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19 déc. 2016 - Perco Divers

Watch Dogs 2 (PC) : Passe ton hack d'abord !

Watch Dogs 2 (PC) : Passe ton hack d'abord !

Chez O’Gaming, nous avons des valeurs. Parmi elles, figure en bonne place notre désir de promouvoir une concurrence juste et honnête. La preuve, notre test de Watch Dogs 2 sur PC n’est publié qu’aujourd’hui, pour ne pas faire d’ombre à la presse écrite mensuelle. Comment ça pas crédible ?

Ubisoft nous a envoyé notre clé assez tardivement et tester un jeu à monde ouvert est un peu plus long qu’un FPS avec cinq heures de durée de vie. En plus c’est Noël, il faut trouver les cadeaux, faire les paquets et une épidémie de grippe a frappé la rédaction. Si je dis que mon chien à mangé mon test, vous me croyez ? Mais tout vient à point à qui sait attendre et nous pouvons aujourd’hui répondre clairement et sans détour à la grande question « Watch Dogs 2 est-il un bon jeu ? » par un tonitruant « Oui ! Maiiiiiis… ».

L’algorithme dans la peau

Watch Dogs avait déçu. Pas qu’il ne fut un mauvais jeu mais il avait suscité trop d’attentes, trop d’espoirs pour qu’il ne puisse en être autrement. Les joueurs n’avaient retenu que le sentiment d’une promesse déçue, l’amère désillusion de recevoir un vêtement qui – vraiment – rendait mieux sur les photos du site internet. Rendons grâce à Ubisoft, les bougres semblent avoir retenu la leçon et la communication autour de ce second Watch Dogs est restée un peu plus humble. Comme le studio de Montréal avait décidé de son côté de laisser tomber Aiden Pierce, le personnage apathique du premier épisode, et de tout remettre à plat, tout concordait pour que Watch Dogs 2 soit, au moins, meilleur.

Cette fois, c’est dans les bottes de Marcus Holloway et avec San Francisco comme terrain de jeu que nous sommes invités à pirater tout ce qui peut contenir la moindre puce électronique. Marcus est un hacker de talent, il le sait, il le dit. Marcus aime les ballades en forêt, les chiens et les couchers de soleil mais il déteste qu’on le fiche ou que l’on porte atteinte à sa vie privée. Pas de chance, c’est justement San Francisco que Blume, la méga-corporation à l’origine du CTos 2.0, le logiciel à tout faire et tout contrôler, a décidé de faire du business. Quand on dit tout, c’est tout : les feux de signalisation, les canalisations, les distributeurs de billets, les téléphones, les caméras de surveillance, rien n’échappe à CTos 2.0. Comme Blume n’est pas une ONG, elle cherche à faire son beurre en revendant au plus offrant les montagnes de données personnelles qui sont collectées au passage, balayant toute question d’éthique et de moralité d’un simple « Vous avez vu le nombre de zéros sur le chèque ?! ». Ah quelle imagination ces scénaristes, quelle capacité à pondre des idées loufoques totalement impossibles dans la vraie vie...



Marcus


Pour faire face à ce méchant monstre sans visage, notre héros se doit d’être bien accompagné, il prend alors sa carte chez DedSec, un collectif local de hackers au grand cœur. Pour faire simple, imaginez que Boy Georges et Lady Gaga aient eu des enfants – imaginez j’ai dit – puis que ces derniers aient choisis de faire un IUT d’informatique, de défendre la liberté individuelle et le respect de la loi à grands coups d’intrusions informatiques et physiques et de coups de matraque dans la tête des vigiles de la sécurité. Les compagnons de route de Marcus sont des caricatures d’activistes new generation californiens, hipsters et tendance jusqu’au bout des ongles. Des leggins ornés de tête de mort aux références geeks et chics, rien ne vous sera épargné et pourtant, étonnamment, l’ensemble fonctionne plutôt bien. Aucun personnage ne vous fera rouler de rire par terre, aucun ne parviendra à dépasser son rôle de personnage-fonction (la chef rebelle, l’asperger, le décalé…) mais aucun ne vous donnera non plus envie de lui enfoncer des antennes Wi-Fi dans les yeux.
 



DedSec.


Si cette galerie de canards boiteux fonctionne, c’est parce qu’elle s’intègre sans heurt à un tout. Ubisoft a clairement décidé d’embrasser pleinement tous les poncifs qui collent à la Silicon Valley, de les détourner sans finesse mais sans limites. En effet, à l’aide de cette bande d’anarcho-technophiles, vos cibles ne seront qu’une succession de pastiches des cadors du high-tech : moteur de recherche, réseau social à la mode, secte, compagnie aérospatiale privée et j’en passe, ils sont tous là. Chez chacun d’entre eux, il faudra s’infiltrer, pirater ou voler quelque chose. Chaque fait d’arme sera l’occasion pour DedSec de gagner des « followers », qui font office de points d’expérience.

