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03 mai 2017 - Perco Divers

Sniper Ghost Warrior 3 (PC) : Tireur délite

Sniper Ghost Warrior 3 (PC) : Tireur délite

Lorsqu’on m’a proposé de tester un jeu de sniper, j’ai tout de suite imaginé une sorte de simulateur de chroniqueur acide sur un plateau télé. Un jeu où chaque « punchline » balancée à l’invité ferait grimper un score. Finalement, c’est un jeu avec des fusils, quelle déception.

Dans le (petit) monde du jeu vidéo, il y a le (petit) monde du First person shooter et dans ce dernier, il y’a le (petit) monde du « jeu de sniper », qui consiste, en gros et comme son nom l’indique, à faire la même chose mais avec plus de fusils de précision et une bonne dose de lâcheté. Aussi incroyable que cela puisse paraître, même ce segment connaît la concurrence ; deux éditeurs se battent sans relâche pour dégotter le prestigieux titre de « jeu où qu’on tire de loin sur des méchants ». D’un coté, Rebellion et sa série des Sniper Elite, de l’autre les polonais de CI Games et les Sniper Ghost Warrior.

D’ailleurs, le jour même de la sortie de Sniper : Ghost Warrior 3, le concurrent Sniper Elite 4 à sournoisement annoncé la sortie prochaine de contenus téléchargeables pour son propre jeu. Ils sont taquins dans le monde du jeu de sniper.

Nanar hâtif

La formule utilisée par le studio polonais est archi-connue dans l’univers de la production audiovisuelle des séries B à Z : fourrer tout ce qu’on peut dans un scénario sans queue ni tête, embaucher de mauvais acteurs et quelques jolies pépés et essayer de faire croire que le décor est plus grand et plus beau qu’il ne l’est. Vendre du poulet au prix de la dinde de noël est un art vieux comme le monde.

Pour le scénario débile, CI Games s’est surpassé. Jon North, un agent / espion / commando – américain comme de bien entendu – est envoyé en Géorgie pour combattre de méchants séparatistes. Jon, c’est un marine, un vrai avec des valeurs, qui travaillait accompagné de son petit frère Robert. Parce que, vous comprenez, le sniping c’est une affaire de famille et les deux frangins s’y entrainaient enfants dans les montagnes du Colorado, au milieu des loups. Faire mine de se tirer dessus, ivres de liberté et d’une autorité parentale aux abonnés absents, quoi de mieux pour forger une enfance ?

 Mais v'là t’y pas (oui, dans ce genre de production, il existe toujours un moment « mais v’là t’y pas »), v’là t’y pas, donc, qu’on apprend que Robert a été fait prisonnier près de la frontière Russe deux ans avant votre arrivée en Géorgie. Ah la la la la… quelle poisse ! Jon va donc devoir rouler et gambader dans les mornes campagnes de l’Est pour sauver la démocratie ET retrouver son frère disparu. Quel homme ce Jon !
 


« Jon, comme tu es homme viril ». L'agent de l'Est en cuir, un cliché parmi tant d'autres.
 

Il y croisera pêle-mêle des armes de destruction massives ou bactériologiques, des savants fous russes adeptes de contrôle mental, du risque terroriste nucléaire, des espionnes en latex, une société militaire secrète. Passé un moment, on accepte tout et, franchement, si le jeu avait fait intervenir des dinosaures ninjas passé un moment, j’aurais à peine levé un sourcil vaguement étonné. Même si le jeu vidéo est habitué aux scénarios foutraques – particulièrement dans les FPS – on trouve ici le syndrome Steven Seagal appliqué à un point rarement atteint. On ne dit pas que chaque jeu doit avoir un propos (on ne le dit pas mais on le pense un peu) mais arriver à ce stade de non-sens et de vacuité absolue est un exploit. Avoir un vrai discours sur, par exemple, les enjeux du conflit d'Ossétie du Sud aurait eu du sens ici, même sans écrire un chef d’œuvre de finesse.

