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30 mai 2016 - Mandark Divers

Uncharted 4 : carte merveille

Uncharted 4 : carte merveille

Amie lectrice, ami lecteur, tu dois sûrement te dire que pour la review d'un jeu sur lequel tout a déjà été dit depuis sa sortie, on débarque un peu après la bataille (bon, comme assez souvent en fait). Mais pour ma défense je dois avouer que je suis passé par la voie du téléchargement pour pouvoir enfin jouer à Uncharted 4, et que quand tu vis au Mordor et que tu as la co qui va avec, 48 gigas et des poussières ça met quelques jours à arriver dans la boiboite (huit, pour être précis).

Qu'importe, car ça valait l'attente et il fallait bien cet espace de stockage pour assurer la claque graphique qu'est Uncharted 4. Eh oui, on aura beau prendre ça dans le sens qu'on veut, Naughty Dog livre ici rien de moins que le plus bô jeu du monde à l'heure actuelle, un truc de guedin dont le niveau de perfection et le souci du détail sont juste insanes. Ayant eu récemment l'occasion de – enfin – pouvoir faire Rise of the Tomb Raider sur Xbone je m'étais déjà fait joliment éclater la rétine, mais là j'ai carrément subi une atomisation en règle de ce qu'il me restait de z'yeux !

Tu la sens, la moiteur de la jongle ?

À grandes attentes, grandes responsabilités

Cette review étant quoi qu'il arrive destinée à débarquer quelque peu à la bourre de celles qui ont eu la chance d'être écrites presque une bonne semaine avant la date de sortie officielle du jeu, j'avouerai que j'en ai au passage profité pour aller trainer du côté de la concurrence, voir un peu ce qu'il se disait. Et si dans l'ensemble j'ai trouvé que les tests étaient plutôt pertinents, j'ai quand même été assez (salement) bluffé par la teneur de la majorité des commentaires qui y répondaient, ou comment descendre en flamme et sans y avoir joué au préalable un titre auquel on reproche surtout d'être dans la lignée de ses grands frères, ce qui, vous en conviendrez avec moi, est un peu parfaitement con.

Car oui, si Uncharted est la merveille technique du moment (et il était un peu attendu au tournant sur cet aspect là), il n'en reste pas moins un jeu qui répond à un cahier des charges bien précis, celui de l'aventure scriptée alternant exploration, résolution d'énigmes pas trop casse-tête (plus pour l'ambiance que pour le barbecue de neurones ; en même temps on n'est pas dans Myst) et véhéments échanges de pruneaux, à couvert et face à l'armée de nervis du bad guy de l'histoire.

Là où la saga s'est par contre toujours détachée du tout-venant de la production – outre sa qualité technique -, c'est dans le soin apporté à l'écriture et aux dialogues de chaque épisode, et sur ce point en particulier ce quatrième opus peut se targuer de placer la barre très haut, autant qu'un jeu des frères Houser, ce qui n'est pas un mince compliment !

Sam et Nate : brothers in chairs

Pour celles et ceux qui l'ignoreraient (et que ce genre de détails intéressent, of course), Amy Hennig, la scénariste historique de la série, n'a que peu officié sur l'écriture d'Uncharted 4 et a quitté Naughty Dog en cours de production, apparemment pour cause de dissensions artistiques au sujet de la direction que Bruce Straley et Neil Druckmann – les maitres d’œuvre de The Last of Us et en charge de cet ultime volet des aventures de Nathan Drake – souhaitaient faire prendre au jeu.

Une direction que l'on qualifiera de plus « mature », par opposition au ton très film-d'aventure-du-dimanche-soir qui présidait à la trame des trois précédents jeux, dont le rythme dépendait avant tout de l'urgence du moment et des situations épiques (et à ce titre-là Uncharted 2 reste d'ailleurs un chef-d’œuvre inégalé).

Redistribution des cartes

Mais que l'on ne se méprenne pas, A Thief's End n'est pas pour autant un titre planplan. C'est juste que sa dynamique diffère quelque peu de ce à quoi la saga nous avait habitués jusqu'ici, et la raison principale est que Uncharted 4 se présente bien comme le tout dernier chapitre des péripéties de Drake, et qu'à ce titre-là il se devait de posséder une dimension, une épaisseur – et pas seulement technique –, propre à amener son ultra-charismatique protagoniste principal vers une conclusion qui ne se limite pas à quelques bons one-liners de sympathique gouailleur.

D'où l'importance dans cet épisode de mettre Nathan face à ce grand frère qu'il croyait disparu, et d'accorder au personnage d'Héléna – devenue entre Drake's Deception et A Thief's End sa moitié – une consistance qui va au-delà du simple rôle de « blonde de service » (au sens canadien du terme – ma blonde !) dans lequel les scripts des volets précédents la cantonnaient.

