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10 juil. 2019 - Hatnuz League of Legends

Sneaky, l'éternel

Sneaky, l'éternel

Tireur légendaire de la mythique équipe Cloud9 depuis des temps immémoriaux, Sneaky fait indiscutablement partie des monuments du jeu. Aujourd’hui peut-être davantage connu pour ses cosplays en stream que pour sa régularité compétitive, Zachary Scuderi a pourtant survécu à tout et on a vite fait d’ignorer la force mentale requise pour rester au top durant toutes ces années.

Aux origines de la folle épopée C9

Le paysage compétitif de League of Legends de l’été 2013 est relativement simple. La Corée monte toujours en puissance et l’Europe est emmenée par Fnatic et Gambit. La naissance des ligues LCS  en Occident voit l’arrivée de nouvelles équipes sur la scène, y compris en Amérique  où une formation inconnue va révolutionner ce petit monde et donner une véritable identité au jeu nord-américain : Cloud9.

 

C'était il y a pratiquement six ans, une bande de cinq potes dominèrent la scène nord-américaine avec de gauche à droite, Balls, Meteos, Hai, Sneaky et LemonNation. Notez la draft agressive typique de C9 lors de ce match contre Fnatic.
Crédits : Lolesport.com

 

Dans une scène compétitive occidentale toujours sans coach, la botlane Sneaky/LemonNation amène un renouveau stratégique et une coordination symbolisée par la terrifiante paire Ashe/Zyra tandis que de son côté, Meteos théorise un chemin de jungle qui sera longtemps une référence à son poste.  Cet été-là, Sneaky apparaît comme intouchable (avec un KDA flirtant avec 7, qui le place alors deuxième derrière son coéquipier Meteos et son chiffre ahurissant de 12) et Cloud9 termine le split à 25 victoires pour trois défaites. La tempête bleu ciel emporte toute résistance en playoffs et est acclamée pour sa communication et sa coordination « à la coréenne » à l’approche des Worlds 2013. Malheureusement, Sneaky et compagnie souffrent du format de ce tournoi et sont directement propulsés en quart de finale où ils sont cueillis à froid par Fnatic (1-2) et éliminés après un unique BO3.

Cloud9 continuera cependant sur sa lancée en s’adjugeant un deuxième titre régional au printemps suivant (24-4 en saison régulière, victoire 3-0 contre TSM) avant de finalement chuter lors de la finale du Summer Split 2014 (défaite 2-3, toujours contre l’équipe de Bjergsen). Cette fin d’année 2014 consacre la probable meilleure performance de cette équipe originelle C9 qui bat les Coréens de Najin White Shield en groupe (éliminant dans le même temps Alliance juste après sa fameuse défaite contre Kabum) avant de sortir la tête haute contre Samsung Blue (défaite 1-3).

On ne va pas refaire toute la biographie de l’équipe, mais il faut rapidement savoir que l’arrivée de Jensen (ex-Incarnation) en 2015, puis celles de Rush et Bunnyfufu l’année suivante redistribuent un peu les cartes au sein de l’effectif. Notamment du point de vue du shotcalling puisque le midlaner Hai prend sa retraite (il reviendra un temps pour sauver l’équipe de la misère en tant que support, puis plus tard en tant que jungler, il y aurait tant à dire, mais ce sera pour un autre article). Malgré ces changements et quelques remous durant la saison, Sneaky et ses coéquipiers se qualifient pour les Worlds 2015 (au terme d’une folle remontée), 2016 et 2017. Et si certaines participations sont moins glorieuses que d’autres (on pense notamment au cru 2015 où l’équipe finit à 3-0 après la première semaine et s’écroule en deuxième), les chiffres parlent d’eux-mêmes : triple quart de finaliste, Sneaky n’est pourtant pas rassasié. Même lorsqu’il est raillé de toutes parts, Zachary n’abdique pas et signera une nouvelle participation aux Worlds en 2018 en écartant TSM lors du Regional Qualifier.

 

Le cru C9 de 2018, avec notamment l'improbable Goldenglue, mais aussi Blaber et Licorice, connaîtra un destin unique lors de ces Mondiaux.
Crédits : Riot Games

 

Beaucoup de gens pensaient que ce tournoi allait sonner le glas de C9 et tout particulièrement de Sneaky, c’était cependant sans compter l’incroyable histoire de ces mondiaux pour l’équipe américaine. Reversés dans le groupe unanimement défini « de la mort » avec Royal Never Give Up, Gen.G et Vitality, les joueurs s’empareront de la deuxième place après avoir arraché une game aux Coréens et aux Chinois. En quart de finale, le défi est immense contre la machine huilée Afreeca Freecs. Pourtant, usant et abusant de leur style de jeu unique basé sur des escarmouches perpétuelles, Cloud9 écrira l’Histoire en balayant l’équipe que beaucoup considérait alors comme l’une des favorites au titre mondial.