Non, Sniper Ghost Warrior 3 n’a pas cette ambition scénaristique mais, du coup, il fait le choix de n’en avoir aucune. C’est débile au départ, débile au milieu, débile à la fin. Et pour bien enfoncer le clou, les doublages français sont dignes d’un téléfilm « Ultime assaut 4 » du vendredi soir sur la TNT.

L’ambition, c’est de tirer de loin sur des méchants mais dans un monde ouvert bichonné au CryEngine. Enfin… pas tout à fait.

Balistique pour les hommes, ho ho ho ho…

Car voilà que Sniper Ghost Warrior 3 sort sa carte maitresse, accrochez-vous bien au pinceau, la révélation est fracassante : ce n’est pas un jeu de sniper, pas vraiment, enfin pas seulement… c’est compliqué. Il est possible d’aborder chaque mission en favorisant un style parmi trois. Accrochez-vous une nouvelle fois au pinceau, il est possible de privilégier le tir de loin (Sniper), l’infiltration et les exécutions dans le feutré (Ghost) ou l’attaque de face en mode bas du front (Warrior)... Sniper Ghost Warrior, vous l’avez ? Chaque mission réussie offre quelques points à dépenser dans un maigre arbre de compétence, en fonction de votre comportement.
 


« Tir le plus lointain : 92 mètres », je snipe de près...
 

Trois styles, pour un seul intéressant au fond. Tirer à grande distance, planqué dans un nid d’aigle, ricanant à chaque balle qui troue une tête et calculant dans quel ordre il vaut mieux refroidir les gardes pour que personne ne se rende compte de rien est clairement la seule expérience un tant soi peu particulière. Jouer l’infiltration revient à jouer à un Splinter Cell du pauvre, jouer Rambo revient à jouer à un FPS pas mauvais mais générique. On peut bien sûr mélanger les styles (c’est même souvent indispensable) mais la majorité des joueurs passerons leur temps à vider des bases entière planqué dans un buisson en surplomb.

Un bon sniper est un sniper préparé et équipé. Il faudra donc repasser à votre planque entre chaque mission, histoire d’acheter de nouveaux fusils, de les personnaliser, de fabriquer des balles spéciales… Pour le coup, les sensations sont assez différentes selon le calibre choisi et l’offre de lunettes, chargeurs et trépieds est plutôt riche. Le cycle de jeu se résume donc un peu à « planque-petit tour en voiture-mission-planque », sauf à vouloir vadrouiller un peu dans les objectifs (très) secondaires offerts par le monde ouvert (en réalité trois grandes zones bien séparées). Ce dernier propose quelques jeux de piste assez limités, à l’aide d’une vision de « traqueur » mettant en surbrillance les traces au sol, des objets à collectionner et quelques missions de libération de prisonniers ; bref, beaucoup de points d’intérêt mais rien de bien folichon.

Station mire

Une fois une mission lancée, un bout de route effectué au volant d’un véhicule à la conduite disons... particulière pour rejoindre son point de départ, Sniper Ghost Warrior révèle enfin quelques qualités. Invariablement, la première étape consiste à lancer un drone de reconnaissance, quasi-similaire à celui de Ghost Recon Wildlands, pour marquer les ennemis et repérer les lieux et les chemins possibles. Du ciel, il est possible de voir les nids d’aigles potentiels, du haut desquels vous pourrez commencer votre tir aux pigeons. Les rejoindre nécessitera souvent de crapahuter un petit moment, d’escalader les parois alentours pour se hisser de corniche en corniche. On est loin d’une liberté d’escalade complète, et seuls les rebords en surbrillance sont accessibles, mais la nécessité de devoir suer un peu pour atteindre le meilleur poste de tir est louable. Une fois couché bien au chaud, la fête peut commencer. C’est à ce moment que le jeu est amusant, lorsqu’il faut préparer ses tirs, régler la hausse, le niveau de zoom, prendre en compte le vent, retenir sa respiration pour stabiliser son tir. À condition, bien entendu, d’avoir préalablement sélectionné un niveau de difficulté désactivant les aides à la visée, sans quoi le titre perd tout intérêt, se résumant à cliquer sur un point rouge pour être certain d’abattre ses cibles. L’ordre des exécutions est important, car tout corps découvert alertera les gardes et vous condamnera à vous planquer un très long moment avant que le calme ne revienne.
 


