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15 mai 2017 - ZeManiaK Divers

Shiness : les yeux plus gros que le monde

Shiness : les yeux plus gros que le monde

Difficile de rester de marbre lorsqu'on apprend qu'un studio français, Enigami, travaillait sur un RPG Japonais avec un système de combat proche des jeux de baston. Cet ovni nommé Shiness : The Lightning Kingdom est désormais disponible et si l'honnêteté nous oblige à ne pas passer sous silence les défauts, parfois très embêtants, de ce jeu plein d'envie, il faut saluer les prises de risques d'un studio qui n'hésite pas à s'aventurer en terrain inconnu.

Nekketsu dit, toi ?

Shiness raconte l'histoire de Chado, un jeune waki (c'est une race spécifique à cet univers) qui cherche à se rendre sur les Terres de la Vie, un lieu légendaire, dans l'espoir d'y retrouver sa mère. Il s'avère être un des rares élus pouvant communiquer avec un des esprits de la Terre, nommé Shiness, qui le guide dans sa quête. Tout d'abord épaulé par son autre ami waki, Poky, il va finir entouré de plusieurs compagnons ayant chacun leurs affinités élémentaires pour pouvoir s'élever contre un empire doté de sinistres intentions, manipulé par un être très intéressé par les êtres tel que Chado...

Le pitch est donc assez classique, normal pour un jeu qui s'inspire des Nekketsu japonais et du style manga en général. Shiness n'a d'ailleurs pas de cinématiques à proprement parler mais des images typiques des cases et des bulles de manga, doublées vocalement. Le résultat est intéressant pour transcrire les émotions des personnages, moins pour transcrire une ambiance épique. Ce qui est dommage car l'univers de Shiness est travaillé depuis longtemps par son créateur, Samir Rebib, et ça se sent : il y a un langage, un vocabulaire, des races, des technologies très particulières à cet univers, qui lui donnent un cachet très particulier et très frais. Du coup, c'est dommage de devoir le quitter après quinze heures de jeu, sans compter les quêtes annexes et les quelques challenges qui rajoutent un peu de rab.  En effet, l'intrigue reste sans fin satisfaisante et on a le sentiment d'avoir assisté à la fin du premier acte d'un film, mais de devoir attendre le prochain épisode pour savoir ce qui arrive aux héros qui viennent à peine de se rencontrer, sauf ceux partageant déjà des liens forts.


La bande des cinq version 2017

Le coup du menhir

Enigami prenait un pari risqué : mixer un système de combat similaire à celui d'un Naruto Shippuden Storm avec tout ce qui fait la nomenclature d'un RPG, comme la prise en compte des statistiques, des affinités élémentaires ou encore la progression des compétences. Et il faut le dire, le studio français a défriché cette terre inconnu pour tomber sur des pistes très prometteuses. En effet, le système de jeu, qui apparaît tout d'abord bien bourrin avec son système de contre indispensable à maîtriser pour éviter le game over, est plus subtil qu'il n'y parait, notamment grâce à cette dimension RPG qui ajoute une profondeur stratégique en permettant des compétences de soutiens passives grâce aux compagnons en retrait, notamment. Les hypers, les attaques finales des héros, sont sympathiques mais pas très spectaculaires : la vraie bonne idée vient des compétences à débloquer, de véritables combos de 2-3 coups à assimiler en les réalisant que l'on peut apprendre de nouveau pour y ajouter un effet offensif ou défensif qui vaut le coup : pratique pour rentabiliser les séances de farming. La magie obéit à un principe similaire bien qu'on n'apprenne chaque sort qu'une fois, mais les effets offensifs sont assez variés pour vouloir tous les découvrir et se constituer un set sur mesure. D'autant que le bestiaire, bien que mince, offre un challenge décent et plusieurs boss vous pousseront à dépasser le bourrinisme primaire de vos débuts.

Le gros problème des combats de Shiness, c'est la technique. Déjà, la caméra peut se révéler assez irritante et parfois obstruer notre champ de vision mais aussi en se bloquant sur une toute petite partie de l'arène qui empêche de voir le reste. Vous me direz que ce sont des bugs et que ça arrive : oui mais ici, ça arrive souvent. Ayant été plusieurs fois immobilisé sans raison, obligé d'utiliser un hyper pour me dégager, mais aussi victime de plusieurs crashs, notamment dans la zone la plus ouverte du jeu qui semble pousser à bout le jeu, j'ai vu ma patience et ma bienveillance pour le jeu salement mise à l'épreuve. Bien que le jeu propose de petites activités annexes comme la chasse de certaines créatures inoffensives pour en tirer des objets, ou l'utilisation de montures malheureusement trop restreinte, le combat reste l'activité principale et bien qu'il soit pétri de bonnes idées, le résultat n'est pas toujours à la hauteur des attentes.

On ressort de l'expérience proposée par Shiness avec une saveur douce-amère, parce que c'était bien, que la direction artistique était classe, la musique calquée sur celle des plus grands J-RPG (bien que les morceaux soient un peut courts) et que les idées d'hybridation entre deux genres pourtant éloignés ont du potentiel. Mais la narration trop clichée, la durée de vie trop faible, les problèmes techniques (dont la caméra) montrent une ambition louable mais trop éloignée des possibilités d'Enigami. On a clairement envie de voir la suite, de pouvoir apprécier les relations entre les personnages et d'avoir un panel de coups digne d'un jeu de baston, et Shiness : The Lightning Kingdom pourrait être le point de départ d'une grande franchise. Si on a plutôt envie de regarder le verre à moitié vide, on retiendra les problèmes techniques et l'intrigue "manga pour les nuls" qui tirent le jeu vers le bas. En tout cas, ça vaut le coup d'essayer ne serait-ce que pour se faire un avis sur cet ovni accumulant les clins d'œil à différents genres mais qui n'est pas loin de créer son propre univers, ce qui sera peut-être le cas dans une future suite plus aboutie.

 


Bon faudra aussi calmer les références contemporaines car là, ça va trop loin.

 

Une ambition à affiner avec encore quelques années en cave. 610Points positifs
  • L'univers travaillé.
  • La direction artistique elle aussi léchée
  • Une musique digne des grandes OST de J-RPG.
  • La progression des compétences est intéressante.
  • Les combats sont nerveux avec un grand potentiel stratégique à développer, les boss offrent du challenge.
Points négatifs
  • Pas mal de bugs, certains pouvant crasher la partie ou casser la dynamique d'un combat
  • Une caméra qui rend parfois les combats illisibles
  • Il y a du contenu mais l'intrigue se termine trop tôt, comme le premier acte d'un film.
  • Malgré quelques moments d'émotions, l'histoire reste trop simpliste et clichée.

Shiness c'est sympa, mais ce n'est pas abouti : un bon résumé et une promesse pour l'avenir qui demanderont maintenant à transformer l'essai une fois les problèmes techniques résolus. On a envie que d'une chose, c'est qu'Enigami se retrousse les manches et nous ponde une suite à la hauteur de ses ambitions, qui sont énormes. Bref, la détermination digne des héros de nekketsu est bien là, alors autant les encourager à poursuivre leurs rêves : c'est bien ça après tout, la morale de l'histoire.

 

 

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