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15 nov. 2014 - Mandark Divers

Sleeping Dogs : Definitive Edition

Sleeping Dogs : Definitive Edition

Alors que le mastodonte GTA V s'apprête à revenir en deuxième semaine sur PS4 et Xbox One (encore quelques semaines de patience pour nos amis PCistes), je profite des quelques jours de calme qu'il reste pour braquer les projecteurs sur Sleeping Dogs, un open-world forcément inspiré du maître mais dont la personnalité et la qualité ont néanmoins pris par surprise et indéniablement séduit ceux qui n'attendaient qu'un GTA à la petite semaine sous-titré en cantonnais.

Previously, in Activision's True Crime

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas la petite histoire, Sleeping Dogs était à l'origine le troisième épisode de la série True Crime, une IP d'Activision comptant surfer sur le succès (totalement inattendu à l'époque, si si) de GTA III, mais en faisant de son protagoniste principal un flic garant de plein de valeurs positives plutôt qu'une petite frappe sans envergure mais qui n'a rien à répondre à qui que ce soit. À l'arrivée, ce fut un beau bide, déjà parce que n'est pas Dan Houser qui veut, et surtout parce qu'incarner un représentant de la loi impose par définition de ne pas dépasser une certaine limite dans l'illégalité, limite que pulvérisait en fanfare le jeu de Rockstar, ce qui fut d'ailleurs la raison principale de son succès.

Bref, True Crime n'était qu'un clone sans saveur de GTA III et sa suite, True Crime : New York, ne fit pas mieux. Tout au plus les deux jeux avaient-ils pu marquer certains par le fait que leurs deux personnages principaux étaient issus de « minorités ethniques » (sino-américaine pour l'un, afro-américaine pour l'autre), chose pas si courante à l'époque dans le jeu vidéo.


Wei Shen : flic et voyou

La suite est plutôt rocambolesque puisque, malgré l'échec des deux premiers jeux, Activision décide de remettre une fois de plus le couvert, et commande au motivé studio United Front Games une nouvelle itération. Son nom : True Crime : Hong Kong. Et là, alors que le jeu est bouclé à quasi 100 %, Activision décide soudain de lâcher l'affaire et se désengage totalement du projet !

True Crime : Hong Kong aurait donc dû disparaître des radars à jamais. Mais par une de ces coïncidences qui font les belles histoires du jeu vidéo, Monsieur Square Enix entend parler du projet, zyeute le résultat, y voit un énorme potentiel et décide de le distribuer, après deux-trois petits changements de-ci de-là, dont un nouveau titre suite à un refus d'acquérir dans la foulée l'IP True Crime.

Enter the Dragon

Et le résultat est un titre qui tire toute sa force d'une parfaite alchimie entre son fond et sa forme ainsi que d'une maîtrise du rythme impressionnante (oui, c'est toi que je regarde, Watch Dogs).

La trame est juste formidablement bien écrite et n'a rien à envier aux meilleurs « néo-polars » de Hong-Kong tendance hard-boiled – pour éviter tout spoil malheureux, on se contentera de dire qu'il s'agit d'une histoire de flic infiltré dans le milieu des triades, ce qui accessoirement permet au héros d'avoir une moralité à flexibilité variable, et donc au joueur de disposer d'une assez grande liberté s'il lui prend l'envie de faire le mariole. L'interprétation est d'une remarquable justesse, et la reconstitution de Hong-Kong, même si elle ne joue pas à 100 % la carte de la fidélité absolue, fait montre de tellement d'exotisme et de respect qu'on devine tout de suite que les p'tits gars de chez United Front sont des amateurs éclairés de tout ce qui touche à l'imagerie populaire de la ville, à commencer par son cinéma auquel Sleeping Dogs renvoie beaucoup, avec force références et intelligence, ainsi qu'à certaines réalités du terrain.

Par exemple, à Hong Kong, les armes à feu sont rares, et c'est un détail qui impacte le gameplay du jeu. Ça veut dire qu'on ne sera confronté que tardivement à l'utilisation des pétoires, et même quand on y aura accès, leur utilisation ne sera pas forcément requise.

Mais !

Ce n'est pas grave – bien au contraire – parce que pour faire tomber du vilain, ça va se passer mano a mano, voire mano a manos, kung-fu style avec une liste fort sympathique d'enchaînements améliorables, et en mode Batman : Arkham, à savoir en usant de contres, prises, contre-prises et tutti quanti. Et en plus, on peut même utiliser divers ustensiles et se servir du décor pour plus d'efficacité (un méchant au fond d'une benne à ordure ou la tête encastrée profond dans une enceinte de night-club, c'est tout de suite moins combatif) !

De plus, Sleeping Dogs, le coquin, se permet de se trouver plein de bonnes idées en reprenant celles de la concurrence. Par exemple, dans tout un tas de jeux open-world, on peut casser une graine ou avaler un godet, mais à part regarder votre perso essayer – de façon généralement peu crédible – d'avoir l'air de consommer sa bouffe/son breuvage sans être ridicule (citez-moi UN jeu où un perso qui ingurgite n'a pas l'air de rien !), ou au mieux attendre le moment où il finira complètement murgé après vous être amusé à lui faire lever le coude dix fois de suite, l'action n'a véritablement qu'une portée esthétique. Dans Sleeping Dogs, par contre, le fait de se sustenter octroie un bonus, comme une régénération temporaire de la santé ou des dégâts accrus en cas de rixe.

