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21 sept. 2015 - EpSyLoN StarCraft 2

Rétrospective sur une folle année WCS

Rétrospective sur une folle année WCS

Depuis déjà trois saisons, on peut suivre en direct sur O'Gaming TV la compétition phare de Blizzard, les WCS. En plus des diffusions sur la web TV, il y a eu les LAN de Cologne, Burbank, Poitiers, Toronto, Katowice et pour finir Cracovie. Revenons ici sur les joueurs de cette année StarCraft WCS.

Les déceptions

Ils étaient prêts à l'aube de 2015 à briller. L'un était le meilleur foreigner de l'année 2014, 17e au classement WCS, l'autre est la meilleure performance d'un foreigner en 2014 et accessoirement révélation de l'année.

Snute était grand en 2014. Son niveau était incroyable, il s'entraînait en Corée chez CJ et remportait des matchs dantesques face à des Coréens monstrueux. Son style Swarm Host, qu'il était l'un des rares à si bien maîtriser, mettait en péril tous ses adversaires Protoss et Terrans, qu'ils soient français, allemands ou coréens. Lors de nombreux IEM, comme à son habitude, il brille en phase de qualification ou de groupe mais ne transforme pas l'essai une fois dans l'arbre.

L'année 2015 commence, et il réussit à Poitiers un timide top 8 par la faute de son coéquipier Bunny. Puis le drame ! Le Swarm Host est assassiné ! Le style de jeu de Snute est injouable, deux ans de travail sont alors réduits à néant. Snute garde la pêche mais les résultats faiblissent. Lors des DreamHack, il ne fait rien, alors qu'aux IEM c'est toujours le même schéma.  La seconde saison des WCS commence et c'est la déconvenue. Sorti par Kelazhur, le Brésilien de son groupe de Ro32, Snute prend un retard considérable aux points WCS. La course pour la BlizzCon est gravement compromise.

Toujours considéré comme un des meilleurs représentants d'Europe, il est notamment invité par SPOTVGames à disputer un match qualificatif pour la StarLeague. Écrasé par INnoVation, il repart rapidement de Corée. Lors de la troisième saison, son parcours est calme, mais son groupe de Ro16 n'est pas facile. C'est Petraeus qui s'en sort premier et Gungfubanda deuxième ; ils prennent la place de Snute dans l'arbre. Sa saison se termine sur un triste top 12, peu révélateur du monstre qu'il fut avant de choir.

Bunny aurait pu lui aussi être le foreigner de l'année. Il aurait dû avoir le destin de Snute en plus heureux. Jouer à la BlizzCon, c'était possible.

Sa première saison est marquée par sa défaite en demie face à Polt. Alors qu'il mène 2-0 et qu'il se voit déjà en finale, il se fait rattraper et surpasser. Bunny finit en larmes dans le backstage, réconforté par Snute et TLO. Sa deuxième saison se termine au même stade de la compétition mais le bourreau a changé. Lilbow le bat logiquement : encore un arrêt en demi-finale. La troisième saison est un fiasco, elle sonne la fin de l'année StarCraft pour Bunny. Éliminé par StarBuck le Slovène aux stratégies très basiques, Bunny peut s'en vouloir.

Alors qu'il est attendu avec Bunny et MarineLord pour former le trio Terran foreigner, MajOr rate toutes les occasions de briller. Il assure le minimum en se qualifiant à chaque fois en WCS. Facile pour un joueur américain qui n'affronte jamais Kelazhur.

Les pétards mouillés

On attend, on attend, mais rien. On sait qu'ils sont pleins de C4 et autres explosifs prêts à tout péter mais la mèche ne déclenche rien. Ces joueurs sont talentueux mais, sans victoire, qui le verra ?

Déception pour Serral qui, après avoir sorti très violemment Harstem de la compétition lors du match Challenger et atteint le Ro16 en battant NaNiwa, se fait sortir par un TLO des grands jours. Le reste de l'année est bien pire. Qui fait le malin tombe dans le ravin !

Serral, en confiance, affronte à nouveau Harstem en Challenger. Cette fois, le format ne lui sourit pas et c'est lui qui sort par la petite porte. Pour la 3e saison, c'est Snute qui le choisit et le résultat est sans appel : le ZvZ de Serral ne le fera pas entrer en Premier League. Mauvaise année, oui. Mais est-il si bon que ça ? A-t-on raison d'être déçu de ses performances ?

