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17 nov. 2016 - Perco Divers

Silence (PC): C’est pas pour les chuchotte(s)

Silence (PC):  C’est pas pour les chuchotte(s)

J’étais un peu déprimé cette semaine, l’argent, la météo hivernale, les tracas du quotidien. Heureusement, O’Gaming m’a proposé de tester un jeu de chez Deadalic. Ça devrait me requinquer, non ?

Prenez la relation grand frère / petite sœur dans « Le tombeau des lucioles » des studios Ghibli, mixez avec le même début d’histoire sur fond de guerre et de bombardements, saupoudrez le tout d’une thématique sur la mort - physique, de l’enfance, des illusions - secouez fort et servez froid. Finalement, je ne sais pas si j’ai bien fait de dire oui…

À la vie, à la mort

Les Allemands de Daedalic sont des gens biens. Avant même que Telltale ne découvre sa propre recette de jeux « On ne vous laisse pas souvent prendre la main mais on vous implique émotionnellement », le studio d’outre-rhin avait déjà choisi de faire ce que plus personne ne voulait faire : des point & click. Depuis Edna et Harvey s’évadent en passant par la série des Deponia, ils ont continué sur cette voie sans faillir et avec un succès certain. Pour certains, Les chroniques de Sadwick : The whispered world, sorti en France en 2010, est le petit bijou de leur collection. On y incarnait un petit clown triste et cynique, Sadwick, dans un entre-monde de rêverie : Silence. On se refuse à trop vous divulgâcher le contenu de ce premier épisode mais il y était déjà question de deuil et de transition entre vie et trépas. Silence (à l’origine : « The whispered world 2 ») en est la suite mais prend une petite distance narrative avec son ainé.
 


Renie.

En cherchant à se mettre à l’abri des bombes, Noah et sa petite sœur Renie se retrouvent coincés sous les gravas, puis transportés dans le monde de Silence. Noah ayant maintes fois raconté l’histoire de Sadwick à Renie, c’est un monde familier pour eux. Mais Silence a changé et semble sous l’emprise d’une fausse reine et de monstres traqueurs masqués. Une rébellion s’est constituée, avec les moyens du bord. Ambiance, ambiance.

GamePlaymobil, en avant les histoires

Silence ne cherche pas à révolutionner la roue mais malmène un peu les conventions du genre. Le principe de base reste de passer de tableau en tableau et d’en résoudre les énigmes pour passer à la suite. En revanche, pas d’inventaire, pas de combinaison d’objets, pas d’options d’action, peu de choix de dialogues. Lorsque quelque chose est utile, c’est immédiatement et dans un rayon restreint, il suffit donc de chercher sur quel élément du décor peut bien agir cette boite de cookies ou cet hameçon qui trainaient là fort à propos. Régulièrement, le jeu propose de passer d’un protagoniste à l’autre, parfois pour créer une petite synergie, le plus souvent pour faire avancer l’histoire. Petite mécanique qui fonctionne bien : le personnage de Spot, la chenille polymorphe qui vous accompagne. En aplatissant ou en gonflant la bestiole, ou en la faisant interagir avec le décor pour acquérir temporairement une capacité spéciale, le joueur pourra débloquer un certain nombre d’énigmes. Spot est au final le personnage le plus amusant à diriger.
 


Noah et... vous verrez bien qui.

 

Sorti de ce mécanisme, il faudra parfois pousser un objet à l’ide de la souris, ou garder son équilibre en bougeant le mulot. C’est à peu près tout mais, au fond, c’est un peu le lot commun de tous les point & click. Comme du temps des vénérables productions de LucasArts, trouver au bout de son pointeur un élément du décor sur lequel l’on peut agir procure toujours un petit sentiment de plaisir, qu’on se refusera à gâcher en cliquant sur la touche d’aide les mettant en lumière. Tant que les énigmes sont intéressantes et l’histoire prenante, rien de catastrophique ici.

Le conte est bon

Vous connaissez cette sensation agréable qui peut vous envahir lorsque nous nous attelons à une tâche familière, maitrisée ? Ce sentiment de facilité réconfortant, ce plaisir de faire avancer les choses sans trop d’effort ? À la longue c’est lassant mais à petite dose cela fait souvent un bien fou. Silence m’a fait cet effet là. Jamais je n’ai coincé plus de dix minutes sur un puzzle, jamais je n’aurais été tenté de regarder une soluce si elles étaient disponibles, jamais même je n’ai ressenti le besoin de cliquer sur l’honni bouton d’aide. Oui, c’est une autre manière de dire que la difficulté du jeu est inexistante et oui, c’est généralement un défaut. Simplement, les choses étant toujours un peu plus complexes que les principes généraux, je me dois d’être franc : cela ne m’a jamais dérangé. Parce que le jeu est assez court, parce que l’ambiance et le rythme sont à la sérénité et au calme… ça marche. Silence vous caresse les neurones avec bienveillance, se refuse à vous frustrer. Oh, il y a bien quelques rares puzzles incompréhensibles mais il n’est pas alors question de complexité, ils sont simplement mal faits et se résolvent au petit bonheur la chance. Dans l’ensemble, le jeu ne vous veut clairement aucun mal, il veut juste vous raconter une histoire, un conte. Pour qui accepte ce postulat de départ, l’aventure prend la forme plaisante d’une balade en campagne, loin du bruit et des soucis. Parfaitement ce qu’il me fallait en fait et, de temps en temps, la simplicité a du bon. Ceux qui recherchent le gymkhana mental en revanche, passeront leur chemin.
 


