d

18 oct. 2016 - Perco StarCraft 2

Snute, l’homme de glace

Snute, l’homme de glace

En route pour la Blizzcon 2016 ! Jusqu’au début de la plus grande compétition de l’année, O’Gaming vous propose de (re)-découvrir les six qualifiés foreigners à travers une série de portraits. Aujourd’hui : Snute

À Oppegård, on n’a pas grand-chose à faire. Dans cette banlieue d’Oslo en Norvège, on travaille souvent chez IBM ou Volvo, qui y ont leurs sièges régionaux. Qu’un natif du pays voyage à travers le monde et séduise des sponsors est peu commun. Qu’il s’agisse d’un joueur de StarCraft l’est encore moins.

Des pieds et des mains

Même s’il découvre StarCraft jeune, avec le vénérable BroodWar auquel il joue avec ses amis d’école primaire, c’est avec ses pieds plus qu’avec ses mains que Jens « Snute » Aasgaard va se faire une petite réputation. Il aura suffit que son grand frère achète un tapis de Dance Dance Revolution – un jeu de danse -  pour éveiller le démon de la compétition qui sommeillait en lui. Il passe ses samedi à affronter les meilleurs danseurs de Norvège, jusqu’à obtenir le titre national en 2004.



Snute à la DreamHack de Valence, en 2016.
Photo Adela Sznajder / DreamHack


« J’étais comme le Stephano de Dance Dance Revolution… en Norvège »
(Snute, durant une interview par Teamliquid, lors de la MLG Summer Arena en 2012).
 


Le Norvégien est calme mais fier. Alors qu’il visite la Corée du Sud, il ne peut s’empêcher de jouer quelques parties en iCCup contre les locaux, avant la sortie officielle de StarCraft II : c’est la déculottée (à lire chez Teamliquid). Voilà qui suffit à titiller son égo et à le motiver ; quelques mois plus tard, il se met sérieusement à travailler. Il faut d’abord conquérir son pays natal, qui comprend quelques bons joueurs à l’époque. C’est chose faite assez rapidement et Snute se qualifie aux WCG et aux ESWC pour – enfin – rencontrer le reste du monde. En affrontant les meilleurs, il comprend immédiatement que sa place est parmi eux. C’est eux qu’il veut vaincre, c’est ce haut niveau qu’il veut atteindre. Pour celui qui a un jour voulu devenir pianiste professionnel, ce sont donc ses mains qui vont devenir un outil de travail.



Juste un échauffement avant de jouer contre HerO en quart de finale de la Dreamhack Eizo d'hiver en 2012.


Mais les études prennent du temps et empêchent de voyager librement. Snute est alors étudiant en « technologies musicales » mais s’ennuie à l’Université, et l’appel de StarCraft est tentant. Le dilemme est classique mais délicat à résoudre. Snute est un cérébral, il analyse ses chances, fait ses comptes et décide en 2012 de se donner un an à plein temps sur le jeu. Il ne retournera jamais en arrière.

La glace et le feu

La première année n’est pas riche en victoires et en gains. Beaucoup auraient douté, pas Snute. Le Norvégien est un analyste hors pair, il prend la chose pour ce qu’elle est : une période de formation. La rigueur de son entraînement devient célèbre, Snute décortique chaque défaite, chaque détail pour en tirer des leçons, des axes d’amélioration. Son jeu initial, reposant sur sa micro-gestion, est déjà très efficace et beaucoup s’en contenteraient. Ce n’est pas assez pour lui, il sait que pour durer c’est une maîtrise fine du jeu dont il a besoin. Snute est un chirurgien des replays, et son objectivité est rare pour l’époque. Il observe, diagnostique et, lorsqu’il remarque une défaillance, opère pour la corriger. Snute est un chercheur… et un chercheur qui trouve. En analysant les matchups, les cartes, il sait déterminer ce qui est efficace et découvrir ce qui n’est pas punissable. Pionnier de la composition Broodlords / Infestors dont certains Protoss se souviennent encore lors de frayeurs nocturnes mouillées, il invente aussi des build orders anti-Aïur dans lesquels il se rue sur une base gold, transfère des ouvriers et lance une nuée de banelings sur le wall adverse. Snute n’est pas un joueur sentimental, il fait ce qui fonctionne tant que cela fonctionne. Lorsque des patchs correctifs tombent, il reprend son bâton de pèlerin, s’entraîne, analyse et recommence. Corollaire de son jeu, son comportement est irréprochable. À dire vrai, Snute est la personnification même du joueur dit « manner », respectueux. Lorsqu’il perd c’est de sa faute, lorsqu’il gagne il reste digne et mesuré.



Le respect face à Jaedong, lors de la DreamHack Bucarest de 2014.
Photo Rickard Södenberg / DreamHack


C’est sans doute sa nature mais l’effet est paradoxal : Snute est un joueur respecté mais la retenue qu’il maintient dans les grands rendez-vous résonne parfois comme un vague à l'âme. C’est un clown blanc, un Auguste dont on peine à percer la carapace. Même dans la victoire, il arbore un sourire triste et mélancolique troublant. Snute répète à qui veut l’entendre qu’il n’aurait suivi une autre carrière pour rien au monde, que toute son énergie est concentrée vers cet objectif. Le plus souvent, c'est un garçon souriant, aimable, qui aime rire. Parfois pourtant, en observant son regard bleu glacier se perdre dans le vide, on se surprend à se demander si l’eSport le comble.