Je pense que oui. La plupart des joueurs du top Europe considèrent grandement Serral. Il fait parti du top 3 Zerg et sa place en ladder (merci de ne pas hurler au « Ladder Hero ») montre sa capacité de stratège et de travail.

Premier Français de l'article, et pas des moindres. PtitDrogo est le maltraité de ces WCS, la victime par excellence du format. Premier match de Challenger, son manque de points WCS de l'année 2014 le fait tomber contre un gros morceau, Bunny. Le match est expéditif, PtitDrogo peut retourner parmi les mortels. Les deux saisons suivantes, le fiasco est d'autant plus total puisque Drogo ne parvient même pas à se qualifier en Challenger alors que son niveau le lui permettait largement.

Pourquoi le considérer comme un pétard mouillé s'il est si mauvais ? Parce qu'il ne l'est pas ! Enfin, tant qu'il ne s'agit pas des WCS, tout va bien pour lui. Auteur de très beaux runs en qualifs IEM, notamment une en direct sur O'Gaming TV, « Ladder Hero » dans le sens le moins péjoratif du terme, il est considéré par tous les pros comme un joueur valeureux. Partenaire d'entraînement de certains, PtitDrogo est surtout le Français qui a failli faire comme Lilbow, et avant Lilbow : remporter un tournoi majeur devant des Coréens. Malheureusement, PtitDrogo n'a atteint « que » la finale sans pouvoir soulever la coupe de l'Asus RoG Summer.

Bref, espérons que l'année 2016 sera salvatrice pour lui et qu'aucun blocage psychologique ne s'est formé en lui.

Les faux éclats

Performance incroyable mais passagère ou retour en grâce fantasmé, c'est le lot de nos joueurs suivants. Ils ont brillé brièvement, ils nous ont fait croire à la naissance ou à la renaissance de quelque chose.

Vilain ShoWTimE qui élimine Lilbow d'entrée lors du match de Challenger de la toute première saison. L'Allemand a avant ça bien galéré à se qualifier en Challenger, c'est seulement au bout du dernier bracket de la dernière chance qu'il a mérité sa place. Ensuite, son parcours est assez basique. Il sort premier de son groupe Ro32 sans rencontrer Hydra, la terreur coréenne. À Poitiers, il sort second de son groupe juste derrière Snute, le favori. Puis il écrase Kane sur le score de 3-1 et finit par s'éclater sur un mur nommé Hydra au stade des demi-finales.

Relativisons la performance. Premièrement, le seul Coréen qu'il a rencontré l'a dévoré d'une bouchée. Deuxièmement, les seuls joueurs de taille qu'il a battus sur tout son parcours sont Lilbow et son PvP approximatif ainsi que PiG en phase de groupe.

Et après ? La descente au enfer. Il perd le goût du jeu et se fait sortir par Elazer, inconnu à ce moment-là. Il se qualifie de justesse en saison 3, remporte son PvP face à NaNiwa pour finir en laissant Sen prendre la place de second de groupe qu'il aurait pu briguer.

Pour moi, ShoWTimE n'a pas fait un parcours si impressionnant que ça en WCS Saison 1 et n'a plus rien fait dans une compétition majeure par la suite.

Qui a cru au retour de StarDust ? Révélé par mYinsanity en 2013, l'année 2015 du joueur est bien terne. Absent de la saison 1, il rejoint viOlet et Polt aux États-Unis pour la saison 2. Après un match de qualification difficile face à Huk, il sort avec ForGG d'un groupe plutôt facile. Puis passe en tête, accompagné de Jaedong. Au bout du compte, c'est le Danois Bunny qui l'arrête sèchement au niveau des quarts.

Le seul adversaire vaillant qu'il ait fait tomber est Jaedong en Ro16 et, par la suite, ce n'est pas sa défaite contre Neeb qui va éclaircir le tableau.

Les Chinois

Grosse déception de ce côté-là. Je m'attendais à bien mieux de la part du pays le plus peuplé du monde. Chaque saison, des représentants différents, parfois à la limite du pathétique. On se rappellera de Mystery, un Protoss chinois de niveau « WCS » qui jouait sans groupe de contrôle. Pour ma part, j'estime que si c'est pour présenter à la face du monde un niveau de jeu aussi bas, il vaut mieux réaffecter une partie des slots chinois à l'Europe qui a encore des joueurs qui ne peuvent s'exprimer au niveau international.

