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12 déc. 2014 - Mandark Divers

The Walking Dead : charge d'âmes (damnées)

The Walking Dead : charge d'âmes (damnées)

TellTale Games. En voilà un studio qui n'usurpe pas son nom et qui, avec leur série inspirée des deux autres séries – celle sur papier et celle sur torrents –, démontre clairement que le jeu vidéo n'a rien à envier aux autres médias narratifs pour ce qui est de susciter l'empathie et captiver son public. Et parfois aussi le questionner et le titiller un peu sur sa nature...

Même au fin fond de la Papouasie orientale, qui n'a jamais entendu parler de The Walking Dead, cette série qui raconte comment, dans un monde où George Romero n'a jamais existé (des quoi ? Des zombies ? Connais pas, mais si vous voulez j'ai des « walkers » et des « rotters »), les morts refusent de le rester et forcent de braves gens à un exode brutal vers le rural, où les braves gens en question deviendront nettement moins sympathiques au fil du temps et parfois même seront plus méchants que les personnages de Dallas (dont certains épisodes de la série télé partagent d'ailleurs parfois le rythme) ?

Eh bien personne ma bonne dame et mon bon monsieur, car The Walking Dead c'est le carton interplanétaire depuis cinq ans (et même des fois tu te demandes comment ça se fait, vu que dès que quelqu'un t'en parle, c'est quasi-systématiquement pour te dire à quel point il ne regarde plus parce qu'il ne se passe soi-disant jamais grand-chose), et voir débarquer un The Walking Dead : The Game relevait tôt ou tard de l'évidence, à tel point que l'évidence en question date tout de même de 2009, pour ce qui est du premier épisode, mais comme les deux saisons viennent de débouler sur PS4, l'occasion fait le larron !

Plus surprenant était par contre le choix du studio de développement, et donc de l'orientation du gameplay, notamment à une époque où qui dit zombies-flick-video-games dit Resident Evil, Dead Island ou Dead Rising, et ne pas suivre la voie ouverte par ces derniers, à savoir la sacro-sainte ligne de l'action pure, c'était quand même prendre le risque de s'aliéner une grande partie des fans du genre survival-horror.

Vivre et laisser mourir ?

Pour les trois du fond qui n'ont pas vu les épisodes précédents, The Walking Dead : The Game est un point'n click, mais pas un qui joue dans la cour d'un Monkey Island. Ici en effet, et bien qu'il faille de temps à autre activer ses neurones, pointer et cliquer servira surtout à un certain nombre d'actions contextuelles (ramasser un objet, interagir avec le décor, parfois tirer ou se battre) donc pour la déconne farfelue du genre « je prends ces intestins trouvés chez le boucher pour les ouvrir et en faire un trampoline afin d'atteindre un balcon », tu repasseras, amie lectrice, ami lecteur, car le vrai cœur du jeu n'est pas là.

Tout l'intérêt de The Walking Dead : The Game réside dans la constante demande au joueur de faire des choix qui influeront ensuite sur l'évolution de l'histoire, et pas qu'un peu ! Car, là encore à l'instar du comic book (oups pardon, « roman graphique ») et de la série télé, le jeu est découpé en saisons (deux pour le moment, et bien entendu la saison deux prend en compte la sauvegarde de la saison un si d'aventure vous en aviez déjà une) et épisodes (cinq pour chaque saison plus un bonus en fin de première) et tout peut arriver à n'importe qui n'importe quand (les personnages dans Game of Thrones ont effectivement une meilleure sécurité de l'emploi).

Et - c'est là que ça devient vraiment intéressant -  une bonne partie de ce n'importe quoi pèsera nécessairement sur la conscience de celui ou celle qui tient la manette, puisqu'il/elle devra souvent décider – parfois très très vite et dans des situations qui ne favorisent pas forcément la gamberge – du sort qui attend certains des protagonistes rencontrés, sort bien entendu pas forcément enviable (sinon y aurait pas de jeu !).

Et bien sûr en dessous, c'est plein de zomb..."marcheurs".

Mais mieux encore, et c'est là où The Walking Dead : The Game enfonce vraiment le clou (et en profite parfois au passage pour taper là où ça fait mal), grâce à une narration ciselée par des pros et un habile découpage de l'aventure sous la forme de saisons composées d'épisodes, le jeu, assez insidieusement, te positionne au rang de personnage principal. Et je ne parle pas ici d'avatar, mais bien d'un personnage à part entière, qui possède déjà un passé, mais suffisamment « ouvert » pour que le joueur puisse ensuite embrayer avec sa personnalité propre, qui finira par devenir le vrai moteur du jeu ! Et on soulignera ici le remarquable travail des scénaristes et game designers qui ont su composer avec une palette de réactions cohérentes sans jamais (trop) céder à l'appel du manichéisme. Comme dans Spec Ops : The Line, les choix ne sont ici ni bons ni mauvais (ou alors c'est selon votre propre sens de la morale), mais pire et moins pire.

Car le but n'est pas ici de récompenser ou culpabiliser le joueur selon ses actions, non. Le but ici est d'impliquer le joueur en tant qu'élément central, et de faire reposer toute la progression de la narration sur ses épaules, le laissant décider de certaines issues de l'histoire, parfois même plusieurs épisodes à l'avance et sans qu'il ne s'en doute. Un peu le principe du livre dont vous êtes le héros en fait, poussé ici à l'extrême de par le contexte du jeu : la bonne vieille invasion de zombies, la chute de la civilisation et le retour au DIY en mode recyclage d'urine à travers du sable et des galets si t'as soif. En gros, un contexte où rares sont les occasions de faire la fiesta...