Chacun sa root

Pour chaque intrusion ou presque, le scénario est peu ou prou le même : utiliser les caméras de la ville et les gadgets de Marcus pour repérer son chemin et pirater à distance ce qui peut l’être, se débarrasser au besoin de quelques gardes en contrôlant l’environnement, ne bouger « physiquement » que lorsqu’il n y a plus rien d’autre à faire. On saute donc de caméra en caméra comme  un esprit farceur, cherchant les objectifs et les routes les plus efficaces, avant d’envoyer ses gadgets. Les deux drones de Marcus sont de franches réussites. L’un roule et saute et peut se connecter directement à certains terminaux, l’autre vole mais dispose de moins de possibilités de piratage. Les deux sont extrêmement agréables à piloter et la grande majorité des missions peut s’effectuer en choisissant une bonne cachette, une canette de soda dans une main et une tablette de contrôle à distance dans l’autre.
 


Drone.


Il est possible de jouer sans ces outils, de foncer dans le tas l’arme au poing mais disons le tout net, cela n’a strictement aucun intérêt. Le jeu n’est clairement pas pensé pour cela et bien qu’il permette de varier les approches c’est la posture « hacker furtif et invisible » qui semble avoir logiquement guidé la construction des missions. Un arbre de compétence permet de faire évoluer les possibilités de piratage et de combat de Marcus, ouvrant la voie à de nouvelles approches lors de certaines missions. Gros oubli par contre : impossible de cacher le corps d’un garde assommé ou éliminé, ça fait tâche.

Le reste du temps, les ballades et activités annexes dans San Francisco vous hurlent « GTAAAAAA ! » dans les oreilles tant elles copient le maitre-étalon. Le modèle à la mérite d’être exemplaire et les équipes d’Ubisoft celui d’avoir mis tout leur savoir-faire pour offrir de la variété et de la quantité. Un peu partout, la ville fourmille de choses à faire, de missions secondaires amusantes, de choses à récupérer, d’immeubles à escalader à condition de trouver le bon chemin, de courses à bord de tout ce qui se pilote (des karts, des voiliers, des bagnoles… ). Tout se débloque au fil de l’aventure ou au hasard de la découverte, Watch Dogs 2 ayant le bon goût de s’affranchir de tout système de « tour de contrôle » débloquant un zone ou un quartier. Un léger bémol sur la conduite des voitures qui vire un peu au pilotage de savonnette. On leur préférera souvent les motos, maniables et rapides, pour se faufiler partout et couper à travers champs.



Ville.
 

Le multijoueur est « transparent », directement intégré à l’expérience solo, et vous croiserez régulièrement un autre joueur pour une mission de « chasseur de prime », une coopération ou une partie de cache-cache « Je te hacke, tu me cherches » ou l’inverse. Ce dernier type d’affrontement prend d’ailleurs une toute autre dimension grâce aux drones et aux capacités de piratage de l’environnement. Alors qu’il s’agissait surtout dans le premier épisode de ne pas donner l’air d’être un joueur humain et d’imiter le comportement d’un PNJ durant le hack, il est désormais plutôt question d’une véritable guéguerre de fausses pistes : bien caché et aux commandes de son drone volant, on récupère les données de l’autre tout en lui faisant croire que l’on est ailleurs, par exemple en lançant subtilement une voiture piratée contre un muret ou en provoquant un mini-embouteillage. C’est beaucoup, beaucoup plus amusant qu’avant.

Trolling on the river

Les mécaniques sont solides, les développeurs ont mis un point d’honneur visible à corriger certains gros défauts de la série et le ton général du jeu est orienté vers le décalage et le pastiche pour faire contrepoids à la teinte jugée trop sérieuse du premier épisode, tout va bien donc ? Pas totalement. Les missions secondaires apportent un peu de variété dans ce monde mais, il faut le reconnaître, on recommence ad nauseam les mêmes approches que dans la trame principale. Au bout d’un moment, un inévitable sentiment de lassitude s’installe sournoisement. Comme l’IA du jeu est aux fraises, on apprend vite à abuser de ses faiblesses et si jouer au fantôme farceur est amusant quelque temps, on se sent vite, paradoxalement, trop puissant, jamais vraiment en danger. Même les courses-poursuites lorsqu’il s’agit de quitter une zone virent rapidement à la formalité. Pour contrecarrer ce manque de tension, assez inévitable puisqu’il est question d’incarner un spécialiste de l’intrusion à distance, Ubisoft aurait pu (dû ?) mettre l’accent sur la mise en scène des missions, offrir des expériences les plus différentes possibles les unes des autres, ce n’est pas le choix fait ici. Dommage. D’autant que quelques moments mémorables surnagent, dans lesquels la frontière entre le réel et le virtuel se brouille. Mention spéciale au leak d’un trailer E3 d’Ubisoft, dont on se demande encore s’il ne révèle pas réellement un prochain jeu de l’éditeur.



Ubi cuité ?