Les « petits » Français

Ils n'ont pas fait des merveilles mais on ne leur en veut pas. Ils ont fait un passage éclair en WCS. Comme pour un vaccin, ils ont testé la chose pour pouvoir dominer la peur le moment venu.

Dayshi : on ne peut pas dire que c'était pour lui un coup d'essai. Seul Français de taille en WCS l'an passé, il a cette année ralenti sévèrement le rythme. Incapable de se qualifier lors de la première saison, il s'est orienté vers Heroes of the Storm la saison suivante pour revenir ensuite lors de la saison 3. Le sort et la Corée en ont décidé autrement puisque ForGG, futur top 4 de la compétition et accessoirement ami et coéquipier de Dayshi, le choisit comme adversaire en Challenger.

À la fin, l'année WCS de Dayshi a été quasi inexistante. Mais sourions au futur, le joueur Millenium semble motivé et impliqué dans la nouvelle extension.

Source : Timo Verdeil

L'année 2016 est pour DnS ! D'ailleurs, le nouvel an pour DnS, c'est le 10 novembre. Il entame une année sabbatique pour tenter de percer dans l'eSport sur LotV. Avant de se jeter dans le grand bain, on teste l'eau. C'est ce qu'il a fait.

Lors du premier qualifier, il ne brille pas. Lors du second, il obtient son ticket pour l'arbre de la dernière chance mais ne peut en profiter pour des raisons d'emploi du temps. La dernière saison démarre et DnS est présent. Malheureusement, face à un GunGFuBanDa expert en PvP, il n'a eu qu'une courte durée de vie en WCS.

Restons positifs, DnS est prêt pour LotV, il a goûté aux matchs à enjeu, à la pression qui peut brider et ronger mais qui peut aussi délivrer et révéler.

Source : Timo Verdeil

Pour PsioniC, c'est le parcours inverse. Il parvient à se qualifier en saison 1 en battant – excusez du peu – ShoWTiMe pour se retrouver face à Snute alors même que son PvZ est au plus bas. Pour le reste, PsioniC ne parvient pas à retourner en Challenger.

Les « gros » Français

Rien à voir avec la charge pondérale de nos athlètes. Ils sont forts et font partie du trio de tête bleu blanc rouge.

Très constant en WCS depuis quelques années, il n'a pas fait exception en 2015. Unique représentant du drapeau tricolore à Poitiers, il a tenté en vain de jouer le rôle de Charles Martel face aux hordes d'assaillants barbares. Dans le groupe de la mort, en compagnie des deux futurs finalistes, FireCake doit se contenter d'un top 12. Pour se consoler, il ira remporter la GamerAssembly 2015 contre True et ainsi se placer au sommet du top français.

À Toronto, le schéma est le même. Polt et MarineLord l'arrêtent encore une fois au stade du top 12 WCS. La dernière saison est ratée. Manque d'entraînement ou excès de confiance face à un Zanster qu'il avait dominé lors de leur dernière rencontre ?

Son début d'année a bien failli être extraordinaire. Mené 2-0 par ForGG, il remonte à 2-2 mais manque le coche sur la dernière carte.

Sa deuxième saison se déroule bien mieux. Happy a la mauvaise idée de choisir le Français en Challenger. Logiquement, MarineLord efface le russe et se qualifie par la suite pour Toronto. En éliminant FireCake, il obtient son ticket pour l'arbre final. Comme la légende l'exige, un joueur Millenium doit rencontrer un autre joueur Millenium. Puisque Dayshi et ForGG sont hors course, c'est Lilbow qui va barrer la route à MarineLord.

Sa troisième saison se déroule normalement jusqu'à Katowice. Là-bas, c'est Zanster qui sort premier du groupe et MaNa qui arrête le français. Résultat inattendu, oui. Mais a posteriori, quand on voit ce que MaNa a fait à ForGG, on comprend le résultat en Ro16.

Que dire à propos de MarineLord ? Il a fait une assez bonne saison mais clairement en-dessous de ses attentes et de ses engagements. Je pense qu'il se sent limité par le serveur sur lequel il joue. Il a semblé extrêmement déçu de sa prestation à Katowice, jusqu'à aller remettre en cause son engagement envers l'eSport. Espérons que Legacy of the Void aura raison de ses doutes.

