d

17 déc. 2016 - Shoam Divers

The Last Guardian, Quand Sony tricote un chef d'oeuvre

The Last Guardian, Quand Sony tricote un chef d'oeuvre

Il aura fallu 12 ans pour pouvoir enfin revenir dans l’univers onirique de Fumito Ueda, éminent créateur de Ico et Shadow of the Colossus. Annoncé en fin de vie de la PS2, nombreux sont ceux qui ont acheté une PS3 juste pour jouer à The Last Guardian. Après avoir disparu des radars durant de longues années, le jeu a connu de nombreuses tourments dans son développement : le report sur PS4, beaucoup de rumeurs d’annulation, mais surtout le départ du créateur de chez Sony Entertainment. Mais malgré tous ces périples, c’est avec une grande joie et un peu de crainte que nous allons enfin savoir qui est ce fameux dernier gardien.

 

 

​Sachez tout d’abord que si vous n’êtes pas familier avec l’univers créé par Ueda, de nombreux mystères planent sur les terres vertes que parcourent nos héros. Des ruines, signe d’une civilisation ancienne, avancée et déchue, sont souvent le décor principal du périple de nos protagonistes et marquent un peu plus la personnalité unique de chacun des jeux de ce créateur. Il faut en effet imaginer les jeux de Ueda comme une nouvelle aventure, une nouvelle histoire, mais aussi et surtout un nouveau gameplay complètement réinventé. Chacun d’entre eux est un nouveau défi lancé par les développeurs pour notre plus grand plaisir car bien souvent maîtrisé avec justesse.
 


Un repos bien mérité

 

Dans cet épisode, nous incarnons un très jeune garçon, perdu et anonyme, qui va se retrouver à se lier d’amitié avec une créature chimérique géante, baptisé Trico. Les deux héros vont devoir collaborer pour arriver au bout des nombreux défis qui les attendent au sein des ruines abandonnées dans lesquelles ils sont piégés.

Ce synopsis aurait été classique sans le génie de Ueda. Au delà l’univers original et de l’immersion apporté au titre, le level-design est d’une intelligence rare. A aucun moment le joueur n’a l’impression de changer de niveau ou de se retrouver face à une énigme comme on peut en voir dans tous les autres jeux. Chaque élément apparaissant au fur et à mesure en apprend plus au joueur : un indice visuel, une nouvelle information qu’il va devoir réutiliser pour s’en sortir. Pourtant très peu d’indices concrets sont donnés, ce qui renforce le sentiment d’accomplissement lorsque l’on arrive à se sortir d’une situation qui parait désespérée au départ. Et pour parfaire le tout, les ruines sont totalement friables et peuvent s’écrouler à tout moment, rendant les niveaux presque organiques. Ainsi transformé, la manière de résoudre une énigme peut changer à tout moment.
 


On joue à cache-cache ?

Mais tout ceci n’est qu’un aspect presque insignifiant du titre. Tout le voyage n’aurait pas la même saveur sans notre nouveau compagnon de route, Trico. Si il est l’un des atouts indispensables pour avancer tout le long du voyage, il est avant toute chose un personnage auquel on s’attache immédiatement. Il faut imaginer un animal ayant l’attitude d’un chat, associée à la fidélité d’un chien de la taille d’un éléphant adulte. Même le plus insensible ne pourrait résister devant le comportement touchant et crédible de l’animal. On garde constamment un œil sur lui en épiant chacune de ses mimiques, se sentant à la fois protecteur et protégé. A tout moment, on peut communiquer avec lui avec la fameuse touche R1, déjà utilisé dans Ico, sans pour autant qu’il réponde au doigt et à l’oeil. Et ce manque de précision est ce qui donne la crédibilité à l’animal.

La relation entre le héros et Trico est d’une importance fondamentale et aborde d’une manière unique la collaboration entre le joueur et une IA dans un jeu vidéo. A de nombreuses reprises, on se surprend à parler derrière son écran pour calmer Trico ou pour le chercher dans le niveau comme on le ferait réellement à notre animal de compagnie. A force de monter sur son dos en s’accrochant à ses plumes, de la même manière que dans Shadow of the Colossus, on ressent un sentiment de manque en s’éloignant un peu trop de l’animal qui donnera envie de tout faire pour retrouver rapidement son ami. Notre vision même de l’architecture des lieux est déformée ce qui amène toujours à se demander comment faire passer Trico dans les étroits couloirs des ruines de la cité perdue.
 


Ca passe ou ça passe pas ?

Toutefois, le jeu est loin d’être exempt de défauts. Les stigmates d’un développement chaotique se ressentent techniquement. Si le travail sur Trico est absolument remarquable, difficile de ne pas maudire la caméra particulièrement capricieuse qui parfois se bloque dans un mur ou cherche en vain à se replacer sur notre héros. Les couloirs confinés et les niveaux conçus à la verticale en sont sans doute la cause et l’on comprends mieux les difficultés qu’ont pu rencontrer les développeurs pour rendre lisible l’ensemble. Preuve également que le jeu était bien au-dessus de ses ambitions, les nombreux ralentissements qui font peiner la console PS4, prouvent que sortir une version PS3 aurait été une folie. La sortie presque simultanée avec la PS4 Pro n’est peut être d’ailleurs pas un hasard. Si on ajoute à cela le manque de précision lors des phases de plateforme, souvent dû à des affectations de touche sur la manette un peu obscures, on passe souvent plusieurs minutes à grogner contre le jeu pour ces imperfections qui pour certains serait impardonnables.
 


Cela donne une petite idée de l'immensité de la cité.

 

Mais ces défauts font partie, à mon sens, du charme du jeu. Sans le vouloir, The Last Guardian fait naître des sentiments que nous avons rarement ressenti dans une œuvre vidéoludique. A la fois on l’aime et on le déteste, et c’est la raison pour laquelle on va autant s’y attacher. Peu d’expériences de jeu nous amènent à vouloir s’arrêter juste pour observer son compagnon de route avec sa propre personnalité lui donnant une certaine conscience. Et comme souvent dans les jeux de Ueda, le plaisir n’est pas dans la conclusion, mais bien dans un voyage qu'on aimerait ne jamais voir se finir. En tout cas, pas sans Trico.

 

The Last Guardian 910Points positifs
  • Trico
  • Un level design au petits oignons
  • L’immersion onirique
  • Le voyage inoubliable
  • L’ambiance générale unique
Points négatifs
  • La caméra parfois insupportable
  • Les pertes de framerates à certains moments
  • L'affectation des touches peu instinctive
  • Certaines phases plateformes agacantes

Fumito Ueda signe ici un jeu comme il n’en sort que rarement. Une construction de niveaux réalisée à la perfection, un univers immersif envoutant et un personnage principal attachant. Mais The Last Guardian est une véritable performance grâce à la présence de Trico et de sa relation touchante avec notre jeune héros qui sublime l’ensemble du titre. Il y a certes des défauts techniques qui serait impardonnables en d’autre circonstance, mais comment toutes les imperfections des gens en l’on tient, on le lui pardonne avec plaisir. On peut en tout cas remercier Sony d’avoir cru jusqu’au bout à ce titre offrant à son palmarès l’un de ces plus beaux chefs d’oeuvre de son temps.

Poster un commentaire

Vous devez être connecté pour pouvoir poster un commentaire.