Live together, die alone

Qui n'a jamais posé la question lors de discussions animées avec d'autres esprits futés : « T'aurais fait quoi, toi (si tenter de sauver untel incluait le risque que tu perdes un bras, si pour éviter de perdre unetelle il te faut sacrifier untel, si tout d'un coup y en a un ou une qui pète sauvagement un plomb, si...) ? ». Eh bien si toi aussi tu fais partie des esprits curieux, sache que TellTale Games te propose quelques éléments de réponse, et parfois, voire souvent, tu vas pas les aimer. Mais faudra bien faire avec, même avec du sang sur les mains !

Parce qu'en plus The Walking Dead : The Game ne fait carrément pas dans la dentelle et ne s'épargne aucun effet gore et encore moins quelques fulgurants éclairs de sauvagerie, d'autant plus percutants que le game design se situe à mi-chemin entre la BD et la série. En effet, si la structure des épisodes rappelle fortement celle du show vedette de la chaine AMC, le rendu graphique lui opte franchement pour l'option comic book en mouvement, renforcée en cela par un choix de couleurs très tranchées et un surlignage des contours subtilement cell shadé, qui au passage n'est pas sans rappeler le jeu XIII qui, bien qu'étant un FPS à la base, essayait lui aussi de trouver un équilibre intéressant entre deux médias différents – mais qui pouvaient se révéler complémentaires –, en l'occurrence la BD et le JV, et il y parvenait souvent d'ailleurs (le bougre).

Comme dans toute bonne histoire de zom..."pourissants", il y a plus à craindre des vivants que des morts !

Du coup l'expression « violence graphique » prend parfois tout son sens dans Walking Dead : The Game, et je te laisserai, amie lectrice, ami lecteur, nettoyer les taches si tu n'y vois pas d'inconvénient.

Et comme il serait injuste de ne pas mentionner dans cette review le cast qui donne vie aux personnages de cette infernale aventure, je le fais ici et j'en profite pour souligner que la très haute volée du jeu des acteurs (dont un Michael Madsen assez glaçant) contribue largement à l'immersion.

Conclusion

Quelle baffe ! Certes votre serviteur débarque après la bataille et chronique ici un jeu déjà «old-niouzes» pour beaucoup d'entre vous, mais pour les autres, celles et ceux qui se sont perdus alors qu'ils cherchaient un site que... j'espère ils trouveront, The Walking Dead : The Game fait quasiment office de jeu de l'année tant il est exemplaire vis-à-vis de son cahier des charges :

Impliquer le joueur humainement comme jamais au sein d'un jeu vidéo : bitch !
Le maintenir sous pression au point de lui donner l'impression que survivre derrière l'écran est plus important que manger devant : re-bitch !
Le rendre aussi fou de devoir attendre le prochain épisode grâce à une narration de pro : dix-de-bitch !

Pour celles et ceux qui ont fait les deux, il est difficile de ne pas penser à The Last of Us quand on joue à The Walking Dead : The Game, et sans rentrer dans une longue comparaison de leurs points communs et différences, je soulignerais tout de même qu'ils ont au moins compris ceci : rien de tel qu'une bonne pandémie mondiale pleine d'infectés pour savoir ce que tu as vraiment dans les tripes !

Si d'aventure tu t'interroges sur la démarche de Naughty Dog je te laisse checker ce lien, mais en ce qui concerne TellTale Games une chose est sûre, c'est que rarement un jeu ne t'aura autant fait te sentir humain, dans le sens premier et dénué de la moindre appréciation d'interprétation morale du terme, que leur version de The Walking Dead.
Bref si vous ne l'avez pas fait, foncez, dans tous les cas ça ne peut pas vous laisser indifférents. Et si vous êtes clients, la première saison et sa bonne douzaine d'heures de jeu ne sera que l'agréable avant-goût d'une saison deux phénoménale et tout aussi longue...en attendant le début de la saison trois, prévu pour bientôt.

Et comme si ça ne suffisait pas ils viennent de remettre ça avec une série consacrée à Game of Thrones... Mamma mia !

 

 

 

 

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4 commentaires

GrommelGod
GrommelGod - 12/12/2014 15h47

Un jeu vraiment génial. Un scénario bien écrit, émouvant, des choix difficiles, des zombies... Tout pour plaire ! Je le recommande fortement ! :D

Elendilh
Elendilh - 12/12/2014 21h35

Damn ! Quelle plume !
L'auteur a presque failli me faire regretter le fait que je ne sois pas client de ce type de gameplay.

Vaag
Vaag - 13/12/2014 23h48

J'aime Telltale game et cette boite est tout simplement géniale. Personnellement j'ai préféré The Wolf Among Us parmi toutes leurs créations, et le premier épisode sur l'univers de Borderlands est HILARANT.

Après je recommande d'attendre la sortie de 3-4 épisodes avant de consommer histoire de ne pas faire une crise en attendant la suite ;)

Mandark
Mandark - 14/12/2014 20h34

Damn ! Merci pour le compliment ! Essaye l'épisode un de la saison un pour voir. C'est pô si long, ça mange pas de pain et ça laisse pas de miettes !
Il FAUT que je fais TWAU, et je suivrais ton conseil Vaag, j'attendrai d'avoir quelques épisodes sous le pad (nouveau, le binge playing !)

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