 

Crédits : Gamesoflegends.com

 

Dans le dernier carré, les Nord-Américains ne pourront malheureusement rien contre Fnatic et devront s’incliner. Pour l’ADC au maillot bleu azur, ce top quatre contraste avec son écartement éphémère de l’équipe première au début de l’été. Une petite mésaventure qui symbolise parfaitement ce que vit Sneaky depuis maintenant quelques années : souvent critiqué (comme les fans nord-américains savent si bien le faire), mais néanmoins indispensable.

 

« Pourquoi tombons-nous, monsieur Sneaky ? Pour mieux se relever. »

Si aujourd’hui, Zachary peut se targuer d’être l’un des quatre joueurs au monde à entamer sa sixième année compétitive au sein d’une même équipe, c’est principalement dû à une qualité que peu de joueurs possèdent : la résilience. La capacité à pouvoir non seulement se relever de résultats parfois peu encourageants, mais également à s’adapter à de nouveaux joueurs et à une nouvelle méta.

De l’AD-centrique stressante au possible où le moindre écart pouvait coûter la partie, aux différentes nuances du swaplane, en passant par le funneling et la botlane sans tireur, Sneaky a traversé ces épreuves et s’est toujours tenu à distance respectable des critiques, se mettant et remettant au service de son équipe année après année avec la même énergie. Au regard de ces éléments, l’année 2018 du joueur nord-américain apparaît vraiment incroyable notamment sur Kai’sa, un champion avec lequel il titillera les 90 % de winrate sur le total de l’année. Des performances qui permettent à Cloud9 de signer une remontada inédite (de dixième au début de la semaine n°5 à deuxième au bout de la semaine n°9)

À côté de cela, le joueur qui a petit à petit pris un rôle de shotcall de plus en plus important reste humble et parfaitement lucide sur son rôle dans la partie. Souvent comparé à Doublelift, il contraste cependant avec ce dernier tant par ses paroles que son attitude plus sage, moins tournée vers le show. Depuis le début de cette neuvième saison, une plus grande liberté est laissée à Sneaky qui s’essaie à quelques Sona et Cassioperia avec succès, même s’il ne s’éloigne pas tant que ça de son Ezreal et se sa Sivir.

 

Crédits : Gamesoflegends.com

 

Des chiffres plus qu’honorables obtenus notamment grâce au travail de son support Zeyzal et qui illustrent le faible taux d’erreurs commises par l’AD carry. Sneaky et son équipe se dirigent désormais vers des septièmes Worlds consécutifs avec la difficulté d’atteindre à nouveau le stade des demi-finales. Un défi immense lorsque l’on voit le niveau de jeu de l’Europe, de la Corée et de la Chine. Mais après avoir connu les échecs, les railleries et les sempiternels memes sur ses flashs ratés, ce défi s’apparente finalement à une simple routine compétitive pour l’ADC au palmarès plus qu’honorable (double vainqueur de LCS NA, quadruple quart de finaliste et demi-finaliste des Worlds).

 

Sneaky et les Sneakettes

Si le joueur Cloud9 s’est d’abord fait connaître et craindre en tant que joueur, il a développé en 2018 une activité de streaming régulier pour laquelle il est indiscutablement entré dans la légende. Car Sneaky, on l’a assez vite appris, aime les cosplays et il aime les cosplays féminins de qualité.

 

Vous aussi vous ne croyez pas que sous ce déguisement de Katarina de Noël se cache Sneaky hein ?
Crédits : Twitter @Sneaky

 

Les réactions mi-amusées mi-effrayées de la communauté des joueurs ont rapidement donné du crédit à ses costumes qui le rendaient souvent, pour ne pas dire toujours, méconnaissable.

 

La Sivir Pizza dans toute sa splendeur.
Crédits : Twitter @Sneaky

 

On s’en serait voulu de ne pas vous dévoiler cet aspect de la personnalité du bon Sneaky qui aurait pu depuis longtemps déjà tourner le dos au dur labeur de joueur professionnel pour faire du cosplaying devant 300 000 viewers en amassant chaque soir l’équivalent de son salaire chez C9. Cela ne fait qu’augmenter le respect pour cet immense compétiteur.

 

Au sein d’une équipe équilibrée et qui continue à porter haut les couleurs de l’Amérique du Nord, Sneaky reste une icône du jeu et mérite très probablement une petite statue chez Cloud9, pour tous les services rendus depuis 2013.

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