Lors de la DreamHack d'été de Jönköpingen en 2014.
Photo Frederike Schmitt / DreamHack


Reste qu’à plus d’un titre, le Norvégien est – en dehors de la Corée – un de ceux qui ont défini les standards du professionnalisme chez les joueurs, traité StarCraft comme un métier sans renier le plaisir d’y jouer.

L’ère TeamLiquid

Les résultats sont donc en demi-teinte la première année mais la progression est constante et les efforts finissent par payer, en bout de ligne, avec un quart de finale à la DreamHack d’hiver 2012 de Krefeld en Allemagne et une victoire en HomeStory Cup VI. Début 2013, la Team Liquid l’engage et lui permet de vivre pleinement la vie de voyages et de tournois dont il a rêvé. Lui qui n’avait connu que la petite structure Norvégienne Gamers League depuis ses débuts change d’univers. Snute est un fidèle parmi les fidèles, il ne quittera plus l’équipe à l’hippocampe. « Snute » n’est plus, « LiquidSnute » est né. Jusqu’à fin 2015 il jouera tous les gros tournois, sera de toutes les réunions internationales, combattra sur tous les fronts et récoltera quelques beaux résultats. Le palmarès est trop grand pour être cité mais on relèvera de jolies performance en HomeStory Cup ou une victoire contre JaeDong en finale des World E-sport Championships 2014 en Chine. Snute est infatigable, toujours au poste. Il sait que pour durer, le talent ne suffit pas et s'entraîne sans relâche malgrè les kilomètres avalés, les avions, les hôtels.
 

 

Par moment, Snute est unanimement reconnu comme le meilleur joueur foreigners, à d’autres il fait douter de ce statut. Le chaud et le froid, toujours. Si son talent n’est jamais discuté, il fait partie de ces joueurs dont personne n’ose trop prédire les performances avant chaque compétition. Snute éliminé tôt ? Normal. Snute vainqueur ? Normal aussi. Snute est comme le vent du Nord, mordant mais changeant, imprévisible.

Enfin il y a cette merveilleuse année 2016. Ce n’est pas celle où l’on a le plus parlé de lui, sans doute à tort. Sportivement parlant il n’a jamais aussi bien réussi dans des tournois majeurs que cette année. Pour Snute, 2016 c’est une victoire, deux finales et quatre demi-finales en dix mois. Sans Polt, il aurait validé son billet pour la BlizzCon dès les WCS d’hiver en mars. Sans doute ses éliminations prématurées en WCS de printemps et d’été et son absence en KeSPA Cup ont éclipsé le reste de l’année et l’ont un peu écarté des projecteurs. Le croire mort serait une grave erreur pour ses opposants, il y a un mois à peine il éliminait, dans l’ordre, Neeb et ShoWTimE pour remporter la Copa Intercontinental.

Lors de la BlizzCon, il sera dans le groupe A, celui de PtitDrogo, et la tâche sera compliquée tant Dark et Stats sont bien décidés à sortir les deux étrangers. Tous devraient se méfier de la maîtrise froide du Norvégien car - qui sait ? – il pourrait créer une énorme surprise et rappeler à tous le champion qu’il est et qu’il a toujours été. Peut-être laisserait-il enfin l'émotion d'une victoire prendre le pas sur la rigueur et le professionnalisme, laissant éclater une émotion pure qu’on sent parfois retenue dans le box. Quel que soit le résultat, on retrouvera Snute appliqué, travailleur, sur la scène StarCraft tant qu’elle vivra. C’est la vie qu’il a choisie, le chemin qu’il suit depuis longtemps déjà.

À Oppegård, on n’a pas grand-chose à faire mais on soutiendra l’enfant du pays.

 

Acheter vos jeux avec notre partenaire G2A.com

 

1 commentaire

Oshigaki
Oshigaki - 18/10/2016 15h34

Un très bon article!! Je découvre enfin ce joueur et votre description m'a touché. Il est pour moi un très bon exemple de la rigueur qui manque chez certains joueurs proffessionels de SC2, LOL ou d'autres.
Pour beaucoup, être proGamer c'est cool et on en profite. Mais joindre cet aspect avec un entrainement et une rigeur de travail irréprochable, c'est difficile, surtout quand on connait l'âge de ces jeunes, qui ont encore tout à apprendre.
Ils on l'âge du doute et de la découverte. Ils aiment l'essai et la réussite et souvent n'aiment pas perdre. Il faut, je pense, être très fort pour rester Pro dans l'esport quand on à moin de vingt ans.
Un grand GG à snute, l'homme de glace, qui montre l'exemple pour tous!
Qu'il puisse vaincre là ou seul Neeb à réussi. Ma colonie est avec toi snute!

Poster un commentaire

Vous devez être connecté pour pouvoir poster un commentaire.