Il en va d'ailleurs de même avec certaines combinaisons des très nombreuses fringues que Wei Shen peut se procurer tout au long du jeu, ou quand goût sûr rime avec armure...


C'est sur le tatami qu'on apprend de nouveaux combos

Presque tout ce que peut faire Wei Shen, aussi insignifiant que ce soit, est donc susceptible de lui donner un ou des avantages temporaires, mais il y a aussi moyen de lui forger une réputation de beau gosse au fur et à mesure du jeu. Bien sûr, être sapé comme un milord, ça aide à épater les poulettes, mais pour prouver que dans le costard c'est pas que de la gonflette, rien de tel que de participer à quelques missions annexes pour asseoir sa renommée. Celle-ci est d'ailleurs mesurable à l'aide du face-meter qui, comme son nom l'indique, incite à ne pas la perdre trop souvent, la face, et bien entendu, plus on prend du grade de face plus on a de chances de débloquer de nouveaux perks - ou améliorations en version française - qui aideront grandement Wei sur le terrain (à ce sujet là, pensez d'ailleurs à aller vous faire masser de temps en temps).

Le même système de gain d'XP via les missions secondaires est également utilisé pour octroyer à Wei Shen d'autres perks spécifiques à ses activités au sein des triades ou des forces de l'ordre, ce qui non seulement permet de varier encore les missions secondaires, mais en plus renforce la cohésion d'un gameplay basé sur les actions d'un flic infiltré et pour qui les notions de bien ou de mal ont parfois tendance à devenir floues.

Et quand on emprunte une caisse ou une bécane (sorry folks, pas d'avions ou d'hélicos ici, mais tout de même beaucoup de deux et quatre roues, des bateaux de toutes sortes et surtout, quel que soit le moyen de transport, une p***** d'excellente sélection de radios !), il est possible d'activer une fonction GPS directement sur le bitume, de façon discrète mais efficace, pratique pour être certain de garder les yeux sur la route et nulle part ailleurs en cas de poursuite à grande vitesse.

Et tant qu'à payer son tribut au polar hong-kongais, Sleeping Dogs permet même de sauter d'un véhicule à l'autre en plein trafic, et recycle avec un rare sens de l'à-propos le désormais classique bullet-time pour en faire un « hommage jouable » qui arracherait des larmes de fierté à John Woo himself !

Bon, tout ça, c'est bien chouette, mais...

Quid maintenant de la qualité et de la pertinence d'achat de ce portage sur consoles « next-gen » ?

Pour être franc, et bien qu'ayant indéniablement subi un joli lifting pour son arrivée sur « next-gen » notamment en ce qui concerne la gestion des lumières et le rendu des épidermes, Sleeping Dogs : Definitive Edition ne claque pas vraiment plus sa maman que sur consoles « old-gen » (ça commence à devenir emberlificoté ces histoires de « gen » ; j'en viens à regretter l'époque où on parlait de « bits »...), d'autant plus que même s'il est - a toujours été - extrêmement soigné au niveau des graphismes, des animations et des jeux de lumière, GTA V est entre temps passé par là. Mais qu'importe ! Le jeu est toujours d'une beauté envoûtante, extrêmement captivant et surtout très vivant. En effet, le travail sur l'atmosphère et l'ambiance sonore catapultent immédiatement le joueur à des kilomètres de son salon et lui donne de soudaines envies de pork-buns vapeurs à déguster en regardant le soleil se lever sur la baie.


Le rendu de la ville est toujours aussi impressionnant !

À l'aune de cette constatation, il n'est donc clairement pas primordial de repasser à la caisse si on possède/a déjà fait le jeu sur PS3, Xbox 360 ou PC. Mais pour les autres, y compris celles et ceux qui jouent encore sur la « current-gen » (aaaarrrrgggghhhh !), Sleeping Dogs reste toujours un titre de choix qui n'a pas perdu de son panache, puisqu'on ne note pas de différences vraiment significatives entre une version à l'ancienne et cette édition définitive. Quel que soit le support, un bon jeu est un bon jeu !

Le seul véritable avantage de cette nouvelle release de Sleeping Dogs reste donc, à part celui d'être proposé à un public qui ne possédait ni PS3 ni Xbox 360 pour y jouer il y a un an et demi, son statut de GOTY, et par conséquent de disposer de tous les bonus/DLC essaimés depuis la première sortie du jeu. Par chance, ceux-ci sont vraiment intéressants puisqu'outre ceux destinés à « remplir la map » (en gros, des tonnes d'activités et de bonus supplémentaires à dénicher un peu partout sur la carte), il y a deux stand-alone – Cauchemar à North Point et L'Année du Serpent – qui rallongent d'autant plus plaisamment l'expérience de jeu qu'ils explorent d'autres atmosphères liées à la culture chinoise, notamment le premier cité, très dans la veine de l'excellent Undead Nightmare (Red Dead Redemption), a touch of Chinese Ghost Story en plus...

Conclusion

En résumé, toujours un petit bijou (+1 en charisme au passage pour le très classieux boîtier de cette Definitive Edition, simple mais vraiment élégant et rempli de superbes artworks) qui ne sort définitivement pas amoindri de son passage sur les consoles les plus chères du moment (raz-le-c** de la n***-g** !). À néanmoins faire avec ou sans ses addons sur le support que tu voudras bien, amie lectrice, ami lecteur, si tu kiffes l'open-world fait avec amour et générosité... et aussi si t'en peux plus d'attendre Shenmue 3 !

 

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