L’autre gros manque du jeu est de prendre une thématique forte, des cibles identifiables et de ne pas dire grand-chose sur le fond. DedSec est un groupe bien pratique pour des scénaristes bien en peine d’aller au bout des choses, à l’image du leitmotiv du collectif « DedSec vous à révélé la vérité, faites en ce que vous voulez ». En gros, « Voilà les vilains, voilà le problème… à vous maintenant, moi j’ai un brunch végan à organiser ». Marcus et ses potos sont des activistes feignants, des révoltés sans propositions, sans recul. Jamais le jeu ne se livre à une réelle réflexion autour des activités mêmes des protagonistes, des contradictions profondes entre leur idéal et leurs méthodes. Une petite cousine adolescente en révèle trop devant sa webcam au mépris de sa sécurité ? Hackons son ordinateur pour lui faire peur ! Les habitants sont espionnés par le grand œil ? Hackons leurs téléphones et fouillons leur vie privée pour assurer leur protection ! Les banques sont complices ? Hackons les distributeurs pour distribuer, au faciès, bonus ou dettes au citoyen ! Disons le tout net, si Blume est une corporation sans âme, les loustics de DedSec sont des petits cons. Après tout pourquoi pas ? Si le propos est de dénoncer 4chan et les Anonymous, il aurait peut être fallu aller au bout de la réflexion et montrer les conséquences de ces actions. Aujourd’hui encore, je me demande ce qu’est devenu ce type à qui j’ai fait payer un an de pension alimentaire. Et cette étudiante japonaise à laquelle j’ai offert les frais d’inscription universitaire, le méritait-elle ? Le jeu pose parfois de bonne questions et n’y répond que par une pirouette du style « Ah ah ah, mais on est jeunes et on se marre, en plus c’est les autres les méchants ». C’est peut-être plus complexe que cela et j’aurais adoré que le jeu m’en parle, en faisant le pari de l’intelligence du joueur plutôt que celui du silence.

Quand San Francisco s'allume

Cette légèreté du propos est d’autant plus frustrante qu’elle aurait pu sublimer ce qui reste LA grande réussite du titre : San Francisco. La ville est sublime, la version PC (et son pack de textures haute résolution) est un modèle du genre et s’adapte presque parfaitement sur toutes les machines. On y trouve quelques rares bugs et des petits défauts mais dans l'ensemble cela faisait longtemps qu'un jeu Ubisoft aussi propre n'était pas sortie sur nos machines.



La cinématique tourne parfaitement, le mec a juste deux têtes...bon, je peux vivre avec ce genre de bug.
 

Surtout, elle offre un sentiment de vie rarement vu. Partout il se passe quelque chose, partout des PNJ vivent, discutent, téléphonent, existent. Une des meilleure expérience de jeu consiste à se promener un peu partout, profiter du travail des designers, observer un monde qui bouge sans vous et s’amuser à le titiller un peu. Jouer à la divinité en passant de caméra en caméra, bidouiller un feu de signalisation et simplement regarder les conducteurs et les passants s’invectiver, pirater un téléphone pour lire un échange de sms, prendre le bateau pour Alcatraz, se poser et regarder tous les petits scripts de comportement des PNJ. Détail ultime mais significatif : jamais auparavant un chien n’était venu faire la grosse commission devant mon nez, et j’ai trouvé ça fabuleux (on s’extasie devant ce que l’on peut, hein). Tout est si bien réussi que revenir à la narration principale demande un effort.

 


« Je préfère mourir en buvant la tasse
Que de finir à Alcatraz »


Watch Dogs 2 donne à voir un bac à sable aussi dense et amusant qu’il est sous-exploité. Pourtant, se transformer en polstergeist dans cette ville géante est une aventure en soi, San Francisco est une cantine magnifique sur laquelle Ubisoft peine encore à offrir un menu digne de son cadre. Il y a du mieux, il y a beaucoup de mieux et l’éditeur nous offre un bon jeu. Oui maiiiiis… il avait la possibilité de nous offrir un jeu sublime, unique en utilisant les outils dont il disposait.

Le bourreau d'hackeur (c'était la dernière, promis) 810Points positifs
  • La ville qui fourmille de vie.
  • Les drones de Marcus
  • La quantité de petites activités annexes
  • La technique irréprochable ou presque
Points négatifs
  • Le manque de finesse de la narration
  • La conduite des voitures
  • Pas assez de variété dans la mise en scène

Ne faisons pas la fine bouche : Watch Dogs 2 surpasse son ainé de la tête et des épaules en ne suivant pas son modèle. Mais à force de se chercher une personnalité aux antipodes de son prédécesseur, il refuse de devenir adulte et de discuter des choses en profondeur. C’est son droit mais vu la qualité de l’univers qu’il offre, il reste un arrière goût d’inachevé. Ubisoft réussi tout de même le tour de force de nous réconcilier avec la série et de créer de vraies attentes pour un futur épisode.



 

1 commentaire

HugoSoulier
HugoSoulier - 20/12/2016 18h48

Rien qu'au titre, on reconnait l'auteur.

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