Oui oui, c'est le jeu, pas un artwork.

 

Pour les autres, qui aiment encore la forme des contes, des histoires qui en disent toujours un peu plus que ce qu’elles semblent raconter, Silence fera ressurgir de vieux souvenirs. De « Labyrinth» à « Dark Crystal », les inspirations cinématographiques ne manquent pas, conscientes ou non. Silence partage avec elles la volonté de placer des enfants dans un monde à deux faces et c’est sans doute ce qu’il fait le mieux.

Le monde de Silence est presque un personnage à part entière. Contrasté, tantôt inquiétant, tantôt croquignolet, l’environnement traduit les phases ou les émotions par lesquelles passent les deux enfants. Pas de quoi crier au génie mais c’est plutôt bien fait, et le jeu évite de coller une surcouche explicative lourdingue. Reposant je vous dis. Les personnages physiques, Noah et Renie en tête, sont assez travaillés et profonds pour créer une empathie et entraîner le joueur dans leur périple. Voilà un point sur lequel on applaudira les efforts de Daedelic, tant il est difficile de créer des héros enfantins dont on ne renifle pas à cent kilomètres qu’ils ne sont que le produit d’un cerveau adulte. Ce n’est pas parfait, on n’évite pas tous les clichés, mais il y a un souci visible d’éviter les plus gros pièges et de petites touches subtiles et bienvenues vont dans le bon sens. Oui c’est agréable de voir intégrer le fait qu’une gamine de quatre ans ne sait pas vraiment compter ; oui c’est plaisant de voir son frère adolescent un peu contrarié de ne plus être le centre de l’attention ; oui c’est cohérent de leur faire mettre les doigts dans la porte, même s’ils risquent de se faire pincer très très fort.

Soit belle mais tais-toi

Si on peut pester contre les nombreux – et longs – temps de chargement entre des écrans sur lesquels on fait sans cesse des allers-retours, c’est techniquement presque parfait, tournant sans problème sur toutes les configurations. Visuellement, Silence met un point d’honneur à vous décrocher la mâchoire à chaque écran. Pas à grands coup de voxels ou d’effets de lumière, juste par le soin maniaque apporté à ses environnements, ses petits détails sublimes dans les peintures à la main sur lesquelles vous vous promenez, sa parfaite intégration des modèles 3D dans ces fond 2D. Rien à dire, c’est magnifique, superbement coloré et animé. Moi qui pensais ne rien pouvoir voir de plus beau cette année que les cailloux d’Unravel (lien), je suis bluffé. Silence vous repose autant les neurones qu’il vous flatte la rétine. Niveau sonore par contre…
 


So phare away...

 

La musique peut convenir, même si elle sent un peu la commande « Fais moi un truc tristoune, c’est l’histoire de deux enfants entre la vie et la mort. Oui, des violons c’est très bien ». Les doublages – en anglais – par contre, sont inégaux. Parfois c’est acceptable, parfois les doubleurs perdent toute implication et ont l’air de réciter le bottin. Lorsque l’on sait que, sur ce terrain, Les chroniques de Sadwick avaient de sérieuses lacunes et que Daedelic avait mis un point d’honneur à ne pas refaire la même erreur, on est un peu déçu.

Je ne suis pas certain d’avoir bien retrouvé le moral en jouant à Silence, mais j’ai gratté un peu de la couche de cynisme qui recouvre mon âme d’enfant, c’est déjà pas mal.

Silence (PC) : un test sans «chut» 710Points positifs
  • C’est superbe, partout et tout le temps.
  • Le contraste du monde de Silence.
  • Les efforts sur l’écriture des enfants-héros.
  • Le prix (30€).
  • La facilité, si on est là pour le voyage.
Points négatifs
  • Certains doublages.
  • Les temps de chargements.
  • La facilité, si on est là pour le défi.

Silence à une saveur douceâtre pas désagréable, comme un petit bonbon qui vous propulse chez votre grand-mère, assis devant un vieux film fantastique pour enfants. Plus profond que ce qu’il parait mais moins que ce qu’il aurait pu l’être, le nouveau point & click de Daedalic mérite son petit prix, sans conteste.


 

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