Nate et Hélèna. Pour le meilleur et pour le pire

C'est grâce à ces deux personnages que Drake gagnera en profondeur au fil du jeu, et trouvera au yeux du joueur le parfait équilibre entre archétype de jeu vidéo et personnalité humaine à part entière, et c'est là qu'en plus d'être soufflés par la réalisation technique, on est impressionnés par l'incroyable justesse et la très haute tenue des dialogues ainsi que par une interprétation d'un niveau qu'on qualifiera sans peine de stratosphérique (et si, amie lectrice, ami lecteur, les doubleurs français ont ici effectué un travail remarquable, essaye tout de même de tâter de la V.O, tant les immenses Nolan North et Troy Baker – dans les rôles respectifs de Nathan et Sam Drake – atteignent des sommets dans la complicité ; bien entendu, le reste du cast n'est pas en reste non plus et mérite moult louanges).

De par la nature de ce storytelling plus travaillé et « crépusculaire », pour reprendre le terme choisi par l'excellent Daniel Andreyev dans sa non moins excellente review du jeu, le rythme d'Uncharted 4 se trouve légèrement modifié par rapport au côté plus rentre-dedans de ses prédécesseurs, faisant la part-belle à quelques flashbacks et à des moments plus intimistes, ainsi qu'à une mise en abyme des plus finaudes. Mais, tout comme pour The Last of Us (et c'est là que le jeu porte clairement la patte de ses deux showrunners) ce n'est jamais au détriment de l'implication de qui tient le pad (ou de qui le regarde faire), bien au contraire, et A Thief's End sort définitivement grandi de ces quelques digressions qui ne rendent que plus intenses les nombreux moments de bravoure d'une aventure certes un peu série B sur les bords, mais hé, peu importe le flacon du moment qu'on a l'ivresse, s'pas ?

Une séquence épique pour un ultime volet qui n'en est pas avare !

Oh crap!

Ainsi donc Uncharted 4 est un pur joyau brut de décoffrage, que ce soit pour les mirettes ou l'immersion in-game, alors est-il, comme n'ont pas hésité à le qualifier certain(e)s « le plus grand jeu du monde » ? Mhèèèè... il y a quand même un truc qui coince, et c'est d'ailleurs le même que dans The Last of Us : l'intelligence artificielle. Celle des ennemis comme celle des alliés. En gros, d'avoir en face de soi des tanches finies qui ne mouftent pas une seconde quand il prend l'envie à votre coéquipier de faire nawak et de jumper dans tous les sens, et parfois juste sous leur nez, ça casse un peu l'ambiance, d'autant plus que si vous vous vous faites repérer, la sentence sera par contre immédiate : vous allez en chier face à rien moins qu'une bande de tireurs d'élite qui ne mettront pas une bastos à côté de votre petite tête. Le bon côté de la chose c'est que ça force à bouger en permanence donc les affrontements se doivent de devenir dynamiques très rapidement, sous peine de game-over frustrant. Le mauvais c'est que comme on peut prendre très cher très vite et que généralement en face – et derrière – il y a du monde, on se retrouve à buter un peu trop longtemps sur certains gunfights et se retaper dans certains cas le même affrontement scripté encore et encore jusqu'à ce que ça passe enfin.

Reste qu'il y a aussi parfois la possibilité de se la jouer furtif, en se planquant dans les hautes-herbes (comme dans Rise of the Tomb Raider – il y a d'ailleurs un discret mais bien présent clin-d’œil à Lara Croft en toute fin de jeu), que ce soit pour passer totalement inaperçu ou échapper à l'ennemi après s'être fait repérer. Une bonne idée, mais qui là aussi coince un peu quand on se dit que les mêmes gusses habituellement capables de t'en coller une entre les deux yeux à 50 mètres de distance sont dans ce cas-là infichus de voir ton dos courbé à trois pas...

Très chô devant !

Mais bon, tout cela ne gâche en définitive pas le trip Uncharted 4, ne serait-ce que parce que cette ultime itération est bien plus portée sur l'exploration que sur le bullet-bukkake auquel la série nous avait plutôt habitué, donc on peste parfois un court moment, puis on se remet vite en mode émerveillé.

Ah, et puis il y a plein de références au père de tous les aventuriers, j'ai nommé Indiana Jones (« pas bonnes ces dates »), et ça c'est coule !

Totalement inutile donc rigoureusement indispensable !

Uncharted 4 se montre également très généreux en termes de cadeaux bonux, une fois le premier run achevé. Comme il est de coutume dans les aventures de Drake, ce dernier peut mettre la main sur divers trésors au cours de ses péripéties, qui octroieront au joueur des points à dépenser ensuite dans diverses catégories pour obtenir nombre d'artworks préparatoires du jeu, la possibilité d'affubler les protagonistes de la tenue de son choix si on désire relancer une partie (deux idées que l'on doit à l'origine à Crystal Dynamics sur Tomb Raider Anniversary – rendons à César ce qui appartient à César), le déblocage de perks en tout genre (par exemple les munitions infinies) et – plus original – tout un tas de filtres visuels pas piqués des hannetons, dont un qui permet de rejouer en 8bits (et le son qui va avec ; on peut aussi l'avoir en 4bits) !