Les Coréens

Pas grand-chose à dire sur eux : ils ont rempli le contrat. Dominateurs durant la majorité de l'année, ils ont su s'incliner quand le public le leur demandait. Plus sérieusement, leur finale à Poitiers fut plus que grandiose. La finale d'Hydra était tout en maîtrise. Et la passe d'arme face à Lilbow était sublime. Bravo à eux.

Ils méritent leurs visas, ils parlent, ils sont souriants. Des Coréens agréables et skillés qu'on aime aimer. Petit carton rouge (à prendre au second degré) pour Polt qui, par deux fois, a empêché FireCake d'atteindre l'arbre final.

La révélation

À la base ils auraient dû être deux ou trois dans cette catégorie. Zanster et Gungfubanda étaient candidats à cette distinction. Mais la vraie illumination, le vrai joueur qui est sorti de l'ombre en battant des joueurs craints et respectés, c'est Elazer.

Le Polonais, membre d'une nation riche en champions et en joueurs de talent, a su faire sa place au milieu de Guru, Tefel, Nerchio (très pris par ses études) et surtout MaNa. Si MaNa n'avait pas brillé à ce point à Cracovie, s'il n'avait pas surpassé mes attentes, j'aurais placé Elazer comme meilleur joueur polonais. Si un NationWars devait voir le jour dans les mois qui suivent, Elazer remplacerait sans conteste Tefel, et à raison.

Que dire sur son année WCS ? Complètement absent de la saison 1, il fait une entrée fracassante en saison 2 en éliminant ShoWTimE, sensation de la saison 1. Alors oui, la saison régulière ne se passe pas bien, TLO et Polt sont trop forts. Mais il bat quand même MajOr. Pour son dernier match de Challenger, il élimine le très solide Welmu sur un 3-0 cinglant. Son groupe de Ro32 se passe mal mais la communauté est unanime : Elazer méritait un sort meilleur. Et la vie lui donne une seconde chance. Hitman, pour des raisons qui lui sont propres, ne peut se rendre à Katowice, c'est donc Elazer, le 3e du groupe, qui s'y rend. Mais Elazer hérite d'un cadeau empoisonné, un groupe de la mort. Trois Coréens et Elazer, la vie est dure avec lui.

Mais la vie, il lui dit merde ! Son destin, c'est de vivre. Son destin, c'est de briller. Alors il essaie. Il bat Hydra, le tenant du titre, alors que rien ne pouvait faire croire qu'il lui prendrait ne serait-ce qu'une seule carte. Puis, lors du match contre Polt, il accroche le Coréen, sévèrement même puisqu'il est à égalité avec le champion GSL après la seconde carte. Malheureusement, la logique l'emporte, Polt et Hydra sortent du groupe vainqueurs. Elazer finit troisième devant viOlet tout de même.

Alors oui, Zanster et GungFuBanDa ont fait mieux, mais Elazer n'avait vraiment rien fait avant cette année. Zanster est, depuis un an, le meilleur joueur de son pays et GungFuBanDa a l'an passé pris une seconde place en FragBite Master en montrant une opposition féroce à un certain MMA. Elazer est donc la véritable révélation 2015.

Notre héros

Le parcours de Lilbow est incroyable. Sa première saison est gâchée par un ShoWTimE bien supérieur à lui en PvP. Lilbow manque de peu le titre de RoyalRoader en saison 2. En partant de la qualification basique, en passant par une victoire contre Hydra en phase de groupe, Lilbow finit sa course en finale et non pas avec le titre. L'histoire de la saison 3, vous la connaissez bien, l'ami Numerobix vous en parle ici. Au final, la montée en puissance du joueur Millenium est incroyable. Seul point noir au tableau : son PvP qu'il sait faible. Nul doute qu'il bossera cela lors de son passage en Corée.

Et maintenant ?

La BlizzCon, puis rien. Rien ou plutôt le vide. L'héritage du néant même. Avant ça, la BlizzCon à Anaheim. Face à quinze robots, Lilbow sera le seul représentant non-coréen, et il est, comme vous le savez déjà, français. Il est talentueux et travailleur, on doit croire en lui. Peut-il aller loin ? Peut-il être le meilleur de l'année 2015 ? Le dernier héros de Heart of the Swarm ? Le cœur exige face à cette question un silence que la raison ne saurait briser.

 

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