En voilà un beau poste de tir !
 

Pour rire, on peut utiliser quelques balles spéciales (explosives, avec traceur, attirant les ennemis…) mais l’essentiel consistera à coller une simple bastos dans la tempe de chacun, tête après tête. C’est basique, c’est crétin mais avouons-le, c’est amusant. Une balle qui part à plus de trois cent mètres droit dans le crâne d’un autre tireur surveillant une zone provoque toujours un petit gloussement de plaisir. Exercice imposé dans ce genre de jeu, une kill cam s’enclenche à chaque tir parfait. Elle est désactivable, dieu merci.

Lorsqu’il s’agit de couvrir l’infiltration de commandos au sol, d’abattre une cible précise avec un angle un peu difficile, le jeu révèle ce qu’il a de meilleur. Malheureusement, ces missions sont trop peu nombreuses et pas assez travaillées pour être vraiment mémorables et en exigeant du joueur qu’il finance ses achats futurs en dépouillant les ennemis, le jeu se tire une balle dans le pied (ho ho). On aurait tellement aimé pouvoir arriver et partir en silence, invisible de bout en bout, abattant une cible et laissant une base entière confuse et médusée. On aurait aimé mais pour améliorer vos armes et vos drones il va falloir inlassablement descendre tout le monde et aller ensuite fouiller un lieu vidé de toute trace de vie pour gratter un peu de matériel et d’argent.

Sniper mais pas sans reproches

Disons un dernier mot sur l’aspect technique des choses, tant le titre de CI Games est une usine à bugs. Le studio à voulu singer les AAA sans en avoir le budget et cela se sent. Disons-le tout net, le jeu plante plus que tous les céréaliers de la Beauce réunis. Toute la panoplie est là : personnages sans têtes, sol invisible, traversées magiques de décors, retours au bureau, blocage total obligeant à redémarrer. De plus, le jeu fait mouliner n’importe quelle configuration et transformera votre PC en réacteur d’Airbus A320.

Histoire de couronner le tout, et malgré un énorme patch censé corriger le problème, les chargements sont longs comme un jour sans pain. Par « longs » on veut dire « allez vous faire un café pendant le chargement de chaque mission », car il faut parfois attendre plusieurs minutes. On notera une idée riche des développeurs : ayant sous traité une musique de générique en Géorgien composée par leur confrère polonais Mikolai Stroinski (que l’on connait surtout pour son travail sur The Witcher), ils ont décidé de la passer en boucle pendant TOUS les chargements… Des génies ! Alors certes, le côté légèrement « Eurovision 1987 » du titre n’est pas foncièrement désagréable mais au 500e passage, il devient difficile de ne pas avoir une petite envie de se crever soi-même les tympans. Pour les curieux et les masochistes, la chanson s’intitule « Unappreciated Beauty » et est interprétée par Aurelia Schrenker.
 


Voici ce que vous verrez le plus, et il vous manque le son.
 

Un dernier petit je-ne-sais-quoi qui agace : le multijoueur. Il n’est tout simplement pas disponible, CI Games s’étant permis d’attendre la date de fin de l’embargo médiatique et de sortie du titre pour annoncer tranquillement que cet aspect du jeu ne serait finalement ajouté qu’en fin d’année. Inacceptable et malhonnête.

Sniper à lunette, sniper à… 510Points positifs
  • Les sensations en jouant purement tireur embusqué.
  • Plutôt agréable à l’œil si on aime le style.
  • L’armement et sa personnalisation.
Points négatifs
  • Idiot du début à la fin.
  • Répétitif.
  • Un monde ouvert avec peu d’intérêt, au fond.
  • Une pelleté de bugs.

« Sniper Ghost Warrior 3 » est par moment un amusant jeu de sniper (quelle révélation !) mais il a la mauvaise idée de chercher à être bien plus que cela est se plante sur presque tous les autres points. Il est parfois sympathique de jouer au tueur silencieux et caché mais, vendu à plein tarif, ce monde ouvert artificiel et nanardesque au possible ne mérite pas vraiment le détour.

 

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