Live together, die alone

N'oublions pas de mentionner non plus le mode multi qui, s'il n'est évidemment pas la raison principale pour laquelle craquer son porte-monnaie compte-tenu du prestige promis (et tenu) par l'aventure solo, n'en est pas moins une excellente addition, comme c'est d'ailleurs le cas depuis l'épisode deux, tout comme celui de (il est toujours bon de le rappeler) The Last of Us, pas vraiment attendu à la base et qui en aura à la finale décoiffé plus d'un de par son concept et son excellente jouabilité qui pousse à l'addiction (true story).

Sans commentaire...

Naughty Dog conserve ici un certain nombre d'acquis des précédentes versions, comme les améliorations qui s'étoffent au fur et à mesure des parties, et en profite au passage pour proposer quelques ajouts qui changent vraiment la donne, notamment et suivant le rôle choisi par le joueur (en gros, tank, soutien, healer, éclaireur etc.) l'adjonction de totems dont les pouvoirs temporaires influeront sur le déroulé de la rixe ou l'opportunité de se faire épauler par un sidekick pour, suivant le cas, défourailler, soigner ou traquer. Ça, plus le fait que désormais le choix a visiblement été fait de proposer des arènes de tailles plus réduites afin de privilégier avant tout une jouissive nervosité dans les combats, fait qu'on enquille les parties dans une ambiance tout ce qu'il y a de bon enfant où ne pas être un as de la gâchette ne pose aucun problème d'ego, pour la bonne raison que tous les modes de jeux sont tournés vers la coopération. Exit donc le Deathmatch seul contre tous, tout ici se joue en équipe, avec un soin particulier apporté à la notion d'entraide puisqu'il est possible à tout moment de se porter au secours d'un allié tombé sous les balles... et de compter sur les autres pour qu'ils en fassent autant si c'est vous qui avez « mordu la balle ».

Une différence notable avec le multi de Drake's Deception est qu'il n'est par contre plus possible ni de sprinter ni de renvoyer une grenade à l'ennemi (c'est d'ailleurs également le cas en solo). Un peu pénalisant au début pour les habitués d'Uncharted 3, on réalise avec le temps que ça ne dessert en rien la jouabilité ici car on prend vite l'habitude de substituer à ces deux réflexes – dont l'un est très cauloffe dans l'âme – la roulade et la mise à couvert, plus dans l'esprit d'Uncharted. Et puis tout ça c'est bon pour la production d'adrénaline.

Bref du vraiment tout bon auquel votre serviteur ne trouvera qu'un seul bémol : il n'y a plus de mode Horde, et ça c'est ballot parce que qu'est-ce que j'ai pu y prendre mon pied sur le multi des anciens Uncharted !

Yes yes yes yes yes!!! 910Points positifs
  • Fait passionnément l'amour à tes yeux !
  • L'aventure avec un grand A
  • Un gameplay qui fonctionne toujours aussi bien
  • Vraiment très bien écrit
  • Le cast absolument magistral
  • La bande-originale
  • Très bonne durée de vie et p'tit goût de reviens-y
  • Un multi nerveux, efficace et vraiment bien emballé
  • Toujours un plaisir de retrouver Sully !
Points négatifs
  • L'I.A un peu trop mécanique et parfois aux fraises

Un film interactif, Uncharted 4 ? Peut-être bien, et c'est sans doute avec cet argument que les détracteurs de la série ne manqueront pas d'attaquer la dernière production Naughty Dog. Mais c'est aussi ce qui fait la force de la saga depuis Drake's Fortune, donc oui, ce qu'on peut reprocher à Uncharted 4, c'est d'être...un Uncharted, si on n'accroche pas à la formule. Pour celles et ceux qui kiffent par contre, cet ultime épisode - outre être le plus bô jeu du monde - est tellement bien rythmé, écrit et interprété qu'on ne peut qu'applaudir des deux mains et des deux pieds la performance du studio Naughty Dog qui, sept ans après Uncharted 2 : Thieves Among Us pose ici rien moins qu'un nouveau maître-étalon à côté duquel le futur du genre en jeu vidéo devra se comparer. Certes sa gestion de l'I.A laisse par moment à désirer et l'empêche de repartir avec la note maximale, mais c'est tellement peu au regard de l'incroyable travail effectué à côté qu'on n'en prend finalement pas ombrage, et que ce quatrième volet conclut on ne peut plus brillamment une licence qui fera date, bien après lui. Si l'on ajoute à ça un mode multi bien solide et pas prétentieux pour deux sous, on a là un titre qui tient toutes ses promesses et pousse à ne pas lâcher le pad. Du coup, j'vais me refaire la Nathan Drake Collection moi !

 

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