuvent "contrôler" le développement du jeu au niveau eSport. De même, Blizzard utilise l'arme de la propriété intellectuelle pour donner l'exclusivité à son jeu.

Pour revenir à ce que tu disais sur Hearthstone, je pense pas que la chance empêche un jeu d'avoir une compétition. Certes, la régularité paraît peu probable mais dans tous ces jeux où la part de hasard est importante, les développeurs ont toujours offert une arme pour contrebalancer cela : Hearthstone c'est la construction de decks, WC3 a une grosse composante basée sur la chance ça n'a pas empêché des joueurs comme Moon ou Grubby de devenir les rois de cette époque grâce à leur skill monstrueux et un autre jeu qu'on oublie souvent mais où la compétition est bien plus développé que dans n'importe quel jeu vidéo, c'est le poker. Le poker c'est de la chance car soit tu as une bonne main et tu touches au flop ou alors tu as perdu. Mais c'est tout de même l'un des seuls jeux que je connaisse où tu peux gagner en étant 100% sûr d'être perdant. L'aspect psychologique a rendu ce jeu passionnant et les compétitions de poker à gros cash prizes et des joueurs professionnels existent depuis les 70's ! Comme